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Acquisition Soufflet reprend Neuhauser

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Attendue depuis des mois, la reprise officielle de Neuhauser par Soufflet est désormais imminente. Après les instances représentatives du personnel (qui ont émis un avis favorable), l'autorité de la concurrence européenne a donné son feu vert à l'opération. Avec cette acquisition, le groupe spécialiste de la collecte, du négoce et de la transformation de céréales, s'offre un développement stratégique vers l'aval dans la boulangerie pâtisserie et la restauration rapide. Le nouvel ensemble dépassera les 5,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

LA reprise de Neuhauser par Soufflet se précise. Ce dernier a annoncé que l'opération avait obtenu un avis favorable de l'Autorité de la concurrence européenne « ouvrant la voie à une concrétisation très prochaine de ce projet, dans lequel la famille Soufflet détiendra une participation majoritaire dans le groupe Neuhauser ». « Alfred Neuhauser a choisi de transmettre son groupe à la famille Soufflet, déjà actionnaire depuis 2011 », précise également le communiqué.

Alors que les rumeurs allaient croissant sur l'acquisition de Neuhauser et même si l'opération n'est pas finalisée – son financement n'est pas encore bouclé – les dernières informations du groupe seront évidemment comprise comme une annonce d'acquisition, notamment par les salariés et les clients, dont certains commençaient peut-être à se poser des questions.

DÉVELOPPEMENT STRATÉGIQUE POUR SOUFFLET

Attendue, la reprise de Neuhauser par Soufflet (que nous avions annoncée dans les colonnes d'Agra Alimentation en septembre dernier) constitue un développement aval stratégique pour le groupe spécialiste de la collecte, du négoce et de la transformation de céréales. Il prend ainsi pied dans la production de boulangerie-viennoiserie-pâtisserie, mais aussi dans la restauration rapide.

BVP ET DISTRIBUTION

Déjà propriétaire de la chaîne allemande Le Crobag, Neuhauser (623 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013) a soufflé Pomme de Pain à Le Duff en novembre 2012. Une opération qui a permis de rapprocher le profil de Neuhauser de certains de ses concurrents les plus frontaux. Le Duff (Bridor, Brioche Dorée, Bruegger's…), Holder (Château Blanc, Paul…) ou encore Vivescia (Délifrance et ses points de vente à l'étranger) sont en effet des acteurs intégrés actifs à la fois dans la production et la restauration rapide.

À l'époque, Le Crobag annonçait 70 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 125 points de vente et Pomme de Pain (cédé par Acto Capital, Groupama Private Equity) 65 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 117 points de vente). Les activités boulangerie-pâtisserie-viennoiserie pâtisserie (BVP) de Neuhauser, qui comptent 18 sites de production, atteignaient pour leur part 430 millions d'euros de chiffre d'affaires, dopées par la reprise de BCS en 2011.

UNE COMPLÉMENTARITÉ ENTRE L'INDUSTRIE ET L'ARTISANAT

Pour Soufflet (4,96 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2013), qui se place parmi les premiers meuniers européens, la boulangerie industrielle est complémentaire de la boulangerie artisanale. « Quand Neuhauser a repris BCS, nous sommes entrés au capital de la société de tête à hauteur de 10 %. Culturellement, nos deux entreprises sont très proches et c'est aussi une question d'entente entre personnes. Leur activité représente un débouché important pour nos farines et cette prise de participation est une extension naturelle de nos métiers vers des secteurs en croissance, expliquait Jean-Michel Soufflet à Agra alimentation en janvier 2013. Il n'y a pas d'opposition avec la boulangerie artisanale, il y a de la place pour les deux marchés. Neuhauser se positionne sur des produits standardisés à faible coût de revient. La boulangerie artisanale doit développer des produits à haute valeur ajoutée, et offrir à ses clients de nouveaux services. Il n'y a pas de place pour les produits moyens. C'est pourquoi, en boulangerie artisanale, nous nous efforçons, avec notre marque Baguépi, de tirer nos clients vers le haut. »

LA BOULANGERIE SURGELÉE EN CROISSANCE

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Le marché de la boulangerie industrielle, notamment surgelée, est porteur. En témoignent les nombreux investissements consentis par les acteurs du secteur : ouverture d'une usine en Thaïlande chez Délifrance, 15 millions d'euros chez Bridor pour une usine à Laval, nouvelle usine Vandemoortele à Saint-Vulbas…

« Le surgelé (en BVP, ndlr) est encore fortement morcelé au niveau européen, il n'y pas de grand leader. C'est un marché en forte croissance, de 2,5 % à 4 % voire 5 % par an. Il fonctionne avec plusieurs réseaux de distribution : la restauration, les points chauds… il y a moyen de créer de la valeur », indiquait Alain Le Floch, directeur général de Vivescia en décembre 2012, à l'occasion de la prise de conrôle intégral de Nutrixo (dont Délifrance) par Siclaé.

UN SECTEUR DYNAMIQUE MAIS SOUS PRESSION

Comme pour d'autres secteurs, l'export et l'international sont des enjeux de taille pour la boulangerie industrielle. Dans une étude réalisée sur l'ensemble du secteur (pain préemballé de type pain de mie inclus), Xerfi souligne la dégradation de la situation financière des entreprises de panification et de viennoiserie, prises en étau entre le niveau élevé des matières premières et la pression de la grande distribution, qui représente plus de la moitié des ventes du secteur « Le taux d'EBE du panel Xerfi de la panification a été divisé par deux entre 2010 (6,9 % du chiffre d'affaires) et 2013 (3,6 %) », souligne l'étude, qui précise que le taux d'export des industriels n'était que de 16 % en 2011.

L'ENJEU DE L'INTERNATIONAL

Mais la proportion des ventes à l'international peut être très élevée pour certains acteurs, dont fait partie Neuhauser, avec la moitié des ses ventes à l'étranger (deux tiers pour Délifrance, plus de 40 % pour Château Blanc). Ces derniers tirent vraisemblablement mieux leur épingle du jeu. Reste à savoir si l'export peut suffire. Délifrance fait en tout cas le choix de l'implantation à l'étranger (au Liban et en Thaïlande), de même que Jacquet-Brossard, qui a lancé une production au Brésil. L'internationalisation concerne également les réseaux de distribution : après les Etats-Unis avec le rachat de Bruegger's, Le Duff se développe en Asie, le groupe Holder déploie Paul et Ladurée à l'international, sans parle de Délifrance, dont tous les points de vente sont à l'étranger.

LES CHIFFRES-CLÉS
Soufflet en 2012/2013

4,96 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont 53 % à l'export Répartition : 38 % agriculture, 31 % négoce, 16 % malterie, 10 % meunerie, 5 % autres (riz et légumes secs, ingrédients, vigne, biotechnologies) 4040 salariés 42 usines

Neuhauser en 2013

623 millions d'euros de chiffres d'affaires en 2013 18 sites de production 250 points de vente en France et en Allemagne

(*source Soufflet)