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Sel nitrité : les suites du combat entre la Fict et Yuka

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Le tribunal de commerce de Paris a rendu son verdict : la pétition visant à interdire l’utilisation des sels nitrités dans la charcuterie ne doit plus apparaître sur l’application Yuka. De son côté, la Fict a été déboutée de sa demande concernant des modifications à apporter à l’application Yuka. Le projet de loi visant à interdire ces additifs en 2023 devrait être débattu d’ici la fin de l’année, une fois rendu le rapport de l’Anses sur le sujet.

Le bras de fer entre la Fédération des industriels charcutiers traiteurs (Fict) et la société Yuka, dans le débat sur l’utilisation des sels nitrités dans la charcuterie, n’est pas terminé. En utilisant cette application pour scanner le code-barres d’un saucisson ou d’un jambon, le consommateur non seulement obtient des renseignements sur la composition des produits, mais il est également sollicité pour signer une pétition visant à interdire les nitrites et les nitrates dans la charcuterie industrielle. Une démarche militante au milieu d’informations nutritionnelles qui a conduit la Fict à saisir la justice.

Dernier épisode en date, le tribunal de commerce de Paris a jugé que l’application Yuka avait « une pratique commerciale déloyale et trompeuse et commettait des actes de dénigrement au préjudice » de la Fict. Dont acte. « La pétition pour faire interdire les nitrites ou nitrates dans les produits de charcuterie n’apparaîtra plus sur l’application », a confirmé Julie Chapon, co-fondatrice Yuka à Agra Alimentation. Et, loin de se déclarer vaincue, la société a décidé de faire appel de cette décision et ses dirigeants se déclarent « sereins face à ce jugement », selon le communiqué du 27 mai. La Fict de son côté a été déboutée de certaines de ses demandes par le tribunal de commerce et notamment celle concernant des modifications à apporter à l’application Yuka, ce qui n’est pas anodin pour la suite.

Interdire à terme l’utilisation des sels nitrités

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Yuka se revendique comme « une entreprise 100 % indépendante qui n’a qu’un seul but : informer les consommateurs et rendre plus transparent le monde de l’agroalimentaire ». À l’égard de la charcuterie industrielle, Yuka mène son combat avec l’association de consommateurs Foodwatch et la Ligue contre le cancer, qui demandent dans une campagne commune le retrait dans les charcuteries des nitrites de potassium E249, de sodium E250, et des nitrates de sodium E251 et de potassium E252. La pétition a déjà recueilli près de 350 000 signatures, selon Yuka.

De son côté, la Fict rappelle que l’utilisation, encadrée par la loi des nitrites et nitrates, permet d'« éviter les proliférations microbiennes » dans la charcuterie. Il n’empêche que la charcuterie en général et les sels nitrités en particulier, n’ont pas toujours bonne presse, et ont même été classés comme cancérigène, en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

De quoi encourager le député du Loiret Richard Ramos (Modem) dans sa bataille contre l’utilisation des nitrites et nitrates dans l’industrie agroalimentaire. Tout en reconnaissant les efforts menés par les professionnels de la charcuterie pour réduire ces dernières années l’ajout de ces additifs dans leurs produits, son rapport d’information présenté en début d’année recommandait le bannissement progressif d’ici à 2025 des nitrites dans les charcuteries. L’examen de la proposition de loi a été reporté dans l’attente du rapport que doit rendre prochainement l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses) saisi par le gouvernement sur le sujet.