Malgré une collecte en hausse et des prix en progression, Sodiaal a dégagé des résultats insuffisants en 2012, a précisé la direction lors de l’assemblée générale qui s’est tenue le 21 juin. Alors que les coopératives nord-européennes ont déclenché de grandes manœuvres, notamment à l’international (les représentants des coopérateurs d’Arla, de la MUH et de Milk Link viennent d’approuver le projet de fusion annoncé le mois dernier), la première coopérative laitière française, cinquième groupe laitier européen, est encore en retrait par rapport à ces mouvements. L’année 2012 s’annonce compliquée, notamment du fait des difficultés sur le lait de consommation.
Sodiaal a connu une année 2011 en demi-teinte et 2012 s’annonce tendu. « Le budget 2011 est atteint mais le niveau de résultat est insuffisant, il témoigne d’une fragilité de notre coopérative. Il est urgent d’étayer la rentabilité de nos opérations. La culture de résultat est inégalement partagée », a déclaré Frédéric Rostand, directeur général de Sodiaal depuis un an. Pourtant, 2011 a été une année exceptionnelle avec une collecte en progression de 200 M l (4,1 Mds l de lait au total) et des prix en progression de 10 % par rapport à 2010. Mais « la performance des Business Units (BU) n’a pas été uniforme. Tout est mis en œuvre pour accélérer la croissance des BU au mieux de leur forme et redresser celles BU en difficulté », a précisé Frédéric Rostand.
Sur le point d’étape à mi-parcours pour 2012, le dirigeant a fait état d’une situation compliquée. « Nous connaissons de très fortes turbulences sur les matières grasses et le lait de consommation. Elles vont au-delà de nos prévisions, notamment sur le lait de consommation. Il sera très difficile d’atteindre notre objectif budgétaire 2012. Le prix des matières grasses a chuté d’un tiers depuis le début de l’année et sur le lait de consommation, c’est la guerre des prix. Il faut tout faire pour préserver les résultats de la coopérative. »
Inquiétudes sur le lait de consommation
Nutribio et Beuralia ont connu une année 2011 difficile mais c’est incontestablement Candia qui inquiète le plus les dirigeants de la coopérative pour 2012. « Le marché du lait de consommation a perdu 300 M l de lait en douze ans. L’ensemble de la profession doit travailler à redynamiser le marché. Il se rétrécit et ça durcit la compétition. Le marché s’est totalement européanisé, s’accompagnant d’une forte dégradation des prix », a précisé Maxime Vandoni, directeur général de Candia. C’est surtout l’activité sous MDD et les premiers prix qui souffrent. La marque Candia, elle, a bien résisté en 2011, profitant notamment du conflit entre Lactalis et Leclerc.
Beuralia a pour sa part été affectée par la volatilité des matières grasses et notamment par leur chute de prix d’un tiers depuis le début de l’année.
« Candia et Beuralia sont dans deux situations bien distinctes, a commenté Frédéric Rostand. Candia subit une concurrence low cost sur un marché très disputé. Il faut retrouver de la compétitivité pour offrir un meilleur rapport qualité/prix aux clients. Pour Beuralia, la compétitivité industrielle est là, mais il faut améliorer la capacité de l’entreprise à traverser les cycles. »
Crise de croissance pour Nutribio
Quant à Nutribio, l’entreprise a été affectée par ce que Sodiaal qualifie pudiquement de crise de croissance. « Nutribio a perdu 10 M EUR alors que le marché est porteur, a expliqué Pierric Magnin, président de Nutribio. Cinq priorités ont été fixées pour redresser les résultats. Les prix moyens de vente ont augmenté, de 5 à 20 % pour certains clients. Un travail a été fait pour améliorer le service client. Les sites industriels ont été mis à niveau, notamment Montauban. Une nouvelle équipe de direction a été mise en place. Enfin, un travail est mené pour simplifier l’offre plutôt que de multiplier les références client. Se rapprocher rapidement de l’équilibre d’exploitation est indispensable pour l’entreprise, positionnée sur des produits à valeur ajoutée. »
Pour redresser la barre, François Iches, président de Sodiaal, estime qu’il faudra nouer des partenariats, à l’échelle française voire européenne.
« Il y a deux sociétés à redresser.Pour Nutribio, le diagnostic est fait et le plan de redressement est en route. Le cas du lait de consommation est plus problématique. Nous encaissons de plein fouet la volatilité et la contagion du marché allemand. La consolidation continue avec Lactalis et Parmalat ou encore Arla et la MUH. Nous avons la taille critique pour envisager des discussions avec d’éventuels partenaires en France et à l’étranger », a-t-il déclaré.
Intégration réussie d’Entremont
Au rang des satisfactions, l’intégration d’Entremont, qualifiée de réussite. Entremont, qui avait subi d’importantes pertes de volumes avant la reprise a renoué avec la croissance en 2011 (+ 6 000 t). Le retour a des résultats positifs, programmé pour 2013, pourrait être atteint dès 2012. Monts et Terroirs, dédiée aux AOC, a dégagé 7 M EUR de résultat brut d’exploitation. La BU est donc rentable dès la première année et son capital a été ouvert aux fournisseurs en 2012 pour sécuriser les approvisionnements. « Eurosérum a connu une année exceptionnelle en termes de résultats grâce au lactosérum. Il faut investir et produire beaucoup plus pour maintenir les parts de marché. Les ingrédients pour les PGC et les produits à positionnement populaire sont en forte croissance », a précisé Yves Rambaud, président d’Eurosérum.
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Les partenariats fortement contributeurs aux résultats
Les sociétés détenues en joint venture et en partenariat se sont bien tenues. Si l’activité MDD de la joint-venture CF&R, en partenariat avec Bongrain, a baissé (-1,8 %), les marques ont progressé de 3,5 %, Le Rustique affichant même une hausse de 17 %. Pour 2012, l’accent sera mis sur le développement à l’international, plus rentable qu’en France. Régilait (détenu à 50/50) avec Laïta, enregistre une belle progression, avec des volumes en hausse de 15 %, dont + 37 % au grand export. La société veut désormais se développer en Asie. Enfin, 2011 a été l’année de l’entrée au capital de General Mills pour Yoplait. En France, la marque s’est bien comportée, confirmant sa place de n°2 de l’ultrafrais avec des volumes en hausse de 8 %. Sur le marché anglais, la progression et de 4 %. Enfin, Liberté, acquis fin 2010 au Canada, a vu ses volumes croître de 6 %.
Ces activités ont fortement contribué au résultat de Sodiaal en 2011. Si le résultat des sociétés intégrées est dans le rouge (- 9,6 M EUR), grâce aux sociétés mises en équivalence, le résultat net atteint 8,3 M EUR. Le résultat d’exploitation s’établit à 24,4 M EUR, pour un chiffre d’affaires de 4,4 Mds EUR, qui a très fortement augmenté du fait de l’acquisition d’Entremont. Comme le résume avec humour François Iches : « Yoplait est cher à nos cœurs et à nos résultats. »
Tout comme Frédéric Rostand, il s’est félicité du partenariat avec General Mills. « General Mills a la volonté d’inscrire Yoplait comme un fleuron de son portefeuille de marques», a-t-il déclaré. Mais face à la puissance financière de l’américain, Sodiaal devra pouvoir répondre. « Il nous faudra accompagner les investissements sur Yoplait, sans doute avec des partenaires », a estimé François Iches.
L’après-quotas en ligne de mire
À l’avenir, l’enjeu reste bien sûr la meilleure valorisation possible du lait. Une salle des marchés a été mise en place pour assurer la meilleure mise en vente des produits. Sur les 200 M l supplémentaires collectés en 2011, la moitié a été transformée dans les BU et la moitié vendue sur les marchés spot et poudre. « Nous voulons réduire la quantité des marchés spots d’au moins un tiers sur 2012 », a indiqué Loïc Corbillé, directeur des opérations de Sodiaal. Quant à un éventuel volume C, s’il n’est pas d’actualité, « le problème des laits sous-valorisés par le groupe est posé et il faudra y revenir », a déclaré François Iches. Sodiaal a déjà en ligne de mire l’après-quotas et la gestion de l’afflux de lait supplémentaire. « 50 % des producteurs veulent augmenter leur production et 50 % veulent rester au niveau actuel, ce qui est une surprise. Nous tablons sur 10 % de lait additionnel d’ici à 2020, ce qui est relativement modeste par rapport à d’autres pays européens », a indiqué Frédéric Chausson, directeur du développement coopératif.
Sodiaal devra jouer un rôle fédérateur, mais à quelle échelle ?
Dans l’immédiat, Sodiaal veut consolider l’acquisition d’Entremont et s’assurer des bases solides pour l’avenir. « L’organisation interne mise en place début 2011 a joué son rôle de façon satisfaisante et l’intégration d’Entremont est une réussite. Mais elle est encore perfectible. Il faut être en mesure d’agir comme un groupe et favoriser la transversalité. Nous réunissons ainsi toutes les activités hors domicile de nos différentes BU. Ce sera opérationnel début 2013 », a expliqué Frédéric Rostand. Le développement passe aussi par les investissements, qui seront en hausse de 33 % en 2012. La coopérative veut aussi accélérer son développement à l’international (26 % du CA est actuellement réalisé à l’export) et a un projet d’ouverture de bureau de représentation en Chine.
« La vocation de Sodiaal est d’être un consolidateur et de voir son périmètre d’activité augmenter à l’avenir. Mais l’acquisition d’Entremont fait du travail sur nous-mêmes une priorité pour asseoir notre développement sur des bases solides. Pour nos acquisitions, il ne faudra pas forcément privilégier la taille mais être sélectif dans l’intérêt de nos adhérents », a déclaré Frédéric Rostand. François Iches a également insisté sur le rôle que devra jouer Sodiaal dans l’avenir de la coopération laitière française. Il a également évoqué l’échelle européenne. Reste à savoir si les coopérateurs seront prêts à franchir ce pas, alors que les coopératives nord-européennes accélèrent leur mouvement d’internationalisation.