Les témoignages de ceux qui ont vécu, comme professionnels, en 1984, la mise en place des quotas, est révélateur. Ce changement fut « un séisme », affirme Jean Le Vourc'h, éleveur laitier breton devenu président d'une des principales coopératives laitières du pays. Un séisme auquel le monde laitier s'est bien habitué, jusqu'à se méfier de la disparition de ces contingents de production aujourd'hui. Le plus remarquable, dans l'application des quotas, est que cela n'a pas du tout figé les structures de production : la restructuration laitière a continué à se faire, les élevages ont poursuivi leur modernisation et l'industrie n'a pas cessé de se développer, jusqu'à devenir un des secteurs agroalimentaires les plus efficients, les plus compétitifs. Tout comme, d'ailleurs, l'industrie sucrière française qui a vécu au rythme des quotas elle aussi. Ceux-ci sont loin d'être des inhibiteurs de développement.

C'est dire à quel point l'agriculture française est capable de mutation, plus ou moins silencieuse. Qu'il y ait quota ou non.

Au fond, trente ans de quotas laitiers ont-ils modifié la donne ? Sans doute pas fondamentalement, malgré le « séisme » du début. Ils ont certainement atténué ou évité les crises d'une adaptation que le secteur a de toute façon connue. Et, aujourd'hui, il est remarquable de voir, à en juger par le congrès des producteurs de lait, que l'état d'esprit majoritaire est plutôt à l'optimisme. La suppression des quotas n'a, chez les producteurs, provoqué aucune de ces grandes manifestations d'opposition qu'en d'autres temps on aurait pu constater. C'est un signe de grande force et de grande confiance dans les outils de production. Il n'est pas sûr que le pays en soit suffisamment conscient.