L’obtenteur Secobra Recherches a remis en question la suprématie des blés meuniers par rapport aux blés fourragers, lors d’une réunion le 28 novembre avec ses prescripteurs de coopératives et négoces. Des témoignages ont mis en avant la diversité des besoins chez les utilisateurs.
Ne faut-il pas changer la classification du blé tendre ? C’est la question posée par Benoît Méléard, responsable du pôle Qualité de l’institut technique Arvalis, lors de ce débat à Paris. Le système actuel conduit à une suprématie des BPS (blés panifiables supérieurs), qui masque l’intérêt d’autres catégories. Il s’agit de mieux faire coïncider l’offre et la demande, selon lui. Et pour cela de revoir les critères d’évaluation variétale, trop axés sur le test de panification.
La dernière étude de FranceAgriMer sur les variétés des céréales à paille est édifiante. En 2019, les surfaces en blé destinées à la panification occupent 98 % de l’emblavement : 70 % de BPS et BAF (blés améliorants ou de force), 28 % de BP (blés panifiables). Les BAU (blés pour autres usages et blés biscuitiers) ne pèsent que 2 %.
Une palette de débouchés
« La stratégie menée depuis 20/25 ans a porté ses fruits : elle a permis une montée en gamme de la qualité du blé, admet le responsable Qualité d’Arvalis. Mais cela exclut les non-BPS, qui ont des atouts agronomiques et répondent à des marchés non négligeables. » Plusieurs types de débouchés existent, souvent couverts par une même classe de blé. La production française est écoulée à 33 % vers les pays tiers, 23 % l’UE, 15 % vont dans l’alimentation animale, 11 % la meunerie française, 8 % l’amidonnerie, 4 % les biocarburants, d’après ses chiffres sur la récolte 2019. D’où la proposition de Benoît Méléard qui vise à davantage segmenter l’offre.
Seules quelques centaines de milliers de tonnes de BAU sont produites dans l’Hexagone. Or, le débouché apparaît bien plus grand. Exemple cité, le Benelux importe 2,4 Mt de blé français pour l’alimentation animale, 0,4 Mt pour l’amidonnerie. « On fait du blé meunier pour tous les usages » à la fois, note-t-il, regrettant un manque de diversité de la production. Et de souligner les possibilités qu’offre la génétique de mieux « répondre à des problématiques de rendement, résistance aux maladies, contraintes sanitaires ».
« Essayons de sortir du tout BPS », lâche Benoît Méléard : d’autres variétés ont des atouts à faire valoir sur des segments de marché. Cette catégorie de blé « n’englobe pas toutes les caractéristiques » voulues par les industriels, ajoute-t-il.
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Les attentes des utilisateurs
Qu’en pensent les acheteurs de blé ? À l’exportation, qui absorbe la moitié de la production française, les besoins sont multiples, indique François Gatel, directeur de France Export Céréales. Le cahier des charges imposé par l’Algérie, destination numéro un, prévoit tout une série de critères à respecter : taux de protéines, PS (poids spécifique), temps de chute d’Hagberg, force boulangère, notamment. Seule une qualité meunière peut y répondre.
D’autres débouchés réclament du blé tendre destiné à l’alimentation animale, en Europe du Nord notamment. « Pour un fabricant d’aliment du bétail, la meilleure qualité, c’est le prix », affirme Guillaume Van de Velde, directeur de l’union de commercialisation Ceremis. Du blé fourrager fait l’affaire.
Ceremis met en avant un critère à ne pas négliger, le profil maladie. « Le phénomène de résistances prend de l’ampleur », constate-t-il. Au final, « les classes BP, BPS, BAU sont de moins en moins prises en compte ». L’union de coopératives confirme en partie le constat de Benoît Méléard : elle demande une attention particulière au rendement, mais aussi davantage de variétés biscuitières qui bénéficient d’une demande croissante.
De leur côté, les amidonniers de l’Usipa réclament une attention portée à la diversité génétique. « BP, BAU… on ne regarde pas ça », déclare leur représentant Alexis Tordeur, responsable Qualité et durabilité des céréales chez Tereos. Le critère requis par les amidonniers est la protéine, qui doit afficher un taux élevé et une qualité satisfaisante. Deux points sur lesquels la sélection génétique apporte une bonne réponse, indique-t-il, étude scientifique à l’appui.
« Les classes BP, BPS, BAU sont de moins en moins prises en compte »