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Semaine de mobilisation agricole en France et en Allemagne

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Le même jour, trois grandes mobilisations syndicales étaient organisées – de manière non coordonnée – en France et en Allemagne, principalement autour des questions environnementales. La FNSEA, les JA et la DBV s’adressaient à leur gouvernement respectif pour lutter contre « l’agri-bashing », tandis que le collectif « Pour une autre Pac », qui inclut la Confédération paysanne, visait les institutions européennes à Strasbourg, pour accélérer la transition écologique.

Hasard du calendrier, trois grandes manifestations étaient organisées le 22 octobre en France et en Allemagne. Elles suivent de quelques semaines les gigantesques bouchons organisés par les agriculteurs néerlandais, début octobre. Toutes ces mobilisations s’articulaient principalement autour des questions environnementales.

La FNSEA et les JA attendent une déclaration d’Emmanuel Macron

Des agriculteurs étaient en action dans « 85 % des départements » à l’appel du syndicalisme majoritaire, ont revendiqué la présidente de la FNSEA et le secrétaire général des JA, lors d’une conférence de presse à Paris. C’est moins que lors de la journée du 8 octobre (100 % des départements mobilisés), notamment à cause des semis de blé en cours, avancent les élus, qui qualifient toutefois cette opération, centrée autour des préfectures, de « réussie ». Les syndicats doivent se réunir début novembre pour décider de la suite de la mobilisation – le lieu de Strasbourg, initialement prévu pour la prochaine manifestation, est finalement écarté, pour concentrer le mouvement sur le gouvernement français.

En conférence de presse, les élus ont justifié le mot d’ordre de la manifestation, « Macron, réponds-nous », dénoncé en début de journée par le ministre de l’Agriculture, qui a qualifié le slogan « d’irrespectueux » sur la chaîne LCI. Pour Christiane Lambert, le mot d’ordre est certes « direct », mais se justifie notamment par une forme de concentration des pouvoirs à l’Élysée. Pour le secrétaire général des JA, Arnaud Gaillot, « le chef de l’État doit dire stop » dans un contexte où « aujourd’hui des agriculteurs n’osent plus mettre la télévision ou écouter la radio, car ils sont font traiter d’empoisonneurs ou de maltraitants ».

Les agriculteurs manifestent en Allemagne contre le « bauern-bashing »

Sans aucune coordination, assure-t-on à la FNSEA, des milliers d’agriculteurs allemands défilaient le même jour contre les réglementations du gouvernement en matière de climat et de pratiques agricoles. Les convois de centaines de véhicules agricoles alignés en file ont notamment paralysé la circulation à Berlin et à Bonn, deux villes qui accueillent le gouvernement fédéral.

Le mouvement, lancé sur les réseaux sociaux mais soutenu par la DBV, principale organisation d’agriculteurs du pays, s’oppose aux plans pour l’agriculture et pour le climat, présentés par le gouvernement allemand en septembre. Ces plans prévoient des restrictions sur l’utilisation d’engrais de synthèse et de produits phytosanitaires, avec notamment une interdiction du glyphosate d’ici 2024. Les agriculteurs se plaignent par ailleurs d’un « climat d’agri-bashing » (bauern-bashing), menant à « de la colère et de la frustration » au sein de la profession.

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Des centaines de manifestants à Strasbourg derrière le collectif « Pour une autre Pac »

La troisième manifestation était organisée à Strasbourg, à l’attention des institutions européennes, et visait plutôt une accélération de la transition écologique des politiques agricoles. Entre 650 et un millier de manifestants, selon la préfecture et les organisateurs, battaient le pavé le 22 octobre à Strasbourg à l’initiative du collectif « Pour une autre Pac », qui fédère des organisations agricoles et apicoles (Confédération paysanne, Unaf) et des ONG welfaristes, environnementales, de solidarité et de consommateurs.

Parti un peu avant 11 h 30 de la place de l’Université, au cœur de la capitale alsacienne, le cortège de cette « agroparade », composée de Français et d’Allemands, devait ensuite rallier l’hémicycle européen pour organiser devant le bâtiment un « die-in », selon les organisateurs. Parmi les slogans : « entre miel et pesticides, il faut choisir », ou encore « non à l’agro business. Pour une vraie réforme de l’agriculture européenne ». Des remorques sur lesquelles étaient juchés une abeille et un porcelet géants étaient également visibles dans le cortège.

« Des agriculteurs n’osent plus mettre la télévision ou écouter la radio »

Ariège : des agriculteurs campent depuis mardi devant la préfecture

Plusieurs centaines d’agriculteurs ariégeois campent depuis le 22 octobre après-midi devant la préfecture à Foix. « Une première rencontre hier (mardi, ndlr) à la Direction des Territoires, puis un échange avec la préfète n’ont apporté aucune réponse à nos revendications », ont indiqué dans un communiqué commun la FDSEA, les Jeunes agriculteurs, la Chambre d’agriculture de l’Ariège, la Fédération pastorale de l’Ariège et l’Association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège-Pyrénées notamment. « Debout pour une deuxième nuit et d’autres encore, nous ne quitterons les lieux que quand l’État aura apporté des réponses claires à nos revendications ! », ont-ils ajouté. Après une journée de mobilisation nationale mardi, les manifestants avaient poursuivi le mouvement toute la nuit en organisant un banquet géant devant la préfecture, où ils ont installé des dizaines de tracteurs, des chapiteaux et un barbecue. Citant pêle-mêle « surenchère écologiste, agribashing, revenus des agriculteurs, menaces sur la pratique de la chasse, déroute du plan ours avec plus de 1 200 brebis massacrées en Ariège », les manifestants pointent un « État partisan et coupé de (leurs) réalités ».