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Organisations paysannes Sortir l’agriculture de l’OMC n’est pas la solution miracle pour le développement

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Sortir l'agriculture de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) n'est pas la solution aux difficultés rencontrées par l'agriculture aujourd'hui. Ce constat a été partagé par les différents membres d'une conférence sur « Les enjeux agricoles du G20 », le 25 mai, organisée par la Confédération paysanne, Artisans du monde, Attac et Peuples Solidaires/Action Aid.

Sortir l’agriculture de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne résoudra pas le problème de la sous-nutrition des paysans du monde ou de la financiarisation de l'agriculture, estime Aurélie Trouvé, co-présidente d'Attac France. Elle s'est exprimée lors d'une conférence sur les enjeux agricoles du G20 organisée, le 25 mai, par la Confédération paysanne, Artisans du monde, Attac et Peuples Solidaires/Action Aid. Antoine Bouhet, chargé de mission chez Peuples solidaires/Action Aid, a rappelé le contexte agricole mondial et une réalité paradoxale : « Les trois-quarts du milliard de la population qui souffrent de la faim sont des paysans ». Vijay Jawandhia, membre de Vidarbha/BKU, s’étonne dans ce sens du paradoxe : « Les pauvres doivent avoir de la nourriture à bas prix mais pour que ceci soit possible, les paysans doivent rester pauvres. La politique économique est une nouvelle forme de colonisation. » Selon Jacques Berthelot, membre du conseil scientifique d'Attac, laisser l'agriculture au sein de l'OMC peut être un avantage. « L'agriculture est le talon d'Achille de l'OMC. Les pays en voie de développement peuvent casser la Politique agricole commune et utiliser l'agriculture pour rebâtir de nouveaux accords », explique-t-il.

Pas que du négatif à l'OMC

Vinod Raina considère lui aussi que « l'OMC n'est pas un problème ». « C'est plus la question de la souveraineté alimentaire » de chaque pays qui prime, pour lui. « Il faut aussi reconnaître un côté positif à l'OMC. Elle donne une voix même aux pays les plus petits », remarque-t-il. Il dénonce surtout l'attitude de l'Union européenne qui privilégie des accords bi-latéraux. Pour Antoine Bouhet, le Comité de sécurité alimentaire mondial de l'Organisation des Nations unies est le lieu le plus adéquat pour discuter agriculture, car toutes les organisations paysannes y sont représentées. « N'imaginons pas un changement global, sans un changement politique », estime Geneviève Savigny, secrétaire nationale de la Confédération paysanne. Elle dénonce une agriculture de plus en plus liée « à l'industrie et à la finance ».

Une agriculture, industrialisée et financiarisée

Le témoignage de Douglas Esteban, membre du Mouvement brésilien des paysans sans terre, sur la mainmise de la production de viande bovine par JBS Friboi, leader mondial dans ce domaine, renforce ce constat. Vinod Raina, vice-président du réseau indien « All India peoples sciences network » insiste, de son côté, sur le fait que la majorité des agriculteurs pratiquent une agriculture vivrière et non une agriculture d'exportation. La volatilité, un des sujets clefs du G20, contribue à appauvrir ces agriculteurs. « Toute l'hypocrisie du G20 est de prôner la régulation mais, dans les faits, de libéraliser les marchés. Le problème du G20, c'est que fondamentalement, il accepte cette volatilité. Il ne remet pas en cause le dogme néo-libéral », estime Aurélie Trouvé. Un dogme qu'elle retrouve dans la prochaine réforme de la PAC qui « libéralise totalement les marchés agricoles sous un vernis de verdissement ».

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