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Saint Jean récolte les fruits de sa stratégie

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Le fabricant de ravioles et quenelles Saint Jean, détenu par Saint Jean Groupe (ex-Sabeton), le holding familial de son dirigeant Claude Gros, récolte les fruits de sa stratégie et de son savoir-faire. Pour aller encore plus loin, et notamment se développer à l’international, la société a lancé un vaste plan d’agrandissement de son site industriel. Le groupe qui mène une politique d’innovation active est également toujours à l’affût d’une opération de croissance externe.

Saint Jean, leader du marché des ravioles, est dans une phase de développement active. En juin, l’entreprise a démarré les travaux d’agrandissement de son site industriel et de son nouveau siège social, à Romans-sur-Isère (Drôme). Ceci représente un investissement global de 48 millions d’euros. Une fois terminée la démolition des constructions existantes, estimée à fin novembre, les travaux de construction à proprement dit « devait démarrer en avril prochain. Une première tranche comprenant l’usine de pâtes fraîches sur 7 500 m2 et un entrepôt logistique de 6 000 m2 commun à tous les produits fabriqués par Saint Jean sera opérationnelle en avril 2021 et le nouveau siège sur 4 000 m2, un an plus tard », rappelle Guillaume Blanlœil, le directeur général du fabricant de ravioles, quenelles et pâtes fraîches. L’objectif à terme est de réserver le site actuel de Romans exclusivement aux ravioles et de transférer les pâtes fraîches sur le nouveau site voisin. « Pour l’usine de pâtes fraîches, dans la configuration à fin 2021, nous pourrons avoir 5 à 6 lignes de pâtes et avec une extension possible de 2 500 m², pour porter la surface totale du site de pâtes fraîches à 10 000 m², une dizaine de lignes », précise le dirigeant. Sur les dix dernières années, le groupe a consacré pas moins de 73 millions d’euros d’investissements sur ces trois sites en Isère, dans la Drôme et dans l’Ain.

Gagner des parts de marché à l’international

Le dernier investissement, pour partie financé sur fonds propres, le reste par emprunt bancaire répond aux objectifs de développement du groupe, notamment à l’international. En 2030, Saint Jean compte réaliser 10 % de ses ventes à l’export, contre un peu plus de 2 % actuellement. « En Allemagne, où le groupe est présent à travers des plats cuisinés en GMS, le chiffre d’affaires devrait cette année atteindre 500 000 euros. Et le déploiement de nos activités en Chine sur les ravioles, les quenelles et les pâtes pour la restauration que nous avons démarré l’an dernier est en phase de consolidation », indique le dirigeant.

Après un exercice 2018 compliqué, Saint Jean a retrouvé le chemin de la croissance depuis le début de 2019. « L’année 2018 était moindre en termes de progression du chiffre d’affaires, essentiellement à cause de l’arrêt de livraison de ravioles à marques distributeur chez Carrefour et Casino, avec lesquels nous n’avions pas réussi à nous mettre d’accord sur des hausses tarifaires liées aux coûts matières premières », rappelle le directeur général. Le groupe a en effet subi de plein fouet l’an dernier deux très fortes hausses sur le beurre et les œufs qu’il lui a été quasi impossible de répercuter à ses clients. « Le doublement du prix des œufs en une quinzaine de jours nous avait coûté 1 million d’euros l’an dernier. Et la perte des deux dossiers Carrefour et Casino ont eu un impact de plusieurs millions sur notre chiffre d’affaires, ce qui n’est pas négligeable », fait-il remarquer.

Le groupe qui a récupéré le dossier Casino cette année réalise 25 % de son activité avec les MDD. Plutôt en baisse par rapport à celle de ses marques propres, l’activité MDD « connaît cette année une évolution bien meilleure que les années passées, du fait sans doute de l’arrêt des promotions sur les marques dans le cadre de la loi Egalim », estime le directeur général.

Les fruits d’une politique volontariste

Sur l’ensemble de l’exercice, « compte tenu d’une l’évolution du prix des matières premières plus acceptable, les ventes devraient être sur la même tendance que celle des neuf premiers mois, qui était en croissance de 10,6 % », selon Guillaume Blanloeil. Après 74 millions en 2018, le chiffre d’affaires de 2019 devrait être supérieur à 80 millions d’euros.

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Outre des niveaux de prix matières premières plus acceptables, Guillaume Blanlœil attribue cette évolution favorable à la stratégie volontariste du groupe. « Nous récoltons les fruits de notre dynamisme en matière d’innovation sur nos gammes et nos packagings, mais aussi en termes de qualité et de cohérence entre ce que nous annonçons et ce que nous réalisons depuis plusieurs années. Le tout sans oublier de gros investissements industriels pour accompagner la croissance et soutenir notre compétitivité. »

Une équipe dédiée en restauration

Et de prendre pour exemple le pôle Restauration (25 % du chiffre d’affaires en 2018) qui affiche globalement une progression plus forte cette année que la moyenne des activités de Saint Jean. « Nous y mettons beaucoup de moyens, avec une vraie politique de développement des produits pour la restauration, plus une équipe marketing et commerciale dédiée. » En effet, six personnes sur une équipe d’une trentaine de commerciaux chez Saint Jean travaillent exclusivement sur le marché de la restauration. « Plutôt que de simplement leur apporter ce qu’on propose déjà en GMS, avec ce contact direct avec nos clients nous sommes mieux à même de répondre à leurs attentes. Cette démarche spécifique fait toute la différence. Et si le marché de la restauration est plus simple concernant la négociation des prix, il est en revanche compliqué à pénétrer. Mais une fois que la confiance est installée, les clients sont beaucoup plus fidèles », se félicite Guillaume Blanlœil.

Même chose dans le bio, où Saint Jean, pionnier sur ce marché, a créé l’an dernier à la demande des réseaux bio la marque « Comptoir du Pastier », qui leur est exclusivement réservée. Le bio, une activité en forte croissance, représente 20 % de ses ventes.

Enfin, Saint Jean n’a pas abandonné ses projets de croissance externe. Comme les cibles restent rares dans ces principaux métiers, Saint Jean regarde toujours du côté des spécialités régionales. Et le groupe a les moyens de ses ambitions avec « une trésorerie de plus de 40 millions d’euros à fin 2018 », rappelle Guillaume Blanlœil. Et ce dernier d’ajouter que « ce n’est pas uniquement une question de cible, mais de dossier sur lesquels nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord. Mais rien n’est figé, tout peut évoluer ».

Des résultats en amélioration

Sabeton, la maison mère de Saint Jean, a changé de dénomination sociale en juin dernier pour adopter celle de Saint Jean Groupe. Il est vrai que l’essentiel de l’activité de ce holding patrimonial coté sur Euronext est constituée par le fabricant de ravioles et quenelles. En témoignent les chiffres de sa branche agroalimentaire. En 2018, ce pôle a dégagé un résultat opérationnel de 1,80 million d’euros (contre 1,29 million en 2017), pour un chiffre d’affaires de 74,16 millions d’euros, en hausse de 4,5 %.