Dans une mauvaise passe financière, la coopérative laitière argentine Sancor nous a confirmé être en cours de discussions avec d'éventuels repreneurs, parmi lesquels Lactalis et Coca-Cola. En attendant l'aboutissement de ces négociations, le gouvernement argentin devrait par ailleurs accorder un prêt à la coopérative. La coopérative laitière argentine pourrait être rachetée dès la fin de l’année. Préalablement, un plan d’aide d’urgence pour l'aider à sortir de l’impasse financière dans laquelle elle se trouve sera mis en œuvre entre le gouvernement, la coopérative et le syndicat représentant les salariés.
Les négociations pour la reprise de la coopérative laitière Sancor se poursuivent (Agra Alimentation du 22 mars 2017). Au siège de Sancor, à Sunchales, un des porte-parole de la coopérative a confirmé au correspondant d'Agra Alimentation en Argentine l’existence de « négociations séparées, en vue d’un éventuel rachat, avec les représentants de Lactalis, mais aussi de Coca-Cola et d’un groupe national regroupant plusieurs PME laitières ». Sous couvert d’anonymat, ce porte-parole estime que cet éventuel rachat se produira « après l’accord d’une aide financière d’urgence sur le point d’être conclue entre le gouvernement argentin, la coopérative et le syndicat des travailleurs de l’industrie laitière (ATILRA) dont le but, à court terme, est de sortir Sancor de l’impasse financière sans licencier ni fermer d'unités et à moyen terme, de rendre la deuxième laiterie du pays plus attractive auprès d’un investisseur-repreneur".
Selon le quotidien argentin La Nación du 11 avril dernier, le gouvernement accordera à Sancor un prêt de 450 M de pesos (26,5 M€) issu du Fonds pour le développement économique argentin. Ce prêt sera versé en plusieurs tranches à la coopérative et administré en externe par un comité de contrôle. Toujours selon le quotidien, le total de la dette de Sancor s’élevait à la mi-avril à 5 900 M de pesos (347 M€). Outre Lactalis, La Nación cite également le groupe mexicain Lala comme potentiel repreneur.
Ce qui est certain, c'est qu'« un tel rachat passera par une modification statutaire de la coopérative, donc par une assemblée générale, ainsi qu'une approbation de la Commission nationale des valeurs, l’organisme argentin de régulation des marchés. Pour toutes ces raisons, si ce rachat devait avoir lieu, il n’interviendra pas avant six à huit mois », précise encore le porte-parole chez Sancor.
Une source du ministère argentin de l’Agriculture confirme elle aussi que « Sancor a besoin d’un associé, mais pas forcément étranger ». Celle-ci rappelle les origines de la crise de Sancor : forte baisse de collecte, surdimensionnement du parc industriel, impayés auprès de l’État du Venezuela portant sur des importations de poudre… Mais cette source souligne également l’attractivité du marché argentin où « les fromages représentent 50% de la consommation de produits laitiers, un segment sur lequel Sancor était encore récemment leader. »
Selon l’éleveur Gustavo Tettamanti, syndicaliste référent en lait de la Fédération agraire argentine, « le principal facteur d’échec de Sancor a été les dysfonctionnements de la direction qui ont permis à ses membres de faire fortune aux dépens des adhérents et des salariés. La messe était dite depuis longtemps » conclut-il.
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Le quotidien La Nación rappelle qu'au moins jusqu’en février dernier, ni le président de Sancor, Gustavo Ferrero, ni la direction de la coopérative n’envisageaient sa vente. Ces derniers recherchaient surtout un partenaire financier pour asseoir leur plan de restructuration.
Lactalis s’est déjà établi en Argentine comme industriel à la fin de l’année 2015, en prenant le contrôle de la holding mexicaine La Esmeralda, elle-même propriétaire des entreprises argentines La Mucca, Sudamericana Lácteos et de l’uruguayenne Industria Láctea Salteña, toutes trois pour une valeur de 6,1 millions d'euros, selon l’agence Business France. Jusqu’à présent, la stratégie commerciale locale de Lactalis a surtout consisté à redévelopper localement sa marque Parmalat. Son éventuel rachat de Sancor signifierait pour le groupe français de doubler la mise, au bas mot, de son pari argentin. Le directeur de La Mucca, Pablo Pasci, n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.
Coca-Cola à la conquête de l’industrie laitière sud-américaine
En 2016, Coca-Cola Argentine avait montré son intérêt pour la reprise d'Alimentos Refrigerados SA (ARSA), la branche yaourts et flans de Sancor. C’est finalement l'argentin Vicentín qui avait racheté 90% du capital d’ARSA pour une valeur de 100 M$ (92,1 M€) selon l’agence Telam. L’an dernier également, Coca-Cola réussissait au Brésil l’acquisition de la laiterie Verde Campo, via sa filiale Leão Alimentos, codétenue avec ses entreprises d’embouteillage partenaires au Brésil.
En 2012, sa filiale mexicaine Jugos del Valle, conjointement avec huit entreprises d’embouteillage, reprenait Santa Clara, la plus grande laiterie du Mexique. Un an plus tard, sa filiale équatorienne Arca Continental s’emparait du transformateur Tonicorp. Et fin mars 2017, le géant américain a finalisé l'achat de l'argentin AdeS, auprès d'Unilever pour 575 M$ (529,7 M€), un spécialiste, cette fois, des boissons à base de soja.