« Nous avons dans nos statuts des obligations très claires qui ont donné lieu à des contreparties » insiste Philippe Mangin, le Président de Coop de France en réponse à une plainte sur le statut fiscal des coops. Déposée en 2004 à Bruxelles, la plainte concernant les avantages des coopératives françaises mobilise tous les coopérateurs, en témoigne le dernier congrès des Coopératives vinicoles de France (CCVF) dans le Vaucluse le 5 juillet. Coop de France entend connaître la détermination du nouveau gouvernement sur ce sujet. Autre sujet d’actualité pour la confédération des coopératives françaises : sa réorganisation avec deux pôles et prochainement un troisième : celui des cultures spécialisées. Philippe Mangin compte sur le prochain regroupement géographique des fédérations pour accélérer le mouvement.
Où en est la plainte déposée en 2004 à Bruxelles par le Groupement du commerce international contre l’Etat français, concernant les avantages fiscaux des coopératives françaises ?
Même si nous sommes directement concernés, c’est l’Etat qui doit répondre de cette plainte. Cela complexifie la démarche de Coop de France. Nous alimentons d’arguments les pouvoirs publics français et européens mais c’est tout ce qu’on peut faire réellement pour l’instant. Il s’agit d’un sujet très ancien qui revient régulièrement. Nous pensions que nous étions aujourd’hui sortis de ce débat idéologique. Les différentes fédérations travaillent de plus en plus ensemble. Dans le secteur céréalier, l’ex-Ffcat et la fédération du négoce ont mené des dossiers communs sur la mise aux normes des silos. Nous avons dans nos statuts des obligations très claires qui ont donné lieu à des contreparties. Le statut de la coopération est très réglementé. Il est inscrit dans le code rural et le législateur s’y prononce régulièrement. Nous avons trois obligations majeures. L’exclusivisme nous oblige à travailler avec les agriculteurs d’un territoire sans possibilité d’un choix quelconque. La territorialité correspond à l’obligation de notre attachement à un territoire donné. L’impartageabilité des réserves permet de garantir la durabilité et la transmissibilité de l’entreprise. Ces obligations ont donné lieu à des compensations, qui consistent pour la coopérative à ne pas payer des impôts sur les sociétés et à être exonérée d’une partie des taxes foncières ou professionnelles. La plus grande difficulté des coopératives à rester compétitif est l’obligation de développer et maintenir un maillage sur le territoire avec des outils de proximité. Dire que nous avons des avantages distorsifs en terme de compétitivité est inexact ! Ce n’est pas difficile de démontrer que c’est le contraire ! Si nos avantages devaient être remis en cause, nos obligations le seraient aussi. La Commission européenne a saisi l’Etat français en 2006 pour qu’il lui fournisse des éléments sur ce dossier. L’Etat français a répondu et la Commission a décidé de poursuivre l’instruction. Actuellement, nous nous tournons vers le nouveau gouvernement pour savoir quel sera sa position et sa volonté sur le sujet.
Où en est le processus de fusion de Coop de France ? Vous parliez lors de la dernière assemblée générale de la création d’un troisième pôle...
Nous avons déjà un énorme travail de réorganisation. Les fédérations qui ont fusionné en décembre ont donné naissance à deux pôles : un végétal et un animal. Le pôle végétal est bien armé. L’essentiel des troupes vient de l’ex-Ffcat où nous avions une bonne expertise. Par contre, il y a beaucoup plus à faire sur le pôle animal. Les fédérations étaient moins puissantes et moins solides financièrement, notamment dans les services qu’elles étaient capables d’apporter à leurs adhérents. Ce chantier est en pleine construction.
Vous avez suffisamment de moyens pour cela ?
Nous y arrivons finalement. Dans quelques semaines, nous devrions faire des annonces sur des recrutements notamment au niveau de la section bétail et viandes. Les choses devraient être opérationnelles à la rentrée. Nous avions, au niveau de l’élevage, une approche trop tournée vers les producteurs, pas suffisamment développée dans le domaine de l’entreprise. Or dans le domaine des viandes, nous avons des opérateurs très présents dans la transformation, comme Socopa, qui attendent une vraie expertise et une vraie défense de l’entreprise coopérative. Nous sommes effectivement déterminés à réussir la construction d’un troisième pôle des cultures spécialisées. Le rapprochement géographique prochain de toutes les fédérations nationales permettra de prendre des habitudes de travail communes et de renforcer les liens. Ce pourra être, à l’image de la réorganisation des offices agricoles, le départ d’une seconde étape.
La naissance du Haut Conseil de la Coopération a été émaillé par une crise interne (cf Agra Presse Hebdo n° 3097 du 26 mars 2007). Où en est-il aujourd’hui ?
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La crise n’a pas fait long feu. Dominique Bussereau a procédé aux remplacements des trois démissionnaires dans des délais records, en nommant Philippe Vasseur, Isabelle Couturier et Michel Grenot. Une fois Xavier Beulin confirmé dans sa fonction de Président, ce Haut conseil s’est mis au travail autour de trois sections : l’agrément, la révision et l’économie du secteur avec une veille stratégique. Il pourra jouer éventuellement le rôle de médiateur et de facilitateur de futures alliances.
Où en êtes-vous de votre souhait de voir les agriculteurs davantage intéressés financièrement à leurs coopératives ?
La question se pose de plus en plus. Agrial a avancé en la matière. La discussion est ouverte à Ciclaé et Nouricia. De notre côté, nous faisons la promotion des mesures prises dans la loi d’orientation, comme les parts d’épargne. Il y a désormais, depuis cette année, obligation d’aborder en assemblée générale ce sujet-là. Nous avons un travail important d’explications et de vulgarisation dans nos coopératives sur ce thème. C’est un levier majeur pour l’amélioration de l’implication financière des agriculteurs. Mais l’assemblée générale peut décider de ne pas voter de résolution. Il n’y a pas d’obligation à cela.
Le monde agricole connaît actuellement une hausse du prix des matières premières. Pensez-vous que ce phénomène soit durable ? La hausse des prix des produits alimentaires est-elle justifiée ?
Pour la première fois, le contexte est mondialisé. Par le passé, nous avons connu des situations où les cours mondiaux étaient plus élevés que les cours européens. Aujourd’hui, c’est une situation qui n’épargne aucun continent. Cette hausse vient notamment de la situation des marchés céréaliers et oléagineux. Elle est due à une conjonction de facteurs que personne n’avait imaginée il y a quelques mois. L’incidence des facteurs climatiques n’est pas neutre. La récolte australienne a été catastrophique l’an dernier. Avec des rendements de récolte très moyens ailleurs, elle a beaucoup pesé sur la diminution des stocks mondiaux. A cela s’est cumulée une hausse de la demande pas seulement énergétique mais aussi alimentaire dans les pays émergents. Tout cela crée une tension bien inscrite sur les marchés, qui risque de durer, même si la récolte européenne est un peu meilleure. Cela provoque en cascade une hausse des prix des produits alimentaires. Il nous faut ouvrir un débat avec le consommateur pour qu’il sache quelle est la part agricole dans son panier alimentaire car on ne peut pas accepter d’entendre que le prix de la baguette va augmenter de 10 à 15 % quand on sait que le blé ne représente que 4 % du prix final. Nous devons entreprendre un débat avec la grande distribution pour qu’elle ne profite pas de certaines situations.
Quels sont vos moyens de pression sur la grande distribution justement ?
Si la grande distribution ne bouge pas assez vite, c’est parce qu’elle sait que c’est elle qui tient le dialogue avec les consommateurs. Il faut que nous soyons capables de discuter avec les consommateurs pour leur expliquer que si, les prix augmentent, c’est pour une faible part due à la hausse des prix agricoles, mais aussi à cause de l’énergie, de l’emballage et peut-être aussi d’une mauvaise répartition des marges. Nous allons d’ailleurs inviter les parlementaires le 24 juillet à une séance d’explications sur le thème de l’augmentation des prix des matières premières. Aujourd’hui, tout le problème de l’agriculture au niveau mondial repose sur le dumping des pays riches. Si on ne veut plus subventionner l’agriculture, il faut revenir à un revenu par les prix pour les agriculteurs. Si aujourd’hui, la production végétale pourrait bénéficier de prix rémunérateurs, le secteur animal n’a pas encore réussi à faire passer la hausse de ses coûts de production sur la distribution. Il doit être moins dispersé pour y arriver.