« Si vraiment l’indépendance alimentaire ainsi comprise était le principe organisateur de notre politique agricole, alors il conviendrait certainement de produire un peu moins de vin et de viande et de réorienter les surfaces ainsi libérées vers des cultures vivrières (maraîchage, fruits, protéines végétales) », analyse une haute fonctionnaire dans une note parue le 14 février dans la revue du cercle de réflexion Terra nova. Elle rappelle que « les boissons alcoolisées n’ont aucune valeur nutritive », et que la mobilisation des terres pour l’élevage est « manifestement disproportionnée si l’on tient compte du rendement nutritionnel final de la chaîne de production ».
Cela permettrait au passage de compenser, grâce également au « progrès technique », la baisse de rendements induite par la transition écologique et le changement climatique. À condition que « les consommateurs modifi (ent) leurs habitudes alimentaires pour aller vers des régimes plus diversifiés, moins riches en protéines animales et en calories, moins transformés et plus de saison ». À l’inverse, elle souligne que les pistes de l’augmentation des rendements (par les intrants) ou des surfaces (minoration des jachères) auraient très peu d’effet sur les volumes de production, et, dans le cas des engrais de synthèse, « plomberait » la balance commerciale.
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Autant d’hypothèses qui reprennent grosso-modo – à l’exception du vin –, la stratégie proposée de longue date par le cabinet Solagro dans ses scénarios Afterres 2050, qui visent à « maintenir une production végétale primaire à un niveau proche de celui d’aujourd’hui en divisant par trois l’ensemble des intrants et rejets négatifs sur l’environnement ». Côté production : division par deux des cheptels, baisse des rendements céréaliers, essor des cultures intermédiaires et des protéagineux. Côté consommation : diminution « des surconsommations » d’un tiers (protéines, gras, sucre), diminution des pertes et gaspillages de 50 %, et inversion du rapport protéine animales/protéines végétales.