Durant les sept jours qui ont précédé le sommet européen, l’inquiétude des agriculteurs français n’a cessé de grimper. Le 10 juin, les organisations majoritaires étaient reçues par le Premier ministre français. « Le secteur agricole peut devenir un creuset de développement de l’emploi à condition qu’il n’y ait pas de bradage sur le plan budgétaire», a déclaré en substance le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer à la sortie de sa visite, avec Bernard Layre (JA) chez le Premier ministre. Les syndicalistes ont en effet plaidé auprès de Dominique de Villepin pour éviter qu’il y ait, les jours suivants, « un marchandage entre le chèque britannique et la réduction des moyens pour l’agriculture européenne. »
Mobilisé sur l’emploi, le premier ministre s’est engagé, selon les représentants agricoles, à analyser les conditions d’une réduction des charges des exploitants, un soutien aux investissements, aux transmissions et installations d’agriculteurs. Selon Jean-Michel Lemétayer, toute politique favorable au développement des PME ne peut que concerner également les entreprises agricoles dont 12 000 se créent chaque année.
Le coût de la Pac pas si élevé
Le 14 juin, à l’avant-veille des discussions qui s’annonçaient tendues sur le budget de l’Union européenne, la FNSEA et l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) ont tenu à rappeler en substance que le coût de la Pac n’est pas si élevé pour l’Europe. L’APCA, indique qu’en « moins de 20 ans (1995-2013) son poids relatif dans le budget européen sera passé de 2/3 à 1/3 ». Au total, selon Luc Guyau, « elle ne représente que 1 % des budgets publics de l’Union. C’est le prix minimum à payer pour disposer d’une véritable politique agricole, alimentaire et territoriale. » De son côté, la FNSEA expliquait que « la PAC est la seule politique intégrée de l’Union qui permet de nourrir les femmes et les hommes en produits de qualité, sécurisés et tracés, d’offrir des millions d’emplois dans tous les territoires européens ». Dans le domaine agricole, poursuit la fédération, « les Britanniques ne sauraient être des donneurs de leçon : l’état du secteur agricole au Royaume-Uni, leur logique d’une Europe ouverte aux importations avec un système social à minima, tout cela ne plaide pas pour que Tony Blair se présente en chantre de l’avenir de l’Union Européenne ». Les Jeunes agriculteurs enfonçaient le clou, leur président Bernard Layre affirmant que « lorsque Tony Blair se plaint du faible retour de la Pac pour le Royaume Uni […] c’est la conséquence du sacrifice de son agriculture depuis un siècle». Pour Brigitte Allain, porte-parole de la Confédération paysanne, « si le budget agricole est diminué, ce seront les parties sur le développement rural et le 2e pilier qui se retrouveront d’abord amputées ». Selon Gérard Durand, membre du secrétariat national, « la Grande Bretagne a fait le choix de ne plus être autosuffisante au niveau de son agriculture et de se livrer à la mondialisation.»
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Les syndicats en appellent à Jacques Chirac
Le 15 juin, devant la tournure prise par la préparation du sommet européen la FNSEA en a appelé au Président de la République dans un communiqué. « La FNSEA tient à rappeler au Président de la République Jacques Chirac, affirmait ce texte, que les paysans français ne comprendraient pas que la France brade son agriculture et revienne sur ses engagements ». « Satisfaits en quantité et en qualité des résultats de l’agriculture européenne, de trop nombreux responsables oublient désormais que la sécurité alimentaire n’est jamais un acquis définitif », affirmait également la fédération. L’inquiétude des représentants agricoles français venait surtout des dernières prises de positions qui, outre celles de Tony Blair, envisagent des aménagements budgétaires : le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a plaidé le 15 juin pour une baisse relative des dépenses agricoles dans le budget européen, en incluant dans l’accord d’octobre 2002 les fonds destinés à la Roumanie et la Bulgarie après leur adhésion ; le même jour, le Premier ministre luxembourgeois et président en exercice de l’UE, Jean-Claude Juncker, a affirmé qu’il y avait des « réductions à opérer » sur la politique agricole commune (PAC). Ajoutées à celles de M. Schroeder la veille, affirmant qu’il était « prêt à bouger » sur ce sujet, ces déclarations ont plus inquiété que n’ont rassuré les propos de Jacques Chirac, disant qu’il « n’est pas question de revoir le financement de la Politique agricole commune. » Dans un communiqué, le Modef a lui aussi demandé à Jacques Chirac de « refuser catégoriquement toute réduction du budget agricole ». La Coordination rurale, pour sa part, invitait le sommet européen à « retrouver du bon sens en décidant de mener une politique agricole facile à administrer et peu coûteuse, qui réponde aux besoins essentiels des Européens. »
Alliance entre paysans allemands et français
Enfin, le 16 juin, la FNSEA et le DBV, le syndicat des agriculteurs allemands ont publié un communiqué dans lequel ils rappellent que « l’agriculture a considérablement contribué à la construction européenne ». Avec l’industrie agroalimentaire, « elle constitue un secteur d’avenir hautement innovant qui assure des millions d’emplois directs et indirects. » Les deux syndicats demandaient à ce que les engagements pris en 2002 et 2003 soient respectés.