Un milliard d’euros d’avances de trésorerie supplémentaires sur les aides Pac, fauchage des jachères dans 33 départements… Didier Guillaume a annoncé le 21 juillet son « plan de mobilisation générale » face à la sécheresse. Trop peu, trop tard pour les syndicats, qui demandent des mesures plus rapides et plus larges.
Didier Guillaume devait annoncer les mesures d’aides face à la sécheresse lors d’un déplacement dans Le Loir-et-Cher, le 22 juillet. Il a finalement précipité son calendrier en détaillant son plan dans une interview au Parisien la veille. Mais il en fallait plus pour convaincre les syndicats que le gouvernement a pris la mesure de la situation. La principale promesse du ministre de l’Agriculture ? Le déblocage, comme l’an passé, de 1 Mrd€ d’avances de trésorerie supplémentaires au 16 octobre. Les agriculteurs devraient toucher à cette date 70 % de leurs aides Pac, contre 50 % habituellement. Une décision qui devra être validée par l’UE. Didier Guillaume a aussi annoncé l’activation du dispositif des calamités agricoles.
« Ces mesures ne répondent pas réellement à l’urgence », a déploré la Confédération paysanne dans un communiqué du 24 juillet. Elles auront un effet « dans plusieurs mois, alors que le besoin est immédiat ! », dénonce le syndicat, qui demande la prise en charge des intérêts des prêts de trésorerie à court terme. La Conf’ alerte sur le « manque abyssal de fourrage » provoqué par la sécheresse de 2019, qui intervient après celle de 2018. « Nombre d’éleveurs se retrouvent à devoir alimenter les animaux comme en hiver », constate le syndicat paysan. De son côté, la FNPL (producteurs de lait) craint un effet de ciseaux entre une « production laitière en forte baisse » et « l’augmentation inévitable » des coûts de production provoquée par les achats de fourrages.
La FNSEA et les JA veulent faciliter les transports de fourrages
Au 25 juillet, 33 départements étaient autorisés à faucher les jachères afin d’espérer mobiliser un peu plus de ressources fourragères. Une mesure que tous les syndicats souhaitent généraliser pour l’ensemble du territoire. La Conf’ veut aussi interdire l’approvisionnement des méthaniseurs avec toute récolte utilisable en fourrage. Quant au Modef, il demande une interdiction du broyage de paille et de maïs. Sur son site web, la Coordination rurale demande de nombreuses mesures, comme des opérations « maïs ensilage » (mise à disposition du maïs aux éleveurs), la mobilisation financière des conseils départementaux et régionaux ou encore de nombreuses mesures fiscales.
De leur côté, la FNSEA et les JA réclament dans un communiqué du 24 juillet « des décisions urgentes et de bon sens » pour favoriser les transports de fourrage. Les syndicats majoritaires, qui mènent des opérations de solidarité entre départements, veulent une « cellule de coordination » entre pouvoirs publics, agriculteurs et transporteurs, comme en 2011. Ils demandent aussi l’exonération de péage pour les transports de fourrage. « Les frais de transport représentent la moitié du prix final payé par l’éleveur », notent-ils.
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Les syndicats alertent le gouvernement depuis le printemps
La FNSEA et les JA réclament enfin des « dérogations totales et immédiates » aux règles de gestion des surfaces d’intérêt écologique (SIE). Dans certains départements, les agriculteurs devront semer leurs couverts au titre de la SIE avant fin juillet. « Comment expliquer que l’on impose des semis de cultures dérobées alors même qu’elles n’ont aucune chance de lever ? », s’indignent les syndicats majoritaires. Ils dénoncent « des dépenses inutiles, mais aussi une aberration environnementale avec le risque de départs de feux et le gâchis de carburant ».
« J’ai entendu de la déception de la part des syndicats agricoles, a reconnu Didier Guillaume, le 23 juillet sur Europe 1. J’ai été déçu de leur déception. » Face à la sécheresse, « nous prenons des mesures comme jamais, s’est défendu le ministre de l’Agriculture. Je me suis battu tout le week-end avec la Commission européenne pour obtenir le fauchage des jachères. » Les responsables professionnels reprochent au gouvernement son manque d’anticipation. Dans un communiqué du 16 mai, la FRSEA et les JA d’Auvergne-Rhône-Alpes appelaient à « anticiper avant la panne sèche ». De son côté, la Coordination rurale rappelle sur son site web que « voyant la météorologie de ce printemps », elle a « demandé aux préfets et au ministre qu’ils prennent les mesures adaptées et nécessaires ». Cette demande remonte au 8 avril.
« Ces mesures ne répondent pas réellement à l’urgence »
« J’ai entendu de la déception de la part des syndicats agricoles. J’ai été déçu de leur déception. »