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Viandes/ Fusion Sadia et Perdigao fusionnent pour créer Brasil Foods

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Les deux rivaux brésiliens du marché de la viande de porc et de volaille Sadia et Perdigao viennent de s’allier pour créer le géant Brasil Foods. Les deux spécialistes de l’abattage et des produits transformés forment ainsi un ensemble de plus de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Il s’agit de la troisième entreprise exportatrice du Brésil tous produits confondus, derrière le minier Vale et la compagnie pétrolière Petrobras. Brasil Foods sera un concurrent direct de Doux, les deux groupes étant très présents au Moyen-Orient. A l’avenir, Brasil Foods devrait de plus en plus se spécialiser dans les produits élaborés.

Après six mois de négociations, les deux leaders brésiliens de la volaille Sadia et Perdigao, spécialistes de la viande de porc et de poulet, viennent de fusionner et donnent ainsi naissance au géant Brasil Foods. Sadia a réalisé 4,07 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière et Perdigao 4,33 milliards d’euros. L’ensemble aura une capacité de production de 1,7 milliard de poulets et de 10 millions de porcs et ses dirigeants espèrent atteindre un chiffre d’affaires de 11,4 milliards d’euros lors du prochain exercice, en conquérant de nouveaux marchés et en gagnant au moins 750 millions d’euros en synergie. La fusion de Perdigao et de Sadia, basés tous deux dans l’État de Santa Catarina, avait déjà échoué deux fois, en 2002 et en 2006. Sadia et Perdigao s’unissent enfin aujourd’hui, pour résister à la crise financière qu’ils subissent de plein fouet. « Ce mariage était nécessaire, c’est le seul moyen de sauver les meubles dans cette conjoncture difficile », explique Bernard Baudienville, chef de service produits et filières alimentaires de Ubifrance. Les deux entreprises ont affirmé que les emplois n’étaient pas menacés par cette fusion, contrôlée à 68 % par Perdigao et à 32 % par Sadia. Selon Bernard Baudienville, il est probable que le fonds d’investissement et de participation constitué par la Banque nationale de développement du Brésil investisse dans Brasil Foods, comme il le fait déjà pour JBS, leader brésilien du bœuf.

Le groupe Sadia réalise son chiffre d’affaires dans les viandes porcines, bovines et de volaille, mais aussi dans les margarines, les pâtes ou les surgelés, tandis que Perdigao opère principalement dans l’élevage et l’abattage de poulets, de bovins et de porcins et dans les viandes transformées, ainsi que dans les plats cuisinés (pâtes, pizzas). Le nouveau groupe Brasil Foods comptera 42 unités de transformation au Brésil et emploiera 120 000 salariés. La fusion doit être approuvée par les autorités antitrust brésiliennes. Au Brésil, Brasil Foods détiendrait 57,4 % du marché des viandes transformées, 65,5 % du marché de la margarine, 80 % des pâtes alimentaires réfrigérées et 68,3 % du marché des pizzas congelées. Les familles Fontana et Furlan, qui contrôlaient Sadia, devraient recevoir environ 532 millions d’euros en actions de Perdigao, dans le cadre de cette opération.

Un rival de poids pour Doux

Cette fusion donne naissance à la troisième entreprise exportatrice du Brésil tous produits confondus, derrière le géant minier Vale et la compagnie pétrolière Petrobras. En 2008, le cumul des exportations des deux groupes s’est élevé à 3,82 milliards d’euros. « Nous sommes sûrs que nous formons un champion mondial qui deviendra le principal exportateur de viande transformée du monde », a déclaré Luiz Fernando Furlan, président de Sadia et désormais co-président de Brasil Foods. Outre le Brésil, Brasil Foods détient des usines aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Russie, en Roumanie et exporte notamment vers l’Union européenne, le Japon, la Chine, le Chili, la Turquie et le Venezuela. Brasil Foods constitue un nouveau concurrent de poids pour Frangosul, la filiale brésilienne du groupe Doux, les deux sociétés étant très présentes au Moyen-Orient. Doux a exporté pour 430 millions d’euros au Moyen-Orient l’année dernière et est aidé dans cette tâche par l’Union européenne. « Les restitutions existent également pour les exportations vers la Russie, vers la péninsule arabique et l’Angola. Pour les autres pays extra-européens, Doux ne reçoit pas de restitutions aux exportations et Brasil Foods y aura donc un avantage de taille », explique Bernard Baudienville.

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Se concentrer sur les produits élaborés

Reste à voir sur quel segment de marché Brasil Foods sera le plus présent et quelle stratégie le groupe adoptera. Certains analystes brésiliens appellent la fusion de Sadia et Perdigao le « AmBev du poulet », en référence à la fusion, il y a dix ans, des brasseurs brésiliens Brahma et Antarctica pour créer Ambev, qui avait ensuite fusionné avec le belge Interbrew donnant ainsi naissance au géant InBev. Brahma et Antarctica étaient en concurrence pour les mêmes clients, et ont commencé à cibler des segments de marché différents lorsqu’ils ont été réunis. L’approche de Brasil Foods pourrait être similaire, Sadia étant davantage considérée comme une marque haut de gamme, ayant une présence plus forte que Perdigao sur les marchés d’exportation. Les deux groupes sont de plus en plus présents sur les produits transformés (pizzas, sandwiches, margarines, produits laitiers, légumes surgelés). Et depuis le rachat des entreprises brésiliennes Eleva et Batavo, Perdigao fabrique également des produits laitiers. Selon Bernard Baudienville, Brasil Foods aurait tout intérêt à concentrer ses exportations vers l’Union européenne sur les produits élaborés de viande. En effet, les droits de douane sont beaucoup moins élevés pour ce type de produits. Par exemple, les droits de douanes des viandes désossées congelées de poulet s’élèvent à 102,4 euros pour 100 kg, ce qui est dissuasif, alors que les produits élaborés de volailles sont taxés à hauteur de 11 % de leur valeur environ. « Les Français ne s’en rendent pas forcément compte, mais ils consomment déjà des produits de Sadia et Perdigao dans des plats cuisinés par exemple », indique Bernard Baudienville.

Par ailleurs, la concentration de l’industrie brésilienne devrait continuer ces prochains mois : dans le secteur de la viande bovine, les groupes Marfrig et Bertin seraient eux aussi en train de négocier leur alliance. Marfrig a déjà acquis plusieurs entreprises en 2008 : Carroll’s Foods Brasil et OSI Europe, qui détient Moy Park. Marfrig est l’un des dix plus importants producteurs de volaille dans le monde et le quatrième acteur mondial de la filière bœuf.