Soucieux de débloquer le cycle de Doha dans les plus brefs délais, Pascal Lamy tient à disposer d’un texte sur l’agriculture au début de la semaine du 19 juin en vue d’une mini-réunion ministérielle à Genève qui devrait se tenir la semaine suivante et durer quatre jours. Ce document devrait être aussi précis que possible, avec, si Crawford Falconer, le président du groupe de négociations sur ce secteur, y parvient, des chiffres concernant les modalités de réduction des droits de douane et du soutien interne, ou tout au moins des fourchettes de réduction aussi resserrées que possible.
Après une nouvelle session de pourparlers sur le soutien interne, M. Falconer a annoncé le 2 juin aux négociateurs qu’il ne prévoyait plus de réunion sur ce chapitre avant la présentation du document sur les modalités la semaine du 19 juin. Un document du même type doit être présenté parallèlement sur les droits de douane dans le secteur industriel.
M. Falconer devait soumettre avant le 9 juin un « document de référence » unique sur les différents aspects de l’accès au marché, puis consacrer la semaine du 12 juin au dernier des trois « piliers » agricoles, la concurrence à l’exportation.
Le « triangle » fatidique
« Des baisses plus fortes des droits sur les produits agricoles – et là, l’UE, qui a récemment montré une volonté de bouger, doit encore soumettre une meilleure offre ; des baisses plus fortes sur les subventions agricoles – et là, c’est aux Etats-Unis de soumettre une meilleure offre ; des baisses plus fortes des droits sur les produits industriels, et, dans ce secteur, il revient aux pays en développement émergents – Brésil, Inde, Chine ou Afrique du Sud – de soumettre de meilleures offres, ce qu’ils sont en train de considérer à présent » : c’est ainsi que Pascal Lamy a une nouvelle fois décrit le « triangle» dont dépend, selon lui, l’issue des négociations multilatérales, devant le Forum économique international des Amériques, le 5 juin à Montréal.
Ces avancées doivent intervenir « dans les prochaines semaines, et non pas les prochains mois, si nous voulons conclure ce cycle d’ici la fin de 2006 », a ajouté le directeur général de l’OMC, « car, à partir de 2007, les Etats-Unis perdront probablement leur capacité à négocier des accords commerciaux ». Le Trade Promotion Authority Act (TPA) – loi qui donne à l’exécutif américain des pouvoirs spéciaux pour ces négociations et qui oblige le Congrès à les accepter ou les rejeter en bloc sans possibilité de les amender (fast track) – expire en effet mi-2007.
« Nous avons prévu des réunions à Genève fin juin pour conclure les modalités pour l’agriculture et les produits industriels », a donc confirmé M. Lamy.
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Une « marge de manœuvre » dans le mandat de M. Mandelson
« Si un bon accord s’avère possible, il y a encore de la marge pour manœuvrer à l’intérieur du mandat que m’ont donné les États membres» de l’UE, a répété Peter Mandelson dans un entretien publié par l’hebdomadaire allemand Welt am Sonntag.
« En fait, si les autres baissent leurs droits et leurs subventions, l’UE est prête à aller encore plus loin» que ce qu’elle propose pour l’instant, a encore affirmé le commissaire européen au commerce dans une lettre adressée au Financial Times en réaction à une publicité publiée dans ce quotidien par une ONG dénonçant l’attitude de l’Union dans les négociations de l’OMC.
« Quelque 90 % de nos paiements aux agriculteurs sont maintenant non porteurs de distorsions des échanges, précise M. Mandelson. Toutes les subventions aux exportations agricoles disparaîtront d’ici 2013. De plus, l’UE a offert une baisse de plus de 60 % de ses droits les plus élevés, et une réduction de moitié de ses droits agricoles moyens à environ 12 %. C’est une petite révolution».
La Pac, « une tache » selon Gordon Brown
Le ministre britannique des finances, Gordon Brown, dont le protectionnisme est l’un des thèmes de prédilection, a estimé, lors d’un dîner donné par la CBI, le patronat britannique, que la Pac « est une tache sur l’engagement (de l’Europe) à faire fonctionner la mondialisation ». « Il n’y aurait pas de meilleur signal de cet engagement qu’une réforme réussie du protectionnisme agricole».
Selon M. Brown, le G-8, dont les ministres des finances se réunissent sous peu à Saint-Pétersbourg, et l’UE « doivent montrer la voie en réglant les défis de la mondialisation, en élaborant un agenda pour l’achèvement des négociations commerciales et un autre pour la fondamentale réforme de la Pac ».