Abonné

Reportage Sivens sème la confusion avant les cantonales

- - 5 min

À une semaine des élections cantonales, l'affaire Sivens est encore fraîche dans la tête des agriculteurs de la plaine et des côteaux du Tarn. Pourtant, à une semaine du 1er tour, ils sont rares à se sentir concernés par les scrutins du 22 et 29 mars prochain pour élire le conseil général.

« On veut faire en sorte que les gens aillent voter parce que les électeurs du Front national, eux, y vont », assure Grégory Dhoye, agriculteur à la Confédération paysanne, membre du parti EELV et candidat aux élections du canton nouveau de Saint-Sul-pice, surnommé les Portes du Tarn. Le 12 mars, la branche tarnaise du syndicat minoritaire tenait son assemblée générale à Montredon-Labessonnié, un village perché sur les coteaux boisés du département. L'atmosphère apaisée et bucolique du déjeuner ne dissimulait pas le malaise. La réunion du conseil général, le 6 mars, qui devait « trancher » sur le choix du projet alternatif au barrage de Sivens ne satisfait pas. Sur 46 élus, 43 ont voté pour le barrage de taille réduite. Isabelle Debrus, agricultrice associée avec son mari, livre ses impressions : « Les conseillers généraux ne connaissent pas les sujets agricoles. Ils ne sont pas plus au courant que cela ». Les trois seuls élus qui n'ont pas voté pour le barrage sont du parti des Verts, du parti Communiste et du parti de Gauche. « Tous les autres, UMP, PS... ils ont voté pour », raconte-t-elle. Sivens est devenu un sujet électoral. Daniel Debrus, le mari d'Isabelle, analyse : « S'ils n'avaient pas voté pour ce projet, ils auraient reconnu l'erreur qu'ils soutiennent depuis plus de 15 ans ». Le message renvoyé aux électeurs à deux semaines du premier tour n'aurait pas été dans leur intérêt. Il y a même un double intérêt, insiste Philippe Maffre, président de la Conf' du Tarn. Les liens étroits entre le conseil général et la Compagnie d'aménagement des côteaux de Gascogne (CACG), le maître d'ouvrage du projet de Sivens, agacent les agriculteurs de la Confédération paysanne. Francis Daguzan (PS) est à la fois président du conseil d'administration de la CACG et vice-président du département.

« L'agriculture n'a pas beaucoup de place dans les départements »

Tout le contexte semble réuni pour éloigner l'électorat agricole d'un scrutin pourtant très local. Isabelle Debrus jette l'éponge : « Pour la première fois, je ne voterai pas ». Elle ne se reconnaît dans aucune des candidatures de son canton. À côté, Grégory Dhoye veut au contraire proposer une alternative aux politiques actuelles. Ce jeune maraîcher double-actif de la Confédération paysanne, se présente en duo avec Maud Fourgeot. Lui est chez les Verts. Elle est au Parti de gauche. Les deux partis qui ont voté contre le barrage de Sivens s'associent également avec un mouvement citoyen. Ils se présentent tous les trois sous une même bannière : Alternative Citoyenne Tarn Ecologique et Solidaire. Le programme agricole ? « Nous voulons plus d'agriculteurs et stopper l'agrandissement des fermes », explique-t-il regrettant que « l'agriculture n'ait pas beaucoup de place dans les départements ». Son inquiétude principale est la confiscation de la clause de compétence générale pour les départements. « Sans quoi, les départements ne pourront pas faire grand chose », poursuit-il.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

élections
Suivi
Suivre

« Il n'y aura pas beaucoup d'abstentions »

Les électeurs des côteaux ne sont pas les mêmes que ceux de la plaine. Christian Boutet, agriculteur irrigant, installé dans la plaine non loin de Sivens, était favorable au barrage initial de 1,5 million de mètres cube d'eau. « Nous sommes les acteurs de terrain.Nous sommes sensibilisés ». Depuis plusieurs années, il y a peu de problèmes de sécheresse. Mais les derniers grands épisodes, celui de 2003 et des années précédentes, ont laissé des marques. « Nous sommes incapables de prévoir l'évolution du climat. Nous sommes solidaires avec les agriculteurs concernés par Sivens ». Lui-même est adhérent à une Association syndicale autorisée qui permet de gérer collectivement l'irrigation. La FDSEA, du Tarn qui soutenait aussi le projet initial, a toujours affirmé que c'était au conseil général de décider. Le 6 mars, la maison mère s'est félicitée de la décision du département pour le projet initial réduit. Dans ce contexte, les prochaines élections du conseil devraient attirer un bon nombre d'agriculteurs de la plaine dans les isoloirs. « Il n'y aura pas beaucoup d'abstentions car on fait partie des territoires », pense Christian Boutet.

Sur la départementale 999 qui mène à la Zone à défendre (Zad) depuis Gaillac, les inscriptions défilent : « Zad à évacuer », « Aux Zad, citoyens », mais aussi « UMP=PS=FN=vendus ». Les entrées de la Zad, évacuée depuis le 6 mars, sont toujours gardées par les gendarmes. Les zadistes ont « disparu ». Les agriculteurs ne vont pas tarder à semer le maïs. Mais le malaise est toujours là. Il pourrait bien s'exprimer dans les urnes les 22 et 29 mars prochain.