« Quel avenir pour la protéine française ? », s’est demandé le Gnis (interprofession des semences) lors de sa Rencontre filière le 5 avril à Paris. Occasion de défendre l’intérêt d’un plan protéines.
« Oui à un plan protéines, nous en avons besoin », a martelé Thierry Momont, président de la section céréales à paille et protéagineux du Gnis, rappelant le « besoin d’inclure ces cultures (protéagineuses) dans la rotation pour accroître la productivité du blé ». Et de réclamer « une feuille de route lisible » : « On veut savoir où on va, comment. » Se pose aussi la question budgétaire. D’après lui, « s’il y a des gens qui veulent une agriculture plus vertueuse, la société doit mettre la main à la poche pour avoir le produit » souhaité.
La France est déjà dotée d’un plan protéines végétales 2014-2020. Dans ses vœux au monde agricole en début d’année, Emmanuel Macron a soutenu l’idée d’une « vraie stratégie protéine » en vue d’accéder à la « souveraineté alimentaire ».
La relance des cultures protéagineuses se pose d’autant plus cette année que les semis sont difficiles à cause de la pluie. Thierry Momont a parlé d’« une filière assez mal en point » : concernant les surfaces semées en 2018, « on va battre un triste record, alors même qu’on est censés progresser ».
Relance de la recherche
Un plan de filière a été bâti par Terres Univia (interprofession des huiles et protéines végétales) dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Il s’agit notamment de développer au moins 500 000 hectares supplémentaires de soja, tournesol, pois, légumes secs, luzerne déshydratée dans les cinq prochaines années. L’objectif pour le soja est d’atteindre 50 % de production certifiée « Soja de France » à l’horizon de cinq ans. « On va osciller autour de 150 000 ha pendant un certain temps mais l’ambition à terme est de 250 000 ha » correspondant aux importations non OGM, a rappelé David Gouache, directeur adjoint de Terres Inovia (institut technique). Si un « fonds de cuve de recherche » a permis d’obtenir des variétés de soja adaptées au terroir français, le temps est venu de la réamorcer, selon lui.
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Interrogé sur l’échec des plans protéines successifs, le président de France Export Céréales Jean-Pierre Langlois-Berthelot a souligné que le soja, largement importé, reste le produit « le plus performant » en alimentation animale. Les protéagineux souffrent d’un « double problème de compétitivité », selon David Gouache. D’une part sur le plan technique, les céréales demeurent « plus faciles à conduire », « plus robustes ». Ce qui entraîne un manque de recherche sur les espèces protéagineuses et légumineuses. D’autre part sur le plan international, le Canada apparaît plus compétitif grâce à « une stratégie ambitieuse, agressive » comprenant un soutien des pouvoirs publics à la recherche.
La filière espère beaucoup de la génétique pour que les cultures protéagineuses soient davantage compétitives. « On a des fragilités manifestes sur nos cultures protéagineuses", a reconnu David Gouache. "Une grosse part pourra être réglée par la génétique », a-t-il considéré, en faisant référence à des maladies aériennes ou à l’aphanomyces pour le pois, ou bien à des ravageurs comme la bruche sur féverole.
Soutien de la Pac
Côté politique, un coup de pouce de l’UE est aussi attendu. La Commission européenne doit présenter un plan protéines d’ici à la fin de l’année. « L’UE importe 70 % de ses besoins en protéines végétales, la France près de 50 % », a rappelé le député Gérard Menuel. Concernant la nouvelle Pac, « le premier pilier doit être renforcé pour orienter la Pac vers une production plus soutenue en oléoprotéagineux », a-t-il dit.
« Une filière assez mal en point »