Les chercheurs à l’origine de l’alerte sur les SDHI et l’Anses continuent de s’affronter par le biais de tribunes et de prises de parole sur le thème des SDHI. Alors que les chercheurs estiment que les substances actives présentent un risque grave, l’agence dénonce un manque de données.
C’est cette fois dans le Monde que Paule Bénit et Pierre Rustin ont publié leur tribune. Et les mots sont forts : « grande inquiétude », « déni scientifique », ou « catastrophe sanitaire ». Soutenus par 450 autres chercheurs d’institutions diverses, les chercheurs de l’Inserm, continuent de demander, sur la base de leurs recherches concernant les maladies liées aux mitochondries, le retrait des produits à base de SDHI, au nom du principe de précaution.
L’Anses continue de son côté d’estimer que les données apportées par les chercheurs demeurent insuffisantes pour justifier ce retrait. « Nous n’avons pas d’élément scientifique sérieux qui permette de faire le lien entre des expositions aux SDHI et des pathologies chez l’homme », répète Roger Genet, directeur de l’Anses. À ce jour, ce laboratoire de l’Inserm est l’auteur de la plupart des publications disponibles sur ce sujet.
Les ONG menacent de saisir la justice
Les résultats de l’étude publiée par Pierre Rustin et son équipe ont été largement relayés par les associations environnementales. Dernière action en date, celle de Générations Futures et de Nous voulons des Coquelicots, qui ont envoyé le 21 janvier à l’Anses une demande de retrait des Autorisations de Mise sur le marché de trois produits à base de SDHI : le Keynote et l’Aviator Xpro (Bayer), ainsi que le Libra (BASF).
Lors d’une conférence de presse, les associations ont prévenu qu’elles porteraient leur demande auprès du tribunal administratif de Lyon si l’agence ne leur donne pas satisfaction sous deux mois. Un ultimatum soutenu par plusieurs parlementaires, dont Joël Labbé, Delphine Batho, Loïc Prud’homme et Benoît Biteau, ainsi que France Nature Environnement. L’UIPP déplorant de son côté « une action fondée sur une lecture résolument excessive du principe de précaution ».
L’expertise en question
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Si l’alerte des chercheurs n’est pas fondée, pourquoi 450 autres scientifiques ont-ils signé leur tribune dans le Monde ? « Ce ne sont pas 450 scientifiques qui se sont penchés sur la question, ce sont 450 scientifiques qui ont signé une pétition », estime Roger Genet. Le directeur de l’Anses réfute par ailleurs l’image d’un combat opposant bons scientifiques et mauvais évaluateurs que le texte crée dans l’opinion. « On oppose les experts des agences sanitaires aux chercheurs du monde académique, mais ce sont les mêmes personnes », souligne Roger Genet.
Car dans leur tribune les chercheurs n’ont pas de mots assez durs pour l’Anses, estimant qu’elle est « restée sourde » à leur argumentation. « Les missions de l’agence ne sont pas de défendre, ni d’amener à l’interdiction totale des pesticides, elles sont de donner un cadre qui protège la population et l’environnement », s’agace Roger Genet face à cette nouvelle charge sur les méthodes de son agence.
Débat européen
Difficile, dans les faits, de faire des procès en immobilisme à l’Anses. Avec trois autosaisines, la mobilisation de deux comités d’experts, et le déblocage d‘un million d’euros pour des projets de recherche, la question ne semble pas prise à la légère. L’Inserm a même intégré, sur demande de l’agence, les SDHI dans l’expertise collective qui paraîtra en avril sur les effets des pesticides sur la santé.
Dans la mesure où les substances actives sont toujours autorisées au niveau européen, l’Anses aurait par ailleurs du mal à justifier un retrait auprès des fabricants. « Il y a des processus de réévaluation réguliers au niveau européen, et le débat, s’il doit avoir lieu, est à ce niveau-là », rappelle Roger Genet.