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Risques climatiques : les propositions du Sénat pour « mieux protéger »

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Dans son rapport rendu public le 9 juillet, la mission d’information sénatoriale sur la « gestion des risques climatiques et l’évolution des régimes d’indemnisations » formule plusieurs pistes d’évolutions à destination du monde agricole, mettant en avant la notion « d’équilibre » entre assurance climatique et régime des calamités agricoles.

Trouver « un subtil équilibre » entre amélioration de la couverture assurantielle « sans faire disparaître le régime des calamités agricoles, notamment lors de la survenance d’événements exceptionnelles ». C’est la voie que propose les sénateurs de la mission d’information sur la « gestion des risques climatiques et l’évolution des régimes d’indemnisations » dans le rapport qu’ils ont rendu public le 9 juillet lors d’une conférence de presse, après 6 mois d’auditions. Des propositions d’autant plus scrutées qu’elles tombent au moment où le ministère de l’Agriculture a initié depuis deux semaines des réunions en vue d’améliorer l’offre d’assurance récolte, avec des organisations agricoles et des représentants des assurances. « L’objectif est d’assurer à court terme une meilleure indemnisation des risques climatiques en agriculture », a indiqué Henri Cabanel, sénateur socialiste de l’Hérault, notamment en raison de l’accélération « de la fréquence des dérèglements climatiques ».

Pratique budgétaire « regrettable »

Les sénateurs estiment tout d’abord que les dépenses du Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA), qui indemnise les calamités agricoles et finance les aides au développement de l’assurance, vont « augmenter considérablement dans les années à venir » du fait du changement climatique. Celui-ci est abondé majoritairement grâce à une contribution additionnelle plafonnée sur les cotisations d’assurance que les agriculteurs paient pour les risques sur leurs bâtiments ou de responsabilité civile. Or les ressources du FNGRA sont aujourd’hui « insuffisantes en cas de crise majeure, telle une sécheresse », rappellent les sénateurs, notamment en raison « d’une pratique budgétaire presque usuelle mais regrettable » consistant pour l’État à prélever une partie du fonds pour boucler son budget. Le FNGRA avait ainsi « perdu 255 M€ de trésorerie » en 2015, indiquent-ils. Un sous-financement qui oblige à avoir recours aux deniers de l’État en cas de crise (81 M€ en 2016 par exemple). « Ce fonds doit revenir aux agriculteurs, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », a rappelé Henri Cabanel. Les sénateurs préconisent malgré tout de déplafonner la contribution payée par les agriculteurs pour « renforcer la soutenabilité du régime » et ainsi « réduire le risque d’une intervention de l’État » en cas de crise.

« Réduire les effets de seuil »

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Pour « améliorer les protections » offertes aux agriculteurs, les sénateurs préconisent également de « réduire les effets de seuil permettant l’entrée dans le régime des calamités agricoles ». Pour en bénéficier lors d’un sinistre, un agriculteur dont les cultures ne sont pas assurables doit aujourd’hui justifier d’un taux de perte de rendement d’au moins 30 % de sa « production annuelle théorique » et 13 % de son produit brut d’exploitation. Un fonctionnement pénalisant notamment « les exploitations qui sont en polycultures », a expliqué Henri Cabanel. Les parlementaires souhaitent ainsi « rendre éligible un agriculteur remplissant soit le critère de perte de rendement soit le critère de produit brut » et non les deux. Ils proposent également d’allonger la durée permettant le calcul de la « moyenne olympique », qui sert à définir les pertes de rendement des agriculteurs lors d’incidents climatiques pour bénéficier du régime des calamités agricoles. « Nous souhaitons que l’on passe de 5 à peut-être 10 ans », a expliqué Henri Cabanel, estimant que la mesure serait « plus cohérente » du fait de la plus forte récurrence des incidents climatiques. Cette mesure « devra se négocier au niveau européen », a cependant rappelé le sénateur, notamment dans le cadre de la prochaine Pac.

« Réduire les effets de seuil permettant l’entrée dans le régime des calamités agricoles »

Assurance récolte : « Il faut profiter de la renégociation de la Pac »

Autre mesure pour laquelle les sénateurs ont plaidé : l’application du règlement européen « Omnibus » adopté en décembre 2017, qui permettrait pour les assurances climatiques des agriculteurs de déclencher l’indemnisation dès 20 % de pertes au lieu de 30 %, ainsi qu’une subvention des primes d’assurances à 70 % au lieu de 65 % aujourd’hui. « Aujourd’hui, c’est le gouvernement français qui ne souhaite pas aller jusque-là. Nous l’encourageons à y aller pour que la pénétration de l’assurance climatique soit beaucoup plus efficiente que ce qu’elle est », a rappelé Henri Cabanel. Actuellement, 30 % des agriculteurs ont une assurance « socle » couvrant tous les risques climatiques. D’une manière générale sur l’assurance récolte, « il faut profiter de la renégociation de la Pac », a rappelé Nicole Bonnefoy, sénatrice PS de Charente et rapporteuse du texte, les subventions aux contrats d’assurance étant payé par le deuxième pilier de la Pac. « Avec le Brexit, il y aura une Pac en diminution, il faudra revoir les parts des un et des autres. Il y a un choix important qui doit s’opérer », a également indiqué Henri Cabanel.