Comment sécuriser les exploitations agricoles dans un contexte de marché de plus en plus chahuté. C'est sur ce thème principal que devrait plancher la FNSEA lors de son congrès de St.-Etienne du 24 au 26 mars. Deux exemples de filières se trouvent aujourd'hui même en grande difficulté, insistait le président de la fédération Xavier Beulin le 17 mars en présentant les grandes lignes du congrès : le porc et les fruits et légumes. Sur ce secteur, la FNSEA compte prendre des initiatives et anticiper une situation de marché qui pourrait être difficile cet été en raison du maintien probable de l'embargo russe.
La situation des filières porcs et fruits et légumes est extrêmement grave, expliquait Xavier Beulin en préambule d'une réunion de presse de présentation du prochain congrès de la FNSEA (24-26 mars à St. Etienne). Le président de la FNSEA a demandé une réunion de filière pour « envisager des leviers d'action » sur le porc. Faute de quoi les éleveurs risquent de se trouver face à des difficultés irrémédiables. Xavier Beulin a été sensible au fait que le Premier ministre visite récemment une exploitation porcine, signe que les pouvoirs publics portent de l'intérêt à cette filière.
En ce qui concerne les fruits et légumes, la FNSEA devrait bientôt prendre des initiatives afin d'anticiper « une situation très difficile » lors du démarrage des marchés de printemps et d'été. « Tout ce qui n'est pas exporté, en raison de l'embargo russe, revient sur le marché européen », constate Xavier Beulin.
Secteurs emblématiques
Ces deux secteurs peuvent être considérés comme emblématiques d'un problème que la FNSEA veut traiter à l'occasion de son congrès de St.-Etienne. « Sécuriser nos exploitations : nos orientations à l'épreuve des faits » : tel sera le thème d'une table ronde qui aura lieu le premier jour ouvert aux invités, après le huis clos. La question ne concerne pas seulement l'assurance, déclarait Xavier Beulin, évoquant également la fiscalité, l'organisation des marchés, les relations commerciales, la contractualisation, etc.
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Plus en interne, sera organisé un débat sur le syndicalisme agricole demain. Qu'attendent les agriculteurs d'un syndicat, non seulement en termes de prises de position mais aussi en termes de service ; quelle doit être la politique de communication de la fédération ? Quelle doit être l'organisation de la FNSEA dans une France redécoupée territorialement ? Une discussion pas étrangère au thème de la deuxième table ronde, le 26 mars, à propos de « nos initiatives pour une France qui gagne ». Une manière de montrer aux pouvoirs publics que le syndicalisme agricole majoritaire ne se situe pas que dans une posture revendicative. Cette table ronde permettra à plusieurs personnalités extérieures à l'agriculture de débattre et de « bousculer des idées reçues », explique Xavier Beulin : le chercheur et randonneur Axel Khan, le patron fondateur de la société d'informatique Parrot Henri Seydoux, l'écrivain Alexandre Jardin, la chef d'entreprise François Gri.
Mise en œuvre de la Pac
Cette vision à moyen terme du syndicalisme agricole n'empêchera pas les dirigeants de la FNSEA d'aborder les questions plus immédiates, concernant surtout la mise en œuvre de la nouvelle Politique agricole commune. Le temps des déclarations Pac approche et bon nombre de modalités ne semblent pas, à entendre le syndicalisme, parfaitement calées. L'intégration ou non des haies dans les éléments de verdissement, les ICHN, la cartographie qui ne semble plus à jour, le rôle des régions et la définition de leur politique rurale qui n'est pas définitivement arrêtée, autant d'inconnues qui vont poser des problèmes aux exploitants. Si le ministre de l'Agriculture a expliqué que le transfert de DPU-DPB entre deux exploitants est possible, les syndicalistes font remarquer que la Commission européenne n'a pas encore donné son feu vert sur ce mécanisme. Et qu'il ne faudrait pas que la France soit de nouveau soumise plus tard à un apurement coûteux.
Problèmatique principale de la FNSEA face au nouveau découpage territorial de la France : « Etre là où les décisions se prennent » expliquait Xavier Beulin. D'où la nécessité pour le syndicat de renforcer ses pôles régionaux tout en restant aussi présent au sein des territoires ruraux. À ce titre, la FNSEA estime que les annonces de Manuel Valls pour le monde rural, le 13 mars, vont dans le bon sens. En ce qui concerne l'amendement de Germinal Peiro, qui permettrait aux départements de maintenir une politique agricole, l'initiative est positive mais à condition que les moyens des départements permettent de telles politiques. D'une manière générale, à la FNSEA comme dans d'autres instances, une certaine inquiétude se fait jour concernant la ruralité : les nouvelles régions seront-elles capables de gérer les espaces ruraux ? À force de vouloir la création de métropoles régionales, le pays ne va-t-il pas créer un réseau qui sera moins capable d'être en prise directe avec les territoires ruraux ?