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Agriculture du littoral Seulement 1 000 agriculteurs installés en 5 ans

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« Agriculture du littoral : Faut-il tirer la sonnette d’alarme ? » : tel est le thème de l’étude de François Lefèbvre du Cnasea et de Marie Triquenaux. Le Cnasea a choisi de focaliser son attention sur les « forces vives » qui la constituent, en s’intéressant aux 1000 derniers agriculteurs qui se sont installés sur le littoral. La pression démographique marque fortement ce dernier. « Au point que l’agriculture littorale s’apparente aujourd’hui à l’agriculture périurbaine. Et ce phénomène s’amplifiera dans les années à venir », précisent les auteurs. L’agriculture est en déclin sur l’ensemble des littoraux français, mais des disparités régionales non négligeables existent.

L’agriculture est clairement l’activité traditionnelle des littoraux. Elle y occupe encore près de la moitié de l’espace (45%), soit environ 700 000 hectares, souligne une étude du Cnasea réalisée par François Lefèbvre. Et on y compte environ 50 000 exploitations agricoles, ce qui représente 1/10e du nombre total des exploitations de France. Mais les statistiques sont impitoyables : la Surface agricole utile (SAU) a chuté de 17% entre 1979 et 1988 contre 3% à l’échelle nationale, soit 5,5 fois plus vite.

1000 installations en 5 ans

« Et ce ne sont pas les chiffres des installations des nouveaux agriculteurs qui pourraient rassurer », souligne l’auteur. Cinq années ont en effet été nécessaires pour installer les 1 000 derniers chefs d’exploitations aidés. Ce qui représente environ 200 nouveaux agriculteurs aidés par an. Sur cette même période, on compte un total d’environ 28 500 installations aidées sur l’ensemble de la France. Autrement dit, les installations aidées des communes du littoral ne représentent que 3,5% du total des installations aidées. Plus grave, « le renouvellement des générations agricoles n’y est clairement pas assuré ».

Une répartition géographique peu homogène

« L’agriculture est en déclin sur l’ensemble des littoraux français, c’est une évidence, mais des disparités régionales non négligeables existent », explique François Lefèbvre. Ainsi, les départements bretons totalisent à eux seuls près de la moitié (42,9% exactement) des 1000 dernières installations aidées du littoral. L’arc méditerranéen (y compris la Corse) a accueilli près d’une nouvelle installation sur 4.

La pression démographique marque fortement le littoral. Au point que l’agriculture littorale s’apparente aujourd’hui à l’agriculture périurbaine. Et ce phénomène s’amplifiera dans les années à venir. 58% de la croissance démographique française se concentreront d’ici 2030 sur les bords de mer.

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Les exploitations du littoral sont beaucoup plus petites que leurs cousines du milieu des terres : la taille moyenne des exploitations individuelles aidées du littoral est de seulement 31 ha au moment de l’installation contre 43 ha pour l’ensemble des exploitations aidées.

Des productions marquées par les traditions

Même si l’élevage est largement représenté sur le littoral, ce sont bien des productions très caractéristiques qui marquent le paysage agricole de nos rivages. Au premier rang d’entre elles, le maraîchage et l’arboriculture fruitière, choisis par près d’un nouvel exploitant sur cinq, soit 4 fois plus qu’au niveau national. Viticulture et horticulture façonnent également l’identité agricole du littoral. Grande absente, en revanche, la culture de céréales n’est choisie que par 7% des nouveaux chefs d’exploitation.

Environnement : le rôle paradoxal de l’agriculture

Au chapitre du respect de l’environnement dans les zones littorales, « l’agriculture y joue un rôle paradoxal », estime François Lefèbvre. « Les engrais chimiques, les pesticides et autre produits phytosanitaires utilisés par les agriculteurs ont un impact important sur la nature. Ils entraînent une pollution des sols mais aussi des fonds marins », précise l’auteur. « Mais attention, l’agriculture du littoral n’est pas seule responsable de la pollution agricole : la pollution vient également de l’agriculture de l’intérieur des terres et se propage jusqu’à l’océan via les cours d’eau ainsi qu’en témoignent les études scientifiques». La dégradation du milieu n’est bien évidemment pas homogène sur l’ensemble des côtes. « La Bretagne, région traditionnelle agricole, où se pratiquent des méthodes intensives de production, est particulièrement exposée ».

« Un agriculteur interrogé sur quatre estime que le premier rôle de l’agriculture sur le littoral est un rôle environnemental. ». Pour autant, 1 nouveau chef d’exploitation sur 3 pense que des efforts restent à fournir. Et ce particulièrement autour du bassin méditerranéen (l’environnement n’y est pas suffisamment pris en compte pour 1 agriculteur sur 2).