Un décret, publié le 23 avril au Journal Officiel, fixe à 58 euros/ha le soutien couplé à la production de soja pour la campagne 2015, contre 100 à 200 euros/ha annoncés dans le plan protéines végétales. Les syndicats de producteurs (Fop) et d’industriels (Snia) dénoncent ce coup de rabot.
L’aide couplée à 58 euros/ha pour le soja représente un « très mauvais coup », a dénoncé la Fop (producteurs d’oléagineux et de protéagineux) le 26 avril. Elle appelle à la rectifier « sous peine de voir la culture du soja disparaître », selon un communiqué.
La Fop reproche aux pouvoirs publics une « défaillance » : la surface maximale déclarée auprès de la Commission européenne est de « moins de 50 000 ha » – « si la Fop avait été consultée, elle aurait très rapidement démontré que cette surface était totalement incohérente » – ; prévue entre 100 à 200 euros/ha, l’aide à 58 euros/ha « décrédibilise une fois encore la portée de la parole publique ».
Pas de fongibilité des enveloppes
Une enveloppe de 5,8 millions d’euros pour l’aide à la production de soja était prévue au titre de la campagne 2015 ainsi qu’« un plafond en nombre d’hectares par exploitation » calculé en fin de campagne « afin de respecter un montant unitaire minimal de 100 euros/ha et maximal de 200 euros/ha », selon le dossier Pac 2015. La Fop comptait sur un « déplafonnement » : « Stéphane Le Foll a promis une fongibilité des enveloppes » au sein du plan protéines, rappelle Thibaut Ledermann, responsable des relations terrain. Autrement dit, la part non consommée du soutien à l’autonomie fourragère des élevages devait abonder l’aide au soja, d’après la fédération. Mais leur versement ayant été réalisé sous forme d’apport de trésorerie remboursable, la fongibilité ne peut intervenir, lui aurait-on répondu.
Quelque 100 000 ha de soja ont été cultivés l’an dernier, d’après les chiffres d’Agreste. Une production que la Fop juge indispensable, tant pour la diversification des cultures que pour sa contribution à l’agro-écologie. « À l’heure où se négocient les traités transatlantiques qui font peser sur nos productions de véritables épées de Damoclès, je m’inquiète de l’effet de mesures qui tendent à privilégier les importations au dépend de la production nationale », déclare le président Gérard Tubéry, cité dans le communiqué.
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Inquiétude sur la dynamique de production
Le montant de l’aide couplée pour le soja, fixé à 58 euros/ha contre 100 à 200 euros/ha annoncés, risque de nuire à l’avenir de la filière, a estimé le Snia (industrie de la nutrition animale) le 27 avril. « À l’heure où tous les acteurs de la production, de la commercialisation et de la transformation (du soja) travaillent ensemble pour structurer cette filière, le montant de l’aide, inférieur à celui attendu, risque de nuire à son avenir et aux investissements tant au niveau de la production qu’au niveau de la transformation », selon un communiqué.
Le Snia met en parallèle les 276 000 t de fève produites en France et l’équivalent de 3,4 Mt (2,7 Mt de tourteaux et 65 000 t de graines entières) utilisées en 2015 pour l’alimentation animale. Et de s’inquiéter des conséquences de l’aide amoindrie sur le dynamisme de la production en France. « La demande en soja tracé est une réalité et une attente qui se manifeste à tous les niveaux de la chaine alimentaire, souligne le communiqué. Les besoins du secteur de l’alimentation animale offrent de vraies perspectives. »
Moins de 50 000 ha notifiés contre 100 000 ha cultivés