Une semaine après l’appel à la mobilisation générale pour remédier au manque de main-d’œuvre dans les campagnes, Wizi Farm enregistre 207 000 travailleurs potentiels et 746 mises en relation. Malgré « un déséquilibre énorme » entre cet afflux de candidatures et la demande de travail, la marque du groupe FDSEA 51 entend lever les freins à la mobilité pour pourvoir les besoins sur le long terme.
Le 24 mars sur BFMTV, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume appelait la nation à rejoindre « la grande armée de l’agriculture française » pour pallier la pénurie de main-d’œuvre due à la crise du Covid-19. Dans la foulée, la FNSEA, l’Association nationale pour l’emploi et la formation en agriculture (Anefa) et Pôle Emploi s’alliaient avec la marque Wizi Farm, de la société (Ter’informatique, groupe FDSEA 51) pour lancer la campagne de recrutement ‘Des bras pour ton assiette’, qui encourage les personnes sans emploi ou en chômage technique à travailler temporairement dans les fermes.
207 000 travailleurs potentiels
Un peu plus d’une semaine après cet appel à la mobilisation, l’engouement est réel. Le 1er avril, la plateforme web mission.wizi.farm recensait 207 000 travailleurs potentiels. Le 23 mars, « il y avait 5 000 personnes inscrites sur la plateforme. Le 1er avril, on [était] à 207 000 inscrits », indique le fondateur de Wizi Farm Jean-Baptiste Vervy. Avec désormais « 10 000 inscriptions par jour » le coup de rush semble passé. Mais la petite entreprise de 13 salariés en temps normal, qui est montée à 23 personnes « au plus gros du pic », s’apprête à rentrer dans le dur. « On attaque un travail sur la longueur, explique Jean-Baptiste Vervy. Tout le monde est inscrit mais maintenant il faut mettre en relation avec les employeurs, communiquer, et les offres d’emploi vont arriver avec le temps. »
Créée en juin 2018 « pour simplifier le quotidien des agriculteurs », la plateforme de Wizi farm est basée sur le concept du matching, très utilisé sur les sites de rencontres. Grâce à une recherche multicritères (commune de résidence, compétences, expériences, éventuellement centres d’intérêt), elle soumet des profils de salariés qui semblent correspondre aux besoins d’employeurs agricoles. Charge à ces derniers, ensuite, de contacter les candidats et le cas échéant de faire une proposition d’embauche.
746 mises en relation
Depuis le 24 mars, Wizi Farm a fait 746 mises en relation, indique Jean-Baptiste Vervy. « C’est-à-dire que pour 746 missions agricoles, on a proposé des bras. » Dans le même laps de temps, l’Anefa a testé la plateforme à titre expérimental dans trois départements – Maine-et-Loire, Gard, Marne – en proposant un accompagnement personnalisé aux employeurs enregistrés, explique le président national de l’Anefa Mickael Jacquemin. « On s’est rendu compte que ça correspondait à nos attentes donc, voilà, depuis lundi on a démarré sur tout le territoire national » assure-t-il. « Dans la majorité des départements, l’Anefa est autonome et à même de pouvoir apporter ce service […] [sinon] Pôle-Emploi prend le relais. »
Il existe néanmoins « un déséquilibre énorme » entre l’offre et la demande de travail agricole, souligne le créateur de Wizi Farm. Cela s’explique tout d’abord par l’intérêt soudain et brutal de la population pour réaliser les travaux des champs alors que ceux-ci sont échelonnés dans le temps. Lors d’un point presse sur Twitter le 24 mars, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert indiquait que le secteur agricole aurait besoin de « 45 000 saisonniers nécessaires en mars, 80 000 en avril et à peu près autant en mai. »
Être là au bon endroit, au bon moment
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À cet échéancier saisonnier s’ajoutent d’autres facteurs qui peuvent chambouler le calendrier de production, comme les aléas climatiques. « Là, par exemple, certains travaux d’arboriculture devaient démarrer dans le sud pour éclaircir des arbres fruitiers. Eh bien ils se sont pris plusieurs jours de gel, donc forcément il n’y a plus besoin d’éclaircir, la production vient de se réguler d’elle-même. Les embauches qui étaient prévues pour ce stade-là, pour certaines elles n’existent plus ou elles sont reportées de 10 à 15 jours », raconte Jean-Baptiste Vervy. Sans oublier les aléas de mise sur le marché, particulièrement accrus dans certaines filières en raison de l’épidémie de coronavirus : fruits et légumes de saison, fromages AOP, viande d’agneau et de chevreau…
Enfin, il y a le fait d’être là au bon endroit, au bon moment. « Ce qu’il faut que les gens comprennent c’est que […] ce n’est pas parce que vous avez dit que vous étiez disponible qu’on a forcément besoin de vous », résume Jean-Baptiste Vervy. Un problème particulièrement vrai pour les citadins bloqués en ville à cause des mesures de confinement et qui n’ont pas d’autre possibilité de logement et/ou transport. Une limitation à la mobilité que Wizi Farm aimerait lever. « On est en train de regarder si on peut faire des partenariats », confie Jean-Baptiste Vervy. « On essaie de rentrer en contact avec Airbnb, Le Bon coin et PAP, pour l’aspect logement. »
« Les offres d’emploi vont arriver avec le temps »
« Ce n’est pas parce que vous avez dit que vous étiez disponible qu’on a forcément besoin de vous »
« On essaie de rentrer en contact avec Airbnb, Le Bon coin et PAP, pour l’aspect logement »
Du salariat, pas du bénévolat, avertit l’Anefa
Un couac de communication sur le dispositif de recrutement proposé dans le cadre de la campagne ‘Des bras pour ton assiette’. C’est ce que relève le président de l’Anefa Mickael Jacquemin. « Quand on parle de venir donner ‘un coup de main’, on aurait pu sous-entendre du bénévolat et je pense que certains l’ont compris comme ça », explique-t-il. « Nous, nous sommes bien dans une démarche salariale, avec un contrat de travail et une fiche de paie. Nous faisons passer ce message aux employeurs évidemment, et aussi aux candidats qui s’étaient éventuellement positionnés pour être bénévoles ».