Des nappes phréatiques peu remplies, un manque de pluies : la sécheresse est bien là et les prévisions météo sont alarmantes. Ses effets commencent à apparaître, plus marqués sur certains types de sol. Le gouvernement annonce un soutien accéléré pour investir dans la sobriété en eau.
« C’est une situation météorologique préoccupante qui vient percuter une situation internationale grave », s’alarme-t-on au gouvernement. Attentif à la souveraineté alimentaire dans le monde, pour laquelle la guerre en Ukraine représente une menace, l’exécutif s’inquiète de l’aggravation de la sécheresse dans l’Hexagone. Les prévisions saisonnières de Météo-France l’y pousse. Un « scénario probablement plus sec et plus chaud que la normale » se dessine pour les mois à venir avec « un risque de sécheresse très probable ». La perspective inquiète d’autant plus que la situation hydrologique n’est pas bonne. Faute de pluies entre septembre et avril, « la recharge des nappes phréatiques montre un déficit de l’ordre de 20 % », a souligné le 9 mai le cabinet du ministère de la Transition écologique après une réunion avec les directeurs des agences de l’eau. Leur niveau est majoritairement orienté à la baisse. Et la persistance du temps sec amplifie le phénomène. « Entre septembre 2021 et avril 2022, on a un déficit de l’ordre de 19 % des précipitations. C’est l’équivalent de 2019, mais c’est moins important qu’en 2017 où on était sur un déficit de -25 % à date. »
La FNSEA se montre alarmiste
De premiers effets sont visibles dans les plaines. Les cultures d’hiver, par exemple le blé et l’orge, « commencent à connaître des situations de tension et donc de recroquevillement », indique-t-on au ministère de l’Agriculture. « Leur rendement pourrait être impacté » notamment dans les sols superficiels, d’après le bilan agronomique transmis par les organisations professionnelles rencontrées le 9 mai. « Il y aura un impact sur la production des céréales », affirme la rue de Varenne, même s’il « est encore beaucoup trop tôt pour avoir une évaluation précise ». L’absence de pluie, si elle perdure, affectera aussi les cultures de printemps, comme le tournesol, la betterave et le maïs, poursuit le ministère, qui évoque aussi la situation délicate des fourrages alors que les pousses d’herbe, qui étaient jusqu’à présent plutôt meilleures que d’habitude, ralentissent. Dans la matinée, la FNSEA a dressé un constat alarmiste : « Si cela continue comme ça, ceux qui ont la possibilité d’irriguer vont s’en sortir, les autres auront des baisses de rendement dramatiques », a déclaré à l’AFP sa présidente, Christiane Lambert.
« On a les yeux rivés sur la météo des semaines qui viennent », a dit le 11 mai Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé Grandes cultures de FranceAgriMer. Les effets de la sécheresse sont, d’après lui, encore réversibles. Dans le cas de « terres séchantes, argileuses », d’orge ou de blé semés tard, « l’impact est déjà là ». Mais c’est « marginal » et s’« il pleut dans les dix ou quinze jours, ça peut compenser ». À plus vaste échelle, en terres profondes, les cultures « commencent à souffrir » sauf qu’« un rattrapage est possible et ça peut bien se passer ». Le programme de suivi des cultures Céré’Obs est d’ailleurs rassurant. Son dernier rapport montre, au 2 mai, « un potentiel assez prometteur » concernant la prochaine récolte céréalière, selon Catherine Cauchard, cheffe de projet à FranceAgriMer. « Pour l’instant, le déficit hydrique n’a pas eu d’impact significatif sur les conditions de culture, à part dans le Sud-Est, en Paca et Auvergne », indique-t-elle. Reste que certains types sols arrivent à leur limite en termes de réserve hydrique. D’où « une situation très préoccupante sur l’ensemble de la France, particulièrement sur une bande allant des Pays de la Loire à l’Alsace : les réserves en eau des terres superficielles sont à peu près épuisées, les terres moyennes commencent à arriver en bout de course ». Cela coïncide avec l’entrée dans une période assez délicate pour la croissance des plantes, selon elle.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
L’institut technique Arvalis voit deux conséquences au stress hydrique qui se profile. Côté fertilisation, les apports tardifs d’azote peuvent être mal valorisés car trop éloignés des épisodes de pluie. Le stress hydrique apparu en fin de montaison peut en outre affecter la fertilité des épis et la mise en réserve dans les tiges, habituellement utilisée pour finir le remplissage des grains. « On peut espérer que l’installation progressive de ce stress hydrique et l’absence d’excès d’eau en hiver auront permis aux cultures de s’adapter progressivement à la baisse de la disponibilité en eau. »
« Les yeux rivés sur la météo des semaines qui viennent »
Le gouvernement accélère le soutien à la sobriété en eau
En réponse aux inquiétudes sur la sécheresse, le gouvernement fait de nouvelles annonces. Le guichet « Troisième révolution agricole » ouvert en avril pour aider les agriculteurs à faire face au changement climatique, et initialement doté de 20 M€, va être abondé « de 20 M supplémentaires », ont indiqué le 9 mai les ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture. Ce financement fait partie des 100 M€, débloqués le 1er février en clôture du Varenne de l’eau, pour des équipements et matériels innovants destinés à l’« agriculture économe en eau ». Le dispositif a connu « un franc succès », avec 17 M€ de demandes d’aides déposées « en quelques jours » sur notamment des projets d’investissements en vue d’optimiser la consommation d’eau, comme le pilotage de l’irrigation, l’utilisation de techniques d’irrigation plus performantes, selon le cabinet du ministre de l’Agriculture. Une autre mesure consiste à « mobiliser l’ensemble des surfaces en herbe détenues au sein des camps militaires, le long des réseaux ferrés » ou par les établissements publics fonciers. Des plans d’actions seront par ailleurs coconstruits pour anticiper les situations de crise liées aux épisodes de sécheresse et en limiter les impacts sur la production. Il s’agit de « structurer une gouvernance, au niveau national, régional ou départemental », selon le ministère de l’Agriculture. Le dispositif envisagé s’appuiera sur « des points de rendez-vous réguliers pour ajuster les mesures à prendre en fonction de la situation observée » avec les décideurs publics, comme les agences de l’eau, et des partenaires professionnels des agriculteurs pour les aider à anticiper tel ou tel risque.