Le président du syndicat national des accouveurs Louis Perrault fait le point sur les avancées en matière de sexage dans l’œuf, à l’occasion de l'assemblée générale du syndicat du 11 octobre, dans l’Ain. Selon lui, la technologie allemande est encore « très expérimentale », et il faudra attendre encore quelques années avant que le sexage in-ovo ne soit industrialisé.
L’Allemagne conserve-t-elle toujours une longueur d’avance sur les technologies de sexage in-ovo ?
L’entreprise allemande Seleggt a mis au point une technologie innovante, mais qui n’est pas sans poser des problèmes techniques. La méthode est invasive ; un trou est réalisé dans l’œuf à neuf jours pour le prélèvement du liquide amniotique qui permet d’analyser s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle. Un réactif permet d’avoir une lecture assez rapide, mais ils ne sont capables de sexer que 30 000 sujets à la semaine. C’est très long et encore très expérimental, lorsque l’on sait qu’il y a 45 millions de femelles pondeuses en France. Une méthode aboutie dans sa technologie, mais pas encore industrialisable et non applicable en l’état pour les professionnels.
Une méthode économiquement acceptable pour les accouveurs ?
Au niveau du prix, le business model est assez "génial" (ton ironique). Le concepteur a obtenu que les distributeurs mettent deux centimes d’euro par œuf pour les poules dont les frères n’ont pas été euthanasiés à un jour. Ce qui représente 6 euros par femelle sexée, sachant que le prix du poussin est de 2,50 euros. En France, les accouveurs seront prêts à mettre en œuvre le process dès qu’il sera à la hauteur de nos espérances.
La recherche française offre-t-elle d’autres solutions ?
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La société française Tronico, dont les travaux de R&D sont financés par FranceAgriMer, se situe à peu près au même niveau que les Allemands. Leur méthode fonctionne, mais n’est pas encore commercialisable. Elle est surtout moins invasive. Ils ont réalisé dans un premier temps des tests avec un spectroscope, mais la méthode a été abandonnée car pas assez fiable. Ils utilisent aujourd’hui des biomarqueurs. Mais nous n’en savons pas plus à l’heure actuelle. En résumé, ces process ne sont pas applicables à l’échelle industrielle. Il faudra attendre encore quelques années. Ce qui pose question aux politiques, à qui il est demandé de s’engager sur des dates pour répondre à la demande sociétale en matière de bien-être animal.
« Ces process ne sont pas applicables à l’échelle industrielle »
L’environnement : déterminant au stade embryonnaire
Selon le Dr Barbara Tzchentke, de l’université Humboldt à Berlin, qui intervenait devant les accouveurs, « les interactions entre l’embryon et l’environnement pendant l’incubation peuvent permettre d’améliorer les performances futures de l’oiseau ». Les trois facteurs étudiés : signaux acoustiques, signaux lumineux et température permettent de stimuler le développement de l’embryon pendant la dernière période de l’incubation. À la clé : un renforcement du squelette, un meilleur développement musculaire et cérébral, ainsi qu’une meilleure réponse immunitaire et au stress. Des pistes de recherche prometteuses pour l’amélioration du bien-être, de la robustesse et du rendement des volailles.