L’Acta, le réseau des instituts techniques agricoles, a remis le 15 octobre à Paris ses trophées ITA’Innov 2019. Sébastien Windsor veut mettre en avant les spécificités des 18 instituts techniques français et leur capacité à fédérer pour mettre au point des innovations utiles aux agriculteurs. Il rappelle que si les fonds des programmes européens de recherche vont connaître une hausse des financements, elle sera associée à des obligations de diffusion renforcées. L’innovation ne suffit pas, elle doit être diffusée et adoptée, insiste-t-il.
L’Acta vient de remettre ses 3e trophées ITA’Innov. Quel est l’objectif de ce concours ?
ITA’Innov nous permet de faire remonter une quarantaine de projets innovants par édition sur lesquels nous nous appuyons pour communiquer. Nous voulons faire prendre conscience aux décideurs et aux agriculteurs qu’une réponse aux enjeux de demain passe par l’innovation, et nous voulons aussi légitimer le soutien à la recherche appliquée. Cela a bien été acté au niveau européen avec les projets Horizons 2020, mais c’est moins évident au niveau national. Il existe en effet une vraie spécificité des instituts techniques agricoles français qui sont capables de caractériser et développer des innovations qui partent du terrain, et qui sont co-construites avec les agriculteurs.
C’est en cela que vous parlez de co-innovation ?
Tout-à-fait, et les exemples sont nombreux parmi les projets qui ont été présentés. C’est le cas du colza associé à une légumineuse de Terres Inovia dont la technique a dû être adaptée à chaque territoire. Ou encore du chariot robotisé Casper présenté par Astredhor, qui est formé de lanières venant stimuler les plantes et d’une bâche engluée venant piéger les insectes dans les serres. Les ingénieurs des instituts techniques doivent être capables de répondre à des enjeux très pragmatiques et aux besoins du terrain.
Quelles sont les obligations de la part des instituts techniques de diffuser les résultats de leurs travaux ?
Dans le cadre des projets Horizon 2020, qui sont des programmes de recherche européens, nous avons une obligation de diffusion, ce qui favorise les partenariats, notamment avec les chambres d’agriculture. Dans le cadre des projets nationaux financés par le Casdar, nous avons une obligation de publication. On juge la performance d’un institut technique non pas sur sa capacité à sortir des innovations, mais sur celle à avoir un impact positif sur le terrain !
Est-ce une difficulté aujourd’hui ?
Dans un contexte de tension économique, la prise de risque est plus complexe pour les agriculteurs. Cela nécessite des changements d’habitudes, des tâtonnements, parfois des investissements en matériel, et cela engendre des résultats incertains. Tout l’enjeu est de diffuser l’information jusqu’aux agriculteurs pour qu’ils s’en emparent et qu’ils l’adaptent localement.
La prochaine Pac va-t-elle changer la donne ?
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Pas directement, mais les budgets de financement des projets Horizon 2020 sont calés sur les programmations de la Pac. Ils sont basés sur les appels à projet concernant des thématiques de recherche qui obligent à la constitution de consortium de plusieurs pays. Le financement intègre des travaux de recherche, des expérimentations, mais aussi désormais une méthode de diffusion auprès des agriculteurs. Les enveloppes vont doubler pour ce type de projets, passant de 4 milliards d’euros sur la dernière programmation de 6 ans, à 8 milliards d’euros pour la prochaine. Les instituts techniques français ont déjà été retenus sur plus de 60 projets, avec un projet retenu sur trois présentés, ce qui place l’Acta parmi les tout premiers acteurs au niveau européen sur ce type de projets.
Lors de la prise de poste de Philippe Mauguin à la direction de l’Inra, celui-ci a insisté sur sa volonté de créer de cellules de recherche-innovation-transfert. Où en est-on aujourd’hui ?
Nous avons démarré la démarche sur le glyphosate afin de partager nos connaissances et les diffuser sous forme de fiches, webinaires auprès des techniciens et conseillers. Il est urgent de le refaire sur d’autres sujets. Je partage la préoccupation de Philippe Mauguin et je pense qu’il nous faut accélérer cette collaboration. Nous avons des marges de progrès.
La spécificité des instituts techniques agricoles français est d’être capables de développer des innovations co-construites avec les agriculteurs
Il faut accélérer notre collaboration avec l’Inra
ITA’Innov 2019 : le palmarès complet
L’Acta, le réseau des 18 instituts techniques agricoles, a remis le 15 octobre à Paris ses trophées ITA’Innov 2019, s’appuyant sur un jury issu de la recherche, d’entreprises, d’organismes institutionnels et de la société civile.
– Le trophée de l’Innovation a été remis à Terres Inovia (oléagineux) pour son projet « colza associé à un couvert de légumineuses gélives ».
– Le trophée « recherche et méthodologie » a été remis à l’IFPC (productions cidricoles) pour son projet de « verger cidricole de demain » qui a consisté à concevoir, expérimenter et évaluer des vergers agroécologiques innovants.
– Le trophée « projet international » a été remporté par l’Ifip (porc) pour son projet « teach-in-pig » de plateforme numérique d’apprentissage de conduite d’élevage en partenariat avec la Chine.
– Dans la catégorie « équipe innovante », c’est le projet Syppre que le jury a retenu, visant à accompagner la transition vers des systèmes de culture durables. Ce projet est conduit par l’ITB (betteraves), Arvalis-Institut du végétal et Terres Inovia.
– Une mention spéciale a été attribuée à l’Itepmai (plantes à parfum, médicinales et aromatiques) pour son projet Basimil : il s’agit d’une approche multifactorielle pour lutter contre le mildiou du basilic.