Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées le 25 mars sur le site de la réserve de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), donnant lieu à de violents affrontements entre forces de l’ordre et manifestants. Les deux parties se rejettent la responsabilité des violences. Gérald Darmanin veut dissoudre l’une des structures organisatrices. La famille de l’un des blessés a porté plainte pour tentative de meurtre.
Ils étaient plusieurs milliers à s’être rassemblés à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) le 25 mars contre les réserves d’eau de substitution dédiées à l’irrigation agricole, à l’appel du collectif « Bassines non merci », du mouvement « Les Soulèvements de la terre » et de la Confédération paysanne. En tout, le rassemblement a attiré 30 000 personnes, selon les organisateurs et 6 000 selon les autorités et 3 000 forces de l’ordre avaient été mobilisées autour de la bassine de Sainte-Soline, construite mais pas encore en service.
Interdite par la préfecture, comme le précédent fin octobre, il a été ponctué d’affrontement d’une extrême violence entre militants et forces de l’ordre. La préfecture a dénombré 47 militaires et sept manifestants blessés. Du côté des associations organisatrices, le bilan est beaucoup plus lourd : 200 manifestants blessés, dont 40 graves et deux manifestants entre la vie et la mort. Le bilan du parquet ne porte que sur les blessés officiellement secourus, ce qui peut expliquer l’écart entre les chiffres.
Rejets de responsabilité
Depuis cinq jours, les autorités et les organisateurs se rejettent la responsabilité des violents affrontements qui sont advenus. Samedi soir, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a parlé « d’extrême violence » contre les forces de l’ordre. De leur côté, les manifestants et élus présents accusent les forces de l’ordre d’avoir retardé la prise en charge des blessés. Par ailleurs, la Ligue des droits de l’homme, qui avait expédié sur place vingt-deux de ses « observateurs des libertés publiques et des pratiques policières » assure avoir « constaté un usage immodéré et indiscriminé de la force […] avec un objectif clair : empêcher l’accès à la bassine, quel qu’en soit le coût humain ».
La famille d’un homme entre la vie et la mort depuis la manifestation a porté plainte pour tentative de meurtre et entrave aux secours, alors que les autorités défendent l’action des forces de l’ordre. Il s’agit des parents d’un manifestant de 32 ans, originaire de Toulouse, victime d’un traumatisme crânien.
De son côté, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé son projet de dissoudre, avec sept autres organisations, le mouvement Les Soulèvements de la terre. « Je constate l’extrême violence de certains groupuscules dont les services de renseignement démontrent qu’ils sont à la fois fichés […], parfois depuis de très nombreuses années, et qui sont responsables de grandes violences », a fait valoir le ministre, lors d’une séance de questions au gouvernement.
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Manifestation de soutien aux blessés
Sur son site, le mouvement créé en 2021 dénonce « une tentative crapuleuse » de la part du ministre de l’Intérieur « de faire baisser l’attention sur les violences meurtrières qu’il a déchaînées contre les manifestants de Sainte-Soline ». Et d’ajouter être « curieux et curieuses de voir ce que représenterait la dissolution d’une coalition qui regroupe des dizaines de collectifs locaux, fermes, sections syndicales, ONG à travers le pays ».
Les trois structures organisatrices de la manifestation ont appelé dans un communiqué de presse à un rassemblement le 30 mars à 19 h 00 devant les préfectures du pays « en soutien » notamment « aux deux manifestants dans le coma, aux blessés et blessées de Sainte-Soline et du mouvement des retraites » et « à la fin des violences policières ».
De leurs côtés, la Coordination rurale de Charente s’est associée à la FNSEA et aux JA du même département pour pointer du doigt l’implication de la Confédération paysanne dans les manifestations du 25 mars à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), dans un communiqué de presse commun le 28 mars. Tous trois s’interrogent sur le fait de considérer la Conf’ « comme un syndicat agricole ».
La manifestation a été ponctuée d’images de violents affrontements
La secrétaire nationale d’EELV « intimidée » par la CR du Lot-et-Garonne
Des dizaines de militants de la Coordination rurale (CR) sont venus perturber le 28 mars le début d’un déplacement de deux jours en Lot-et-Garonne de la secrétaire nationale d’Europe écologie - Les Verts (EE-LV) Marine Tondelier, a constaté un correspondant de l’AFP. Arrivée dans le département en début d’après-midi, la dirigeante écologiste s’est jointe à la manifestation contre la réforme des retraites. Malgré la protection de gendarmes et de policiers en civil, elle n’a pu avancer que de quelques dizaines de mètres avant d’être bloquée par des militants du syndicat agricole qui ont notamment menacé de lui jeter du lisier, rapporte l’AFP. « Ça n’a aucun sens. Ils ont beaucoup plus de préjugés sur nous qu’on en a sur eux », a déclaré l’élue aux journalistes. Un jour auparavant, la CR avait averti l’élue dans un communiqué qu’elle n’était « pas la bienvenue », après avoir « semé la violence, la haine et la désolation » en participant à la manifestation de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) le 25 mars. Sur Twitter, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a condamné ces intimidations, précisant qu’elles ne pouvaient être justifiées en « aucune circonstance et sous couvert d’aucune cause ».