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Risques climatiques : les professionnels demandent un accompagnement à la protection

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Le ministère de l’Agriculture a recu, le 23 juin, les conclusions de l’un des trois groupes de travail sur la gestion des risques climatiques, celui portant sur la « protection et la sensibilisation ». Il préconise d’instaurer un accompagnement stratégique des exploitations pour analyser les coûts et les bénéficies des moyens de protection. Il recommande aussi d’inciter sans contraindre et de rénover en long et en large les programmes de formation.

La concertation sur la gestion des risques est en passe de s’achever. L’un des trois groupes de travail mobilisés par le ministère de l’Agriculture a rendu sa copie définitive, le 23 juin. Elle portait « sur la sensibilisation et la protection des exploitations » face aux aléas climatiques. Les propositions qui y figurent résultent d’un consensus des participants « notamment entre les syndicats », souligne le document. Co-piloté par l’APCA et les Jeunes agriculteurs (JA), il formule quatre lots de recommandations : protection des exploitations, formation et installation, conseil et communication. Le tout, accompagné de suggestions sur les financements à mobiliser ainsi qu’un calendrier.

Deux outils d’aide à la décision

Pour le vice-président des JA et porte-parole du groupe de travail Baptiste Gatouillat, si priorité il y a, c’est bien d’inciter les exploitants à mettre en œuvre des outils de protection et des mesures de prévention pour préserver leurs productions agricoles. Dans son rapport, le groupe préconise d’aider les exploitants à évaluer les coûts et les bénéfices des outils disponibles grâce à un « conseil stratégique » dont les lignes restent à définir. Ce conseil, qui serait dispensé par une personne compétente et avec laquelle l’agriculteur se sent « en confiance », précise Baptiste Gatouillat, serait moteur dans l’élaboration de deux outils d’aide à la décision.

Premier outil : une « cartographie des risques » à échelle de l’exploitation qui serait le pilier de la stratégie adoptée. Cette cartographie permettrait de mesurer les pertes potentielles et l’impact économique sur l’excédent brut d’exploitation (EBE) et la valeur ajoutée. Deuxième outil : un « carnet de santé » consignant toutes les démarches de résilience engagées sur l’exploitation, et ce « dès le projet d’entreprise du parcours installation », explique le document de synthèse.

Le groupe de travail préconise également de faire labelliser « l’efficacité technique et environnementale » des outils et mesures de protection par les pouvoirs publics et les scientifiques. « La Fédération française de l’assurance (FFA), les instituts techniques, l’État, les organismes de développement, seraient parties prenantes de la labellisation », précise le document.

Incitation et bonification

Concernant la protection des exploitations, le groupe de travail souhaite également permettre le transfert de l’épargne de précaution d’un cédant à son repreneur « sans incidence rafiscale pour le cédant » et renforcer les investissements en R & D. Sur ce dernier point, reste à chiffrer les besoins financiers, glisse Baptiste Gatouillat : « Si on fait vraiment de la recherche fondamentale sur le sujet, ça va coûter un petit peu d’argent, mais il y a toutes les expérimentations sur le terrain que l’on peut valoriser et ça, ça ne coûte pas forcément énormément d’argent. »

Point important pour les membres du groupe du travail : tous tiennent à « inciter » les exploitants à utiliser le panel d’outils de protection à disposition sans contrainte ni obligation. « La conditionnalité a un effet sanction, tandis que l’incitation rend les changements plus acceptables, et donc susceptibles d’être plus facilement mis en œuvre », dit le rapport en introduction. Le groupe de travail préconise donc d’encourager les agriculteurs à se protéger des risques climatiques via des aides à l’investissement, des prêts bonifiés, en ouvrant l’accès au fonds de garantie des prêts et en leur proposant des contrats d’assurance récolte (MRC) à des prix plus attractifs.

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Autre chantier de taille à mener : inclure et améliorer la préparation à la gestion des risques à toutes les étapes de la formation. « Il faut vraiment qu’on mette le paquet parce qu’on ne peut pas laisser les jeunes dans une situation où le risque de perdre quasiment une récolte est trop élevé », assure Baptiste Gatouillat. Le vice-président des JA estime que les contenus abordés en formation initiale « ne sont pas développés » et qu’il existe des formations continues en la matière mais que « très peu d’y agriculteurs y vont, et c’est difficile de les motiver ».

Sur la formation initiale et alors que la DGER va rénover les parcours diplômants d’ici 2025 en y intégrant la gestion des risques climatiques, le groupe de travail souhaite améliorer les cursus « dès maintenant avec pour objectif d’être prêts en 2025 ». Il recommande ainsi d’intégrer des contenus informatifs, des mises en situation et des interventions de personnes extérieures référentes sur le sujet aux parcours de Bac pro CGEA, BPREA et BTS. Il préconise d’autre part d’intégrer la sensibilisation et l’adaptation continue à la gestion des risques à chaque étape du parcours installation, en post-installation et auprès des agriculteurs qui prévoient de céder leur exploitation.

Concernant la formation continue, le groupe recommande de créer, d’ici fin 2020, une « matrice globale de formation » à laquelle seront appliqués des « filtres locaux » en fonction des productions et des territoires. Il faut incorporer la gestion des risques aux formations existantes et créer de nouvelles formations spécifiques aux problèmes rencontrés, dans une logique de parcours « à la carte », poursuit le groupe de travail dans sa synthèse. Car, relève le groupe, tous les agriculteurs n’ont pas le même « degré de maturité » sur le sujet. Il faut également former en continu les différents acteurs du milieu agricole (conseillers des coopératives, des chambres d’agriculture, de gestion, assureurs, enseignants, formateurs) pour « assurer la cohérence » de leurs messages avec des éléments de langage partagés, souligne le rapport.

Partage d’expérience

En dernier lieu, le groupe de travail préconise de communiquer largement, auprès de tous, sur la palette d’outils et de dispositifs existants. Il recommande de centraliser toutes ces informations sur une plateforme web qui prévoirait aussi un forum de discussion pour le partage d’expériences, un « module d’autoévaluation sur la capacité à résister » et une section recensant tout ce qu’il y a à savoir en cas de sinistres. Il recommande aussi de sonder les agriculteurs sur le sujet lors du recensement agricole et de créer des « points accueil risques ». « Ça pourrait être sur le même mode de fonctionnement que les Points accueil installation (PAI) qui marchent bien », explique Baptiste Gatouillat. « Mais on voudrait aller un petit peu plus loin que le seul risque climatique et couvrir aussi la vie de famille, la vie salariale, l’environnement, voir si les choses sont bien calées avec les voisins dans un projet d’extension d’élevage par exemple. »

Feuille de route

Ces réflexions serviront à alimenter une feuille de route visant à réformer le système actuel de gestion des risques, que le ministre de l’Agriculture doit dévoiler aux alentours du 14 juillet. De sources professionnelles, les deux autres groupes de travail qui planchaient sur l’articulation entre régime assurantiel et régime des calamités pour l’un, et l’arboriculture pour l’autre (voir Agra Hebdo n°3747), ont également rendu la version définitive de leur synthèse au ministère.

« Mettre le paquet sur la formation »

« Évaluer les coûts et les bénéfices »