Le projet de loi sur la culture d’OGM en France et surtout les réactions qu’il suscite, montrent l’opposition de deux conceptions: celle qui veut une Europe, et une France en particulier, érigés comme sanctuaire sans OGM. Et pour laquelle la loi devrait surtout freiner le développement de ces plantes; celle qui penche pour la coexistence des deux filières avec une responsabilité financière pour les responsables de contaminations. Les partisans du sanctuaire non-OGM sont aussi, la plupart du temps, des ardents détracteurs des subventions à l’exportation, pourfendeurs d’une agriculture tournée vers les marchés internationaux. A moins qu’ils pensent qu’on va pouvoir vendre doublement plus chers (parce qu’ils seront plus onéreux à produire et parce qu’ils n’auront plus de subventions) des végétaux sur le marché mondial simplement parce qu’ils sont sans OGM. C’est prendre le marché mondial pour ce qu’on aimerait bien qu’il soit plutôt que pour ce qu’il est réellement: un marché où la course aux prix compétitifs ne se dément pas. La part des produits non-OGM risque de ne constituer que quelques niches, un peu équivalentes à ce que représente le bio aujourd’hui. L’Europe doit-elle renoncer à être partie prenante de la plus grande part du marché… et la laisser aux mains des Américains ou Brésiliens? Sans doute pas. Déjà, les faucheurs d’OGM en France rendent bien des services à la recherche américaine en dissuadant nos propres chercheurs de travailler sur les plantes génétiquement modifiées. N’allons pas encore plus loin dans ce sens en laissant une part majeure des marchés aux entreprises d’outre-Atlantique. L’enjeu des OGM est aussi celui de la présence de l’Europe sur les grands enjeux économiques de demain.
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