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CHOCOLAT/CESSION Saint-Menet : Net Cacao poursuit Nestlé en justice

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Net Cacao assigne Nestlé devant le tribunal de commerce de Paris pour non-respect du protocole d’accord initial. « La paix sociale n’est plus assurée » selon le dirigeant de la PME. Suite à un climat tendu et un site de Saint-Menet récupéré en très mauvais état, le développement de Net Cacao aurait pris 8 mois de retard. Avant d’engager une nouvelle phase d’investissements, Net Cacao exige une fin de conflit claire entre Nestlé et ses ex-salariés ainsi qu’un prolongement du contrat de sous-traitance qui le lie à la multinationale. Sous peine de demander à la justice d’invalider la cession de ce site qui a déjà fait tant couler d’encre.

Nouvel avis de tempête dans la vallée de l’Huveaune. Le conflit « Nestlé Saint-Menet » renaît de ses cendres. La société Net Cacao, repreneur du site de production marseillais auprès de la multinationale suisse vient d’assigner cette dernière devant le tribunal de commerce de Paris. « Le fondement même de l’existence de Net Cacao est remis en cause » déclame Jean Chenal, fondateur et dirigeant de la PME. « La paix sociale n’est pas respectée par les parties » précise-t-il, tout en dénonçant un « harcèlement de la part des ex-salariés de Nestlé ».

Conflit larvé

En cause, l’action en justice menée par près de 180 anciens employés de Nestlé à Saint-Menet, dont une centaine travaille aujourd’hui chez Net Cacao. Regroupés au sein de l’Association de défense des salariés de Nestlé (ADSN), ces marseillais ont engagé individuellement une procédure auprès des prud’hommes contre le géant de l’agroalimentaire « afin contester le caractère économique de leur licenciement, vu que la viabilité du site est prouvée par l’existence de Net Cacao » indique Jean-François Molina, représentant de l’ADSN. Un conflit larvé qui, selon Jean Chenal, entrave le développement de son affaire. « Il est difficile pour une entreprise que ses propres salariés soient en procès avec son principal client » juge-t-il.

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Ping-pong à trois mains

Du côté de Vevey, « Nestlé ne comprend pas la raison d’être de cette polémique »annonce l’un de ses porte-parole. « La société a rempli ses obligations en réglant le conflit social au moment de la cession du site. C’est aujourd’hui à Net Cacao de prendre son développement en main et d’assurer la paix sociale » poursuit-il. Jean Chenal, qui ne l’entend pas de cette oreille, laisse cette dernière charge à Nestlé. Ajoutés aux « mauvaises conditions industrielles et sanitaires » initiales du site, ce climat délétère a selon Jean Chenal déjà entraîné un retard de 8 mois sur le développement de sa société. Il exige le report de la date de départ du contrat de sous-traitance qui le lie à Nestlé - l’enjeu est donc également commercial. Faute de quoi, l’annulation de l’accord de départ sera explicitement demandée aux juges. Et avec à la clé, une possible revente à Nestlé du site. En face, pour les salariés de Net Cacao, Jean Chenal n’a rien à faire au milieu de leur affrontement avec la multinationale. Le ping-pong à trois mains tourne au dialogue de sourds.

Une nouvelle phase d’investissement en suspens

Pourtant, tous semblent d’accord sur un point : Net Cacao doit rester à Saint-Menet. « Nous nous sommes battu pour qu’un projet prenne forme, et nous ne souhaitons qu’une chose, affirme Jean-François Molina : la pérennité de cette société ! ». « Nous avons déjà engagé 16,5 millions d’euros à Saint-Menet, rappelle Jean Chenal. Avant d’entamer une nouvelle tranche d’investissements, qui devrait atteindre 4 millions d’euros par an pendant 3 ans, nous devons absolument lever les incertitudes... » Au printemps 2006, un protocole d’accord établissait un contrat de sous-traitance entre les deux sociétés pour une période de trois ans à hauteur de 25 000 tonnes de chocolat par an. Nestlé faisant le choix de céder son usine pour un euro symbolique. En cas de revente, Jean Chenal entend bien faire réévaluer le site à hauteur de ses investissements. « Si Nestlé et les salariés veulent continuer à s’entredéchirer, autant les laisser seuls, explique l’intéressé. Nous, nous n’avons que des coups à y prendre ». A force d’acharnement judiciaire, chacune des parties risque au final de se retrouver... chocolat.