Le sorgho pourrait connaître une hausse des surfaces « à deux chiffres » l'an prochain, d'après Semences de Provence, numéro un avec 60 % de parts de marché pour cette espèce. Dynamique nourrie par les divers atouts d'une culture peu exigeante en intrants, qui est présentée comme une bonne alternative au maïs.
« Je suis très optimiste », a déclaré Denis Villenave, directeur de la filiale du groupe coopératif Arterris, lors de la remise de Trophées aux producteurs le 18 novembre à Paris. « La hausse des surfaces en sorgho, de +51 % en deux ans, va se poursuivre, au moins en 2015 », a-t-il lancé, en pointant le rendement 2014 « très correct », qu'Arvalis estime proche de 65 q/ha.
Une des raisons évoquées est l'obligation de diversifier les assolements dans la nouvelle Pac. « Le sorgho est regardé comme une vraie alternative au tournesol et au maïs. Depuis deux campagnes, les organismes stockeurs opèrent un changement dans la commercialisation des semences, en intégrant l'espèce au catalogue morte saison. »
Par ailleurs, l'Union européenne est déficitaire, avec environ 200 000 tonnes importées sur 201314. « Les prix moyens de campagne payés aux producteurs se resserrent avec ceux du maïs, qui étaient auparavant 5 à 10 euros/t au-dessus », a ajouté Jean-Luc Verdier, animateur de la filière sorgho chez Arvalis. La même tendance est observée sur la scène internationale. Sur les deux dernières années aux Etats-Unis, premier exportateur mondial avec 57 % de parts de marché, le sorgho apparaît devant le cours du maïs, jusque-là de même niveau.
Facilité de conduite
« Par sa rusticité, son faible besoin d'intrants et sa facilité de conduite, le sorgho séduit de plus en plus d'agriculteurs », explique Semences de Provence. Autres arguments, « des variétés toujours mieux adaptées aux conditions pédoclimatiques françaises et la meilleure maîtrise de la culture par les agriculteurs, y compris en dérobé ».
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Pour appuyer ses affirmations, le semencier met en avant les retours de questionnaires aux producteurs, dans le cadre des Trophées. Le sorgho en ressort comme une culture assez facile à mener, avec peu de ravageurs, de maladies, mais restant très technique. 55 % des 239 sondés jugent le désherbage facile, 5 % très difficile. C'est là le gros point délicat.
Méconnaissance des fabricants d'aliment
« Il reste à lever des blocages au développement des surfaces : sur le plan du désherbage, pour les agriculteurs, de la mise en marché, côté fabricants d'aliments », a reconnu Denis Villenave.
Le sorgho est désavantagé par des disponibilités trop faibles. « Quand on interroge les fabricants d'aliment du bétail, ils trouvent la matière première intéressante d'un point de vue composition, mais regrettent le manque de volume », a souligné Jean-Luc Verdier. Un autre handicap vient de sa mauvaise image. « Le sorgho est méconnu des services achat et formulation, a relevé le courtier Marc Berger. Il est suspecté de renfermer des tanins, notamment par les fabricants en Bretagne et Pays de la Loire. Autre reproche, sa variabilité génétique. Résultat, le produit est sous-valorisé. » Cette réputation du sorgho paraît infondée. « Le tanin est un critère d'exclusion pour l'inscription de la variété au catalogue français et européen, a précisé Denis Villenave. 100 % de la récolte en sont exempts. »
La hausse des surfaces en sorgho risque aussi de se heurter au probable grignotage de la sole en cultures de printemps par le blé dur, dont la pénurie actuelle entraine une flambée des cours.