Confronté à la volatilité des prix du lait et à l’impossibilité de répercuter les hausses sur le marché national, Savencia Fromage & Dairy a connu en 2017 une dégradation de sa rentabilité. L’international hors Europe a en revanche permis de limiter cette baisse. Après deux acquisitions en Corée et en Russie et un renforcement en Tunisie, le profil international de l’entreprise va s’amplifier à l’avenir.
Jean-Paul Torris, directeur général de Savencia Fromage & Dairy, n’a pas mâché ses mots le 15 mars lors de la réunion d’information financière annuelle du groupe laitier : « Sur le marché national, nous nous sommes heurtés au refus total de la grande distribution de répercuter les hausses de prix du lait, d’où la pénurie de beurre dans les grandes surfaces car il était impossible d’alimenter le marché à perte », a-t-il déclaré. « Ce comportement est d’autant plus difficile à comprendre dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation et de la charte de bonne conduite signée par la filière, mais que les distributeurs n’ont pas respecté », a-t-il ajouté. Une situation qui semble s’être un peu améliorée au cours des dernières négociations commerciales « signées au dernier jour prévu par la loi, et qui a permis des revalorisations qui n’ont toutefois pas effacé les pertes enregistrées lors des mois précédents », a expliqué Jean-Paul Torris.
La rentabilité en baisse à cause de la France
Faisant face à une forte volatilité des cours mondiaux et à une hausse très forte du prix du lait, les ventes 2017 du groupe ont progressé de 9,8 % à 4,85 milliards d’euros. Le résultat opérationnel courant (ROC) est en revanche en recul, passant de 187,1 millions d’euros à 172,2 millions d’euros (il avait augmenté de 23 % entre 2015 et 2016). « Le développement des volumes à marque et la performance sur les marchés internationaux ont cependant permis de compenser le recul en France des produits de grande consommation », indiquait le groupe familial coté à la Bourse de Paris et présidé par Alex Bongrain le 7 mars à l’occasion de la publication de ses comptes annuels.
L’amélioration du mix produits, les volumes commercialisés sous ses marques et les innovations expliquent que le groupe soit arrivé à limiter la baisse de la rentabilité. Savencia (St Moret, Cœur de lion, Caprice des dieux et Riches Monts) cherche à positionner le fromage en cœur de repas afin d’enrayer la désaffection pour le plateau de fin de repas avec des nouveautés comme les nuggets de fromage (Europe centrale), la raclette pour burger ou pour croque-monsieur, ou les fromages à dorer (France). La vogue du snacking se concrétise avec les billes de fromages fourrées, vendues en France sous la marque St Moret, mais déclinées en saveurs et marques différentes selon les marchés européens. Savencia s’attaque aussi au fromage fondu en triangle, un segment peu animé qu’il compte réveiller avec le lancement d’un triangle non pas en aluminium mais en carton FSC très facile à ouvrir et consommer. Cette innovation a été développée en interne et a été lancée en Allemagne (Cheese’up de Milkana). Elle viserait frontalement la Vache qui rit en cas de lancement en France.
Asie et Amériques, des zones dynamiques
L’international est l’autre pilier sur lequel le groupe veut de plus en plus s’appuyer. Le chiffre d’affaires « autres pays » (hors France et hors Europe) est en constante progression : 31,1 % en 2017, contre 30,6 % en 2016. Le ROC en en hausse de 14 % sur cette zone en 2017, alors qu’il est fort recul en France (-21 %) et en Europe (-16 %). L’année passée, Savencia a acquis la laiterie Belebey (fromage) en Russie, qui présente une performance supérieure à celle du groupe. « L’usine, approvisionnée en lait de la région, et les marques locales vont nous permettre de servir à nouveau le pays de manière satisfaisante », a expliqué Jean-Paul Torris. Certes, Savencia livrait la Russie à partir de l’Argentine, mais pas dans les quantités antérieures à l’embargo. Avant 2014, le pays importait 50 % de son fromage de l’Union européenne.
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Le groupe s’est aussi renforcé en Corée, où il a fait l’acquisition du distributeur Bake Plus (feu vert obtenu de l’autorité de la concurrence, finalisation prévue d’ici fin mars), en Tunisie avec la montée au capital de Délice (Compagnie fromagère), et a lancé aux Etats-Unis Dorothy’s, un fromage d’inspiration traditionnelle en s’appuyant sur la laiterie de Lena acquise dans l’Illinois.
Les investissements industriels ont représenté 176 millions d’euros en 2017, en légère baisse par rapport à 2016 : Savencia a continué d’investir suite à la reprise de Terra Lacta en 2013 et les outils industriels ont été adaptés pour les produits d’exportation et les innovations. « On va continuer d’investir ces prochaines années avec des montants importants », a indiqué Olivier de Sigalony, directeur financier de Savencia.
Pour 2018, le groupe a indiqué que l’année s’annonçait dans la droite ligne du 2e semestre 2017 marqué par une forte volatilité des cours. Le développement des marques de spécialités, l’amélioration de sa compétitivité et le renforcement de ses positions à l’international, notamment en poursuivant les acquisitions, sont les axes que l’entreprise poursuivra en 2018.
Bio et végétal ne laissent pas indifférent Savencia
Savencia a expliqué avoir signé un accord-cadre avec Terra Lacta pour encourager les producteurs à se convertir à la production biologique. « Aujourd’hui, nous ne nous sommes pas fixé de plafond en termes de volume de production », a expliqué Robert Brzusczak, directeur général adjoint. « On essaie de faire un développement biologique raisonné et on veut encourager au maximum les producteurs d’y aller », a-t-il poursuivi. Le végétal, auquel s’intéressent d’autres groupes laitiers, n’est pas un sujet prioritaire pour Savencia. Le groupe reste toutefois à l’écoute des demandes émergentes des consommateurs, et pourrait annoncer un développement dans ce secteur en 2019.