Les 11 sociétés alimentaires à l’initiative du programme volontaire « EU Pledge », ont choisi pour porte-parole Rocco Renaldi, de nationalité italienne et allemande, et qui est Directeur général et co-fondateur de Landmark Europe, un groupe de consultants basé à Bruxelles. Avant de fonder Landmark Europe, Recco Renaldi a noamment dirigé la politique alimentaire et de consommation du consultant Hill & Knowlton, toujours à Bruxelles.
Agra alimentation : Les associations de défense des consommateurs estiment que l’engagement pris par les 11 compagnies agroalimentaires contre l’obésité des enfants est certes encourageant mais pas très crédible car cet engagement n’est que volontaire et il ne comporte aucune sanction en cas d’infraction. Que leur répondez-vous ?
Rocco Renaldi : La publicité est largement encadrée par l’autorégulation. Des engagements volontaires de ce type ont plusieurs avantages, mais avant tout, ils permettent d’offrir une réponse rapide et flexible aux attentes des consommateurs, alors que le processus législatif est rigide et peut prendre beaucoup de temps. Le volontariat et l’autorégulation sont particulièrement nécessaires pour l’agroalimentaire, où les besoins changent, les modes de consommation évoluent, et la publicité aussi. Les instruments doivent donc s’adapter rapidement.
Mieux que des sanctions
Par ailleurs, un mécanisme de surveillance indépendant et transparent sera le garant de l’efficacité de notre démarche. Disponible sur notre site internet (www.eu-pledge.eu), un rapport de mise en œuvre aura pour but de compiler tous les engagements des sociétés signataires, et d’étudier leur évolution. Il sera donc possible de surveiller et de vérifier le bon déroulement de cette initiative. Ce rapport sera un outil utile dans le cadre des discussions de la Plateforme Alimentation, Activité Physique et Santé, au sein de la Commission Européenne.
L’absence de sanction n’empêchera pas notre engagement d’avoir du poids, et d’être respecté. Les entreprises signataires s’engagent aujourd’hui auprès de leurs propres consommateurs, et ces derniers tiennent un bâton qui est beaucoup plus efficace que beaucoup de sanctions. En effet, nos entreprises ont d’autant plus intérêt à respecter leur engagement que si l’une d’entre elles le brisait, les associations de consommateurs ne manqueraient pas de le signaler, ce qui nuirait nécessairement à son image, en particulier dans un domaine aussi sensible. Les enjeux sont trop importants pour prendre un tel risque.
– Pourquoi aussi avoir limité cet engagement aux enfants de moins de 12 ans ? Pourquoi pas aux enfants de moins de 16 ans par exemple et pourquoi avoir prévu autant d’exceptions ?
Le niveau de discernement d’un enfant de douze ans lui permet d’appréhender tous les concepts de la publicité et du marketing. C’est à cet âge-là, selon de nombreux chercheurs, que les enfants reconnaissent la publicité, et développent un comportement de consommateur conscient. Par ailleurs, cela reflète très largement la pratique politique (ex. : la Suède, qui pratique une interdiction de toute publicité pour enfants a choisi de limiter cette loi aux enfants de moins de 12 ans).
Quant aux exceptions, je suppose que vous faites référence à certains de nos produits qui feront toujours l’objet de publicités adressées aux enfants de moins de douze ans. En l’absence de règles nutritionnelles communes, les entreprises signataires ont établi une série de critères basée sur un ensemble de preuves scientifiques, afin de déterminer quels produits dans leur gamme sont les plus équilibrés d’un point de vue nutritionnel. La promotion de ceux-ci ne devrait pas constituer une entrave à la bonne alimentation des enfants, au contraire.
– Certains disent même qu’avec ce type d’engagement vous risquez de vendre davantage aux enfants car votre objectif serait purement économique : bien paraître aux yeux du public pour donner une bonne image à des produits qui sont de plus en plus mal perçus ? Qu’en pensez-vous ?
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Le but de cet engagement n’est pas de condamner toute forme de consommation des produits concernés, mais plutôt d’encadrer leur consommation dans le cadre d’une alimentation équilibrée. En évitant de s’adresser directement aux enfants, on permet aux parents d’être les juges de ce qui doit être une consommation responsable, d’offrir une alimentation équilibrée à leurs enfants. Quant à la perception des produits des sociétés signataires, elle est déterminée par un ensemble de facteurs très vaste. N’empêche que le but de cette initiative est de répondre de façon concrète aux attentes du public, non pas de changer la perception des produits des sociétés signataires.
Déjà aux Etats-Unis
– Aujourd’hui, alors que l’obésité ne cesse d’augmenter notamment chez les jeunes, seules 11 grandes sociétés se sont engagées dans cette initiative. Qu’est-ce qui vous fait penser que toute l’industrie va leur emboîter le pas ?
Ces 11 grandes sociétés représentent une bonne partie du secteur. Vous me parliez de « bonne image » un peu plus tôt. Si cet engagement est jugé par certains comme donnant une « bonne image » (je préfère parler d’« image responsable ») à l’entreprise qui le prend, cela devrait nécessairement inciter les groupes qui ne l’ont pas encore fait à se joindre à nous. Une initiative similaire a vu le jour aux Etats-Unis en 2007 : là-bas, les 11 sociétés à l’origine de notre initiative ont déjà été rejointes par d’autres grands groupes, ce qui recouvre désormais près de 2/3 de l’industrie.
– Ces 11 entreprises ont pris cette initiative au moment même où l’Union européenne vient d’adopter la nouvelle Directive TV sans frontières qui autorise une diffusion plus large de la publicité notamment à travers le placement de produit. Pensez-vous que l’action de l’industrie agroalimentaire aura une quelconque efficacité ?
La révision de la Directive TVSF interdit le placement de produit dans les programmes pour enfants. Malgré l’absence de définition de « programmes pour enfants », il y a fort à parier que les programmes pour les enfants de moins de douze ans seront concernés.
– Cet engagement des 11 compagnies n’est-il pas en même temps une arme à double tranchant car en vous engageant aujourd’hui dans la lutte contre l’obésité des enfants, vous reconnaissez indirectement votre responsabilité en la matière ?
Je ne crois pas. Il n’y a pas dans le secteur agro-alimentaire de « bons » et de « mauvais » produits. Tous les produits peuvent faire partie d’une alimentation équilibrée et saine. Il faut cependant doser ceci et cela et adapter son alimentation à ses besoins, selon son style de vie.
Avec cette initiative nous répondons aux attentes de nos consommateurs qui veulent pouvoir continuer à profiter de nos produits et les proposer à leurs enfants, mais ceci dans le cadre d’une alimentation équilibrée. Nous faisons plus de place à la publicité de nos produits les moins caloriques, pour les aider à faire de bons choix, et leur permettre de consommer nos autres produits de manière raisonnable. C’est le souhait de nos consommateurs et nous y répondons.