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Sodiaal - Entremont : le dossier bientôt débloqué ?

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Alors que la reprise d’Entremont Alliance traîne en longueur, les producteurs de lait commencent à s’impatienter et Bruno Le Maire a adressé un nouvel ultimatum devant l’assemblée générale de la FNCL en affichant une date butoir fixée au 15 mai. Pression d’autant plus forte que les banques pourraient demander une nouvelle étude du dossier au vu d’une conjoncture laitière plus favorable, selon les informations d’Eolys. Les producteurs souhaitent que le dossier aboutisse rapidement et soutiennent la proposition de Sodiaal, qui n’apporte pas entière satisfaction à la CGT.

« Nous devons être en mesure de régler le dossier (Entremont Alliance, ndlr) avant le 15 mai », a déclaré Bruno Le Maire le 29 avril lors de la clôture de l’assemblée générale de la Fédération nationale des coopératives laitières. Pour lui, il n’y a pas d’autre alternative que la reprise par Sodiaal. L’hypothèse Lactalis, rejetée pour l’instant, mettrait en effet la nouvelle entité en situation de position dominante. Mais ce n’est pas la première fois que le ministre s’engage sur une date pour l’aboutissement de la reprise d’Entremont Alliance, toujours en suspens pour l’instant.

100 millions d’euros d’argent frais
La dernière étape en date du dossier est l’annonce en février par Sodiaal d’une offre de reprise sans le concours d’Albert Frère (1), la proposition commune de septembre (2) n’ayant pas abouti. L’offre a depuis été améliorée « très significativement », a indiqué Claude Sendowski, directeur général de Sodiaal à l’AFP. Sodiaal propose 100 millions d’euros d’argent frais en fonds propres pour le développement d’Entremont. Le capital social à verser par les producteurs doit être d’environ 1 800 euros par an pendant cinq ans pour une production moyenne de 300 000 litres. La rémunération doit être équivalente à celle octroyée par Sodiaal, Lactalis et Bongrain. La première proposition faisait état d’un capital social à verser de 2 000 euros par an sur cinq ans (1). Ce à quoi Gilles Bars et Philippe Ledressay, présidents des comités lait d’Eolys et CAM 56 avaient répondu : « Alors que nos producteurs de lait subissent depuis deux ans les effets d’une crise sans précédent, il est impératif de trouver avec nos partenaires des alternatives pour accompagner les producteurs dans cette capitalisation ».
Alors que la CGT s’inquiétait d’un abandon d’un quart de la collecte de lait (450 millions de litres par an) (3), Claude Sendowski, a assuré qu’il s’agissait d’un « quiproquo » concernant le nombre de producteurs qui pourraient ne pas suivre la reprise et arrêter leur activité ou se tourner vers Lactalis, qui les a déjà approchés. Il assure avoir pris en compte la « quasi-intégralité des volumes de lait d’Entremont » dans les hypothèses de travail.

Attentisme face à une conjoncture laitière plus favorable ?
Depuis rien n’a bougé. Et cela pourrait durer. Selon le bulletin Info Lait d’Eolys du 23 avril 2010, Sodiaal a présenté au CIRI (4) le 22 avril « un plan de reprise d’Entremont Alliance qui a été amélioré au niveau financier ». Pour la coopérative, « les banques ont pris acte de ces améliorations mais des points techniques restent à étudier. (…) La réunion du CIRI a également mis l’accent sur la conjoncture laitière plus favorable, en particulier grâce à la hausse des cours des produits industriels. Pour Entremont Alliance, au vu de l’impact de cette évolution de conjoncture et des nouvelles perspectives commerciales, il est probable que les banques demandent un nouvelle étude approfondie du dossier et de toute autre solution possible. Ceci risque donc de prolonger les discussions. »

Y a-t-il une autre alternative que Sodiaal ?
Dans ce contexte d’attentisme généralisé, Eolys et Cam 56 ont confirmé que la solution Sodiaal recueillerait leur assentiment si elle était retenue par les partenaires financiers.
L’AEBA (association des éleveurs de Bretagne apporteurs de lait à Entremont Alliance) s’est déclarée « outrée d’entendre que l’amélioration de la conjoncture permet d’attendre encore », dans un communiqué du 28 avril. Les éleveurs réclament « de toute urgence qu’on leur propose un projet industriel durable, avec un groupe en bonne santé économique connaissant bien la filière laitière et intégrant les attentes des éleveurs. » L’AEBA estime que « seul le projet Sodiaal présente ces caractéristiques » et demande « qu’il soit proposé de toute urgence aux éleveurs ». Deux éléments freinent l’avancement du dossier : Albert Frère, qui détient 63,5 % d’Unifem, le principal actionnaire d’Entremont, veut certainement sortir au mieux du dossier. Et la reprise de la dette, supérieure à 360 millions d’euros doit être négociée âprement par Sodiaal.
Si elle se concrétisait, la reprise d’Entremont Alliance par Sodiaal aboutirait à un groupe de dimension européenne réalisant un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros et dont la collecte atteindrait 5 milliards de litres de lait (20 % de la collecte française). La semaine passée, la CGT avait demandé au CIRI d’étudier une solution alternative, à savoir un projet industriel d’origine étrangère (5).

(1) Cf Agra alimentation n°2098 de 18 février 2010 p. 22
(2) Cf Agra alimentation n°2075 de 3 septembre 2009 p. 18 ; n° 2079 du 1er octobre 2009 p. 22 ; n°2080 du 8 octobre 2009
(3) Cf Agra alimentation n°2104 du 1er avril 2010 p. 22
(4) Comité interministériel de restructuration industrielle
(5) Cf Agra alimentation n°2108 du 29 avril 2010 p. 20

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