Abonné

Coopérative/Fusion Sodiaal et 3A vont-ils jouer dans la cour des grands ?

- - 7 min

Sodiaal et 3A devraient fusionner d’ici à la fin de l’année. L’opération renforce le leader de la coopération laitière française dans les fromages et les ingrédients, et réduit sa dépendance au marché peu rémunérateur du lait de consommation. Si cette fusion permet à Sodiaal de grandir encore à l’approche de la fin des quotas laitiers (tout en restant loin des leaders européens), elle n’en soulève pas moins quelques questions. Le groupe est-il assez solide, moins de trois ans après l’absorption effective d’Entremont, et en pleine restructuration de sa branche lait de consommation, pour absorber un acteur confronté à des difficultés chroniques ?

Sodiaal et 3A ont annoncé leur projet de fusion le 25 juin, confirmant une information d’Agra alimentation. Cette opération renforce encore le leader français de la coopération, qui dégagera un chiffre d’affaires de 5 Mds EUR avec une collecte de plus de 5 Mds l de lait et 14 000 sociétaires. Le groupe coopératif du Sud Ouest 3A, qui connaissait des difficultés chroniques, aura donc trouvé une issue coopérative (Bongrain était aussi intéressé par le dossier selon nos informations). Si les synergies entre les deux groupes existent (voir article suivant), ce rapprochement suscite aussi un certain nombre d’interrogations.

Sodiaal avait mis l’accent l’an passé sur le redressement de ses résultats

Le discours tenu par les dirigeants de Sodiaal lors de l’assemblée générale du 21 juin 2012 ne laissait pas vraiment présager une opération d’une telle envergure en 2013. « Le budget 2011 est atteint mais le niveau de résultat est insuffisant, il témoigne d’une fragilité de notre coopérative. Il est urgent d’étayer la rentabilité de nos opérations. La culture de résultat est inégalement partagée », avait ainsi déclaré Frédéric Rostand, directeur général de Sodiaal. Ce message concernait clairement Beuralia, mais probablement pas seulement. « La vocation de Sodiaal est d’être un consolidateur et de voir son périmètre d’activité augmenter à l’avenir. Mais l’acquisition d’Entremont fait du travail sur nous-mêmes une priorité pour asseoir notre développement sur des bases solides. Pour nos acquisitions, il ne faudra pas forcément privilégier la taille mais être sélectif dans l’intérêt de nos adhérents », avait-il également indiqué.

Damien Lacombe succède à François Iches

François Iches, qui laisse cette année la présidence du leader français de la coopération laitière à Damien Lacombe, avait lui aussi insisté sur le rôle que devrait jouer Sodiaal dans l’avenir de la coopération laitière française et évoqué l’échelle européenne. L’opération annoncée permet à Sodiaal de grossir significativement, mais la collecte reste inférieure de plusieurs milliards de litres de lait à celle des leadeurs européens.
L’assemblée générale de Sodiaal se tient à l’heure où nous mettons sous presse et nous n’avons eu de commentaire sur cette opération ni de part de la direction de Sodiaal ni de celle de 3A. Mais nul doute que cette opération aura suscité des questions lors de cette assemblée générale, qui devait également entériner la fusion avec les Fromageries de Blâmont.

Une porte de sortie coopérative pour 3A, une diversification pour Sodiaal

Le rapprochement de Sodiaal et 3A fait sens puisque les deux groupes sont présents sur des zones communes comme le Sud-Ouest et l’Auvergne et qu’ils se connaissent déjà, grâce notamment à des participations communes. Le problème, c’est aussi que ces zones ne sont pas les plus prometteuses dans le contexte de la fin des quotas laitiers. L’intérêt des adhérents de 3A dans cette opération est évident : ils trouvent une porte de sortie alors qu’un certain nombre d’entre eux, notamment ceux qui travaillent en zone de montagne, ne sont pas en situation très favorable à la veille de la sortie des quotas laitiers.
Pour Sodiaal, lancé dans ce qui ressemble tout de même à une course aux volumes, cette opération permet d’accroître significativement la collecte, mais aussi de compléter et diversifier le portefeuille industriel du groupe.

Quelle stratégie pour la fin des quotas ?

La question que soulève ce rapprochement, au-delà des synergies entre Sodiaal et 3A, est celle de la stratégie de la coopération laitière à l’approche de la fin de quotas.
Sodiaal doit gérer des laits excédentaires, indique une source interne. C’est un véritable problème quand les cours mondiaux des produits laitiers sont bas (ce qui peut arriver même sur un marché mondial en croissance sur le long terme). Autre difficulté du géant laitier, le poids du lait de consommation, qui pèse encore plus d’un cinquième de l’activité de la nouvelle entité, et ce alors que le secteur est confronté à de graves difficultés (Candia ferme actuellement trois usines sur huit). Enfin, la perle Yoplait a échappé à Sodiaal. Certes, l’ultrafrais n’est pas la production la plus consommatrice de lait et une activité à marque requiert des investissements marketing importants, mais une marque telle que Yoplait représente un actif de grande valeur et un point d’entrée intéressant sur des marchés de produits de grande consommation en croissance. Si Sodiaal joue clairement son rôle de leader de la coopération en venant au secours de 3A, qui se situe sur une zone de risque de déprise, le groupe coopératif est-il suffisamment solide pour une opération d’une telle envergure ?

Agrial/Eurial : trouver des débouchés avant d’avoir trop de lait

D’autres comme Agrial ont fait un choix totalement différent. Ludovic Spiers, directeur général d’Agrial, qui a piloté le rapprochement des activités laitières avec Eurial en vue d’une fusion, explique vouloir construire des débouchés pour absorber la production supplémentaire à venir des producteurs. En attendant, c’est le fruit d’une histoire ancienne, Agrial fournit Bongrain en lait, et, fruit de l’histoire récente, approvisionne certains de ses outils avec du lait acheté à l’extérieur (lait spot et/ou contrat du producteur avec une laiterie de statut privé).
Les défenseurs de la stratégie de Sodiaal mettent en avant la philosophie coopérative du rapprochement avec 3A, considérant qu’il suffit d’être grand sur un marché mondial en croissance pour tirer son épingle du jeu, et que le choix d’Agrial d’investir l’ultrafrais (un marché compliqué, on l’a déjà dit), est périlleux. Les observateurs qui croient à la stratégie portée par Agrial mettent en évidence l’excellente planification du financement des opérations du groupe et son savoir-faire en termes de marques (Florette, et pourquoi pas La Roche aux Fées demain sur l’ultrafrais, puisque le groupe a racheté la marque), allié à celui d’Eurial sur les produits industriels.

Coralis et Terra Lacta devront aussi s’adosser à un autre acteur

Espérons en tout cas que Sodiaal n’agit pas seulement dans ce dossier comme un sauveur pour 3A, et qu’un projet industriel et coopératif d’avenir sous-tend cette opération. Les deux groupes coopératifs prévoient un calendrier très serré, avec une fusion qui pourrait intervenir dès la fin de l’année sous forme d’échange de parts sociales. Cette opération sera certainement suivie par d’autres. La nouvelle gouvernance de Coralis a lancé un appel très clair à Sodiaal mais a également pris des contacts avec Eurial/Agrial et Laïta. Terra Lacta, dont l’activité fromagère passe dans le giron de Bongrain, devra aussi trouver un partenaire pour s’en sortir. 2015, c’est déjà demain, mais la consolidation de la coopération laitière française n’est pas finie. Les coopératives nord-européennes et irlandaises investissent massivement en prévision de cette échéance. Les acteurs français seront-ils tous prêts ?

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.