S’il a donné de bons résultats la première année, le programme de restructuration du secteur du sucre risque de tourner à l’échec, au vue des très faibles intentions d’abandon des quotas de production manifestées jusqu’à présent pour la campagne 2007/08. Mariann Fischer Boel a donc décidé de taper du poing sur la table lors du Conseil agricole de l’UE, le 20 novembre à Bruxelles. La commissaire européenne a averti qu’elle pourrait avoir recours d’ici 2010 à une réduction linéaire des quotas pour lutter contre l’accumulation des excédents.
Pour 2006/07, et moyennant une aide à la restructuration de 730 euros/t, 1,511 million de tonnes de quotas ont été abandonnés – 1,190 Mt de sucre (dont 778 700 t en Italie et 199 000 t en Irlande) et 320 000 t de sirop d’inuline (dont 215 250 t en Belgique) – alors qu’un volume de 1 Mt avait été prévu par Bruxelles dans sa proposition de réforme du secteur.
Pour le renoncement aux quotas au titre la campagne 2007/08, qui débute le 1er octobre 2007, la date limite est le 31 janvier prochain, et les intentions d’abandon doivent, compte tenu des procédures de consultation, être annoncées d’ici début décembre. Or, à ce stade, elles sont inférieures à 0,7 Mt, alors que 5 Mt étaient attendus par la Commission et que l’aide est encore fixée à 730 euros/t. Si la situation n’évolue pas, les stocks de fin 2007/08 pourraient, selon les services européens, dépasser les 8 Mt.
Réduction forcée des quotas
Les entreprises du secteur du sucre qui risquent de ne pas pouvoir produire au prix d’environ 400 euros/t à l’horizon 2009/10 devraient profiter du niveau attractif de l’aide en 2007/08, souligne Bruxelles. Celle-ci passera en effet à 625 euros/t en 2008/09 et 520 euros/t en 2009/10, quatrième et dernière année de fonctionnement du fonds de restructuration, qui, alimenté par des paiements des industriels en fonction de leur quota de production, permet de la financer.
Si ce programme échoue, c’est-à-dire si l’objectif global de retrait de 6 Mt de quotas n’est pas atteint, « les conséquences sont claires pour chacun : il n’y aura pas d’autres fonds pour faciliter la restructuration de l’industrie du sucre et nous devrons appliquer une réduction linéaire des quotas d’ici à 2010 », a averti Mme Fischer Boel, ajoutant, devant la presse, qu’une telle mesure serait « très préjudiciable pour les agricultures compétitives ».
Cette diminution forcée pourrait aller jusqu’à 25%.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« Manque de courage »
Commentant devant les journalistes les piètres résultats du plan de restructuration enregistrés à ce stade pour 2007/08, la commissaire européenne a reconnu qu’il s’agissait d’un dossier « très sensible ». Elle n’a pas exclu que « les Etats membres se cachent derrière les opérateurs », regrettant « le manque de courage des industries et des gouvernements » ainsi que le fait que « pas un seul kilo » n’ait pour l’instant été abandonné dans les nouveaux Etats membres, alors qu’on peut « douter de la viabilité de leurs exploitations ».
« J’ai un problème », a poursuivi Mme Fischer Boel. « Où se cache le sucre? L’industrie chimique dit qu’il n’y a pas moyen d’en trouver (hors quota et au prix mondial). Si le sucre n’est pas disponible, on va devoir ouvrir un contingent à l’importation pour cette industrie ». « Ce serait fou », a-t-elle ajouté.
Voir n° 3080 du 20/11/06
Voir même numéro