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Filière porcine Sortie de crise… sauf accord à l’OMC

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La filière porcine s’apprête à sortir de la crise, avec une reprise des cours, la production européenne devant diminuer de 4 %, mais elle pourrait y replonger si un accord était conclu en juillet à l’OMC, selon Inaporc, l’interprofession.

D’ici quelques mois, le prix du porc payé au producteur devrait reprendre, après une crise porcine qui est « une des plus graves qui soient », selon Guillaume Roué, président de l’interprofession Inaporc, lors d’une conférence de presse le 8 juillet.

Une baisse de production plus forte à l’Est de l’UE

Une baisse de la production de l’UE de 4% est prévisible. L’Espagne et le Danemark ont annoncé un recul de 8% de leur cheptel de truies et de production totale. La réduction de production s’annonce particulièrement forte dans les pays de l’ex-Europe de l’Est (Roumanie, Tchéquie, Hongrie), moins organisés, a précisé le président de l’interprofession. En France, les éleveurs sont des spécialistes qui bénéficient de l’organisation économique et qui ont acquis ces dernières années une solide compétitivité technique, avec une nette amélioration des indices de consommation (l’aliment profite bien à la croissance du bétail). « J’ai démarré mon élevage avec un indice de 3,8 (il fallait 3,8 kilos d’aliment pour produire un kilo de viande) ; il est maintenant de 2,7 », a-t-il précisé.

La baisse de production, conjuguée à des percées à l’exportation (voir encadré), devrait permettre une remontée des cours. « Si le prix payé au producteur passe de 1,20 euro le kilo (de carcasse) à 1,50 à la fin de l’année, ce n’est rien à côté de ce qui arrivera à partir de 2009. Les deux euros le kilo ne sont pas exclus », a-t-il estimé. Cela devrait permettre aux éleveurs porcins de ne plus perdre de l’argent comme ils l’ont fait pendant quinze mois. « J’ai souvent au téléphone des éleveurs qui perdent 4 000 euros par mois », a précisé Didier Delzescaux, directeur d’Inaporc. L’ardoise des producteurs est estimée à 700 millions d’euros, dont 500 millions dus à la hausse des prix de l’aliment. L’aliment représente les deux-tiers du prix de revient du porc.

OMC : arrivée massive de jambon américain

Mais une ombre au tableau pourrait survenir. Si un accord à l’OMC est conclu en juillet, les producteurs auraient beaucoup à perdre, selon Guillaume Roué.

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En effet, si la viande de porc est classée « produit sensible », l’UE peut appliquer des droits aux frontières, mais à condition d’accepter en contrepartie un contingent d’importation en provenance des pays tiers (États-Unis surtout) à droit réduits, qui pourrait atteindre 400 000 tonnes de viande désossée. Les Américains, qui consomment surtout de la longe pour les grillades et exportent le jambon pourraient s’en réjouir, car les consommateurs européens préfèrent le jambon, qui se retrouverait alors massivement sur les étals.

Si la viande de porc n’est pas classée produit sensible, les professionnels devront faire face à une baisse des droits d’entrée. Cela au plus mauvais moment, parce que l’écart de coût de production entre l’Europe et les États-Unis est passé d’environ 0,25 euro le kilo début 2006 à plus de 0,60 début 2008, selon Inaporc.

En revanche, si l’accord échoue en juillet, les producteurs auront trois ans pour se préparer, selon Guillaume Roué.