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Pôle de compétitivité Champagne-Ardenne-Picardie Sept projets de R&D prêts

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Sept projets de développement industriel de nouvelles valorisations des agro-ressources sont prêts à démarrer dans le cadre du pôle de compétitivité Champagne-Ardenne-Picardie « Industries et agro-ressources », selon les responsables du pôle. Ces projets vont du développement d’une industrie du lin pour la production de lubrifiants, à l’utilisation de la paille combustible, comme la bagasse de canne qui fait tourner les sucreries brésiliennes, en passant par la production de solvants d’origine végétale.

Labellisé le 12 juillet «pôle à vocation mondiale», le pôle de compétitivité Champagne-Ardenne-Picardie « Industries et agro-ressources » a au moins sept projets de développement industriel (la recherche-développement – R&D – est la vocation première des pôles de compétitivité) qui démarrent, indique Daniel Thomas, vice-président du pôle et président du conseil scientifique de l’université technologique de Compiègne. D’autres projets doivent être lancés d’ici six mois. Dans l’immédiat, c’est-à-dire début septembre, le pôle doit mettre au point une charte. La qualité des projets et leurs premières retombées permettront, dans les mois qui viennent, de dégager des financements de l’État.

Le lin et le chanvre en plein développement

Un projet important concerne le lin. La partie oléagineuse de la plante est recherchée, en l’occurrence pour développer en France une production de bio-lubrifiants. Mais la partie fibreuse ne sera pas négligée. De même, la fraction protéique, contenue dans le tourteau après l’écrasement de la graine : on cherchera à valoriser le tourteau en alimentation animale, et aussi dans la fabrication d’ingrédients pour les IAA, les protéines étant utilisées pour leurs propriétés gélifiantes, épaississantes, d’agents de texture. L’objectif est la valorisation de la plante entière, sur le concept de raffinerie végétale, à la fois pour réduire la production de déchets et pour rentabiliser les process de transformation. Le projet, appelé Lin 2000, comporte notamment la société de semences Laboulet, en lien avec l’université d’Amiens, et le groupe Total, via sa filiale chimique Arkéma (ex-Atochem).

Un autre projet, piloté par la coopérative la Chanvrière de l’Aube, consiste à développer le marché du chanvre dans les utilisations pour garnitures de portières de voitures et pour la fabrication de matériaux composites pour les tableaux de bord des automobiles. « Une forte demande démarre », selon Daniel Thomas.

Un projet concerne la production de solvants à partir de substrats végétaux. Il associe le centre de recherche ARD (ARD Agro-industrie Recherches et Développements, basé près de Reims), et la société Arkema. Les solvants servent à la fabrication de peintures, de vernis, d’enduits divers. L’interdiction de nombreux composés chimiques d’origine pétrolière ouvre la voie aux produits issus des agroressources. Déjà une directive du 11 mars 1999 oblige l’industrie automobile à mener des recherches sur les alternatives aux solvants d’origine pétrolière dans les peintures.

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Un projet de fabrication d’éliciteurs, substances d’origine végétale capables de stimuler les défenses naturelles des plantes, en remplacement de produits phytosanitaires, est, lui aussi, prêt à démarrer. L’interdiction croissante des molécules phytosanitaires incite les industries à chercher et développer d’autres types de molécules, d’origine végétale ou microbienne.

Un projet « biocarburants » s’articule autour de trois nouvelles usines de production de biocarburants : le projet Cristanol (éthanol) de Cristal Union près de Reims, le projet du sucrier Tereos d’une nouvelle unité d’éthanol de betteraves à Origny Sainte-Benoîte dans l’Aisne et le doublement de l’usine de biodiesel Robbe à Compiègne. Rappelons que l’objectif est toujours la R&D. Il s’agira de mettre au point de nouveaux process ou de nouvelles utilisations des co-produits, tels la pulpe de betteraves, ou de développer des utilisations d’esters méthyliques dans la chimie. De nombreuses recherches doivent encore avoir lieu dans les biocarburants. Aux États-Unis, le National Renewable Energy Laboratory, basé au Colorado, reçoit plus de 200 millions de dollars par an du département américain de l’Énergie, pour le développement des agro-ressources.

L’enjeu de la recherche sur la cellulose

Le pôle de compétitivité «Industries et agro-ressources» est partenaire du programme européen Bioenergy. Le pôle a décidé de coopérer de façon privilégiée avec le VTT, centre de recherche finlandais, qui est un des plus avancés du monde dans le domaine de la conversion de la biomasse en énergie. Le point fort des Finlandais dans ce domaine est la dégradation en alcool de la cellulose par des enzymes mis au point récemment. L’avance finlandaise s’explique par le fait que la Finlande s’est engagée tôt dans la voie de la transformation de la cellulose, ayant d’importantes ressources forestières, et a contrario peu de ressources issues des cultures annuelles.

Enfin citons le projet Cartopaille, mené par la Fédération régionale des coopératives agricoles de Picardie. La paille peut servir de combustible, de la même façon que la combustion de la bagasse de canne à sucre au Brésil fournit la chaleur nécessaire à l’élaboration des jus de canne et à la production d’électricitité pour faire tourner les sucreries. La recherche peut aussi porter sur la dégraradation de la paille par des enzymes pour en faire des sucres fermentescibles remplaçant le glucose d’amidon de céréales pour la fabrication de médicaments, de papier, etc. Cartopaille aura aussi comme rôle d’étudier les moyens de collecter la paille dans les champs, sans provoquer de déficit en matière organique.