Après une récolte de canne à sucre approchant les 600 Mt en 2013-2014, les industriels du centre-sud du Brésil prévoient une baisse de la production pour la saison à venir, à cause de la sécheresse et des difficultés financières du secteur. La coupe de la canne à sucre dans la principale région sucrière du pays est en train de commencer pour la saison 2014-2015.
«Les projections (pour la région centre-sud) tablent sur un broyage de 580 Mt, soit une diminution de 16,94 Mt par rapport aux 596,94 Mt transformées l'an dernier », indique le 23 avril Unica, principal groupement d'industriels du secteur sucrier brésilien. « Début décembre, l'aspect visuel des plantations était très bon mais la sécheresse intense a eu lieu exactement à la période du plus fort développement de la canne », a observé le directeur d'Unica Antonio de Padua Rodrigues, cité dans un communiqué. Selon lui, la chute des rendements peut dépasser les 15 % dans certaines zones.
Autre facteur d'une baisse de la productivité : le moindre renouvellement des plantations à cause de la profonde crise économique éprouvée par le secteur. La canne à sucre se récolte durant plusieurs années mais les plantes perdent de leur concentration en sucre au fil du temps. Or, le renouvellement des plantations coûte cher aux usines de broyage, souvent propriétaires de leurs propres champs.
Manque d'investissements« La baisse du niveau de rénovation des plantations en début d'année reflète les difficultés financières rencontrées par le secteur productif, avec beaucoup d'unités qui ne peuvent pas se permettre d'investir dans les cultures », poursuit Unica.
Selon un porte-parole de l'association, « le scénario est préoccupant : au-delà des 10 usines qui pourraient fermer (cette année), plus de 30 unités sont en processus de redressement judiciaire et plusieurs autres se trouvent dans une situation financière assez délicate », sur un total d'environ 150 usines de broyage dans la région centre-sud.
La surface agricole consacrée à la canne à sucre devrait augmenter d'environ 5 % cette saison, d'après les calculs d'Unica. Mais cela ne compenserait pas la chute de productivité, attendue à 8 % en moyenne par rapport à 2013-2014, où elle a atteint 79,8 t de canne par hectare.
Davantage de transformation en alcoolConfirmant la tendance de ces dernières années, la majorité de la canne à sucre coupée en 20142015 (plus de 56 %) devrait être consacrée à la production non pas de sucre mais d'alcool de canne, utilisé comme carburant sous forme d'éthanol. La production de sucre prévue est de 32,5 Mt, en chute de 5,23 % par rapport à celle de la saison 2013-14, qui était de 34,29 Mt, indique le communiqué. Les industriels s'attendent en effet à une baisse de la demande de sucre sur le marché physique, avec une rentabilité moins intéressante pour eux. La production d'éthanol devrait en revanche atteindre 25,87 Mrd de litres, en hausse de 1,2 % par rapport aux 25,57 Mrd de 2013-2014. Les voitures flex, capables de rouler indifféremment à l'essence et à l'éthanol, représentent 60 % de la flotte automobile brésilienne.
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Le Brésil est le premier producteur mondial de sucre et le second producteur d'éthanol après les Etats-Unis, qui fabriquent ce carburant à partir de maïs.
L'INDUSTRIE européenne du sucre entre dans une zone de turbulences, avec la fin annoncée des quotas en 2017, qui l'exposera à la volatilité du marché mondial mais pourrait constituer une aubaine pour les fabricants les mieux préparés. « Cela va profondément modifier la cartographie sucrière européenne, juge Alexis Duval, président du directoire du français Tereos, n°4 mondial du sucre. Le secteur est entré dans une zone où il faut se serrer la ceinture. Les groupes sont plus ou moins préparés. »
Depuis l'ouverture du marché européen aux importations des Pays moins avancés (PMA), en 2006, « on importe de plus en plus de sucre. Les prix européens sont donc plus influencés par la situation mondiale qu'avant », explique Alain Jeanroy, DG de la Confédération générale des planteurs de betterave (CGB). Avec la fin des quotas, les sucriers européens prêteront encore davantage le flanc aux fluctuations internationales. En janvier, les prix mondiaux ont atteint leur plus bas depuis des années à cause d'une récolte abondante, avant de rebondir un peu. De plus, en 2013, Bruxelles a autorisé des importations supplémentaires à droits de douane réduits.
En France, où cinq sociétés se partagent le marché, fabricants et planteurs se préparent depuis longtemps à la fin des quotas. Objectif : améliorer la compétitivité pour faire face au géant mondial du sucre, le Brésil. Mais aussi profiter de l'opportunité de produire et d'exporter sans limites, car la fin des quotas ira de pair avec la levée des restrictions de l'OMC.
« Les opportunités prennent le pas sur les inconvénients », estime même Alain Commissaire, DG de Cristal Union, l'un des deux plus gros groupes français, propriétaire de la marque Daddy. Tout comme Tereos, Cristal Union compte augmenter de 15 à 20 % sa production après 2017, grâce à une hausse des surfaces de betteraves. La filière française investit aussi dans la recherche sur les rendements, et dans les économies d'énergie pour les usines.
Alors que la consommation de sucre stagne en Occident, les industriels français espèrent ainsi pouvoir exporter dans les pays en développement, où elle ne cesse au contraire de progresser.