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Créations et défaillances Stabilité, pour le moment !, des faillites dans l’agroalimentaire

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Les défaillances d’entreprises ont augmenté dans l’ensemble de l’économie en France, mais dans l’industrie agroalimentaire, la tendance est plutôt stable, quoique à un niveau plus élevé que dans la moyenne française. Depuis le début 2008 la seule accélération du nombre de faillites s’observe dans le secteur de la restauration, selon la dernière étude de Groupama. Mais le constat de l’assureur-crédit s’arrête fin août, à un moment où les entreprises agroalimentaires avaient certes subi le choc des matières premières et de l’énergie mais pas encore, semble-t-il, les effets de la crise du crédit. Mais sur ce que deviendront ces chiffres en fin d’année et surtout en 2009, là le pronostic est plus sombre.

Avec 42 632 défaillances d’entreprises tous secteurs confondus en 2007, un chiffre en hausse de 11 % par rapport à 2006, l’économie française a un taux de sinistre de 1,43 %, lui aussi en hausse. Le nombre total des disparitions d’entreprises remonte en fait à un niveau jamais atteint depuis 1998, explique Groupama dans une étude qui vient d’être réactualisée pour le SIAL. Pourtant, le taux de défaillances reste stable si l’on tient compte de la dynamique des créations (au nombre de 325 500, -0,2 %). Mais le premier semestre de l’année 2008, chahuté par la crise financière et les tendances inflationnistes, pèse déjà lourdement sur la sinistralité qui devrait s’accroître, estime le groupe d’assurance-crédit.

L’industrie alimentaire devient plus vulnérable

En ce qui concerne strictement l’industrie agroalimentaire, que Groupama connaît plus particulièrement pour suivre plus de 90 % de ses entreprises clientes sous l’angle de leur solvabilité, l’année 2007 a vu 934 entreprises mettre la clé sous la porte, soit le même nombre que l’année précédente. Le taux de défaillances, quant à lui, reflue pour s’établir à 1,54 % (contre 1,57 % en 2006) mais demeure très supérieur à celui observé dans l’économie française, et ce depuis le bond qu’on fait les faillites en 2006 (+20 % au second trimestre cette année-là).

« Pour les huit premiers mois de 2008,a révélé Serge Paillaugue, directeur général de Groupama Assurance-crédit, lors d’une conférence au Sial, aucune accélération notable par rapport à la même période de 2007 n’est observée dans les défaillances, hormis dans la restauration. »

Les créations au ralenti

En 2007, pour la seconde année consécutive, la dynamique de créations d’entreprises marque le pas dans les secteurs agroalimentaires. Ainsi, en 2006, il y avait – toujours sur la base des chiffres de l’Insee – 5 814 nouvelles entreprises agroalimentaires, en 2007 elles ne sont plus que 5 407.

Plusieurs raisons se sont conjuguées qui ont eu raison de la survie de certaines entreprises en 2007 et début 2008, a rappelé Serge Paillaugue : l’explosion des prix de certaines matières premières agricoles et de l’énergie, ce qui a pu laisser des traces dans certains comptes d’exploitation ; la parité euro/dollar a constitué un vrai handicap ces derniers mois pour les exportations sur les zones concernées ; le décalage temporel entre l’évolution des prix de revient et leur répercussion sur le prix de vente constitue un réel problème pour l’industrie agroalimentaire.

Les clients dans la tourmente

L’aval de la filière (détaillants, distribution, restaurants, cafés...), confronté à une contraction de la demande, traverse une période agitée : forte hausse de la sinistralité – un taux de défaillances de 1,91 % en 2007 contre 1,77 % un an auparavant – et recul sensible des créations – elles passent de près de 49 000 en 2006 à 32 000 un an après.

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Des filières plus exposées que les autres

Parmi les filières industrielles, ce sont celles des céréales, de la viande, des boissons et du lait qui connaissent les évolutions les plus défavorables. Toutefois, ces deux dernières restent en deçà de la moyenne de l’agroalimentaire, ce que traduit le nombre de leurs défaillances. Les secteurs de la viande accumulent depuis de nombreuses années de mauvais résultats (enchaînement de la crise aviaire, de la flambée des céréales et du porc, baisse générale des marges des transformateurs bovins, avec une contraction de la ressource, rétablissement trop tardif, fin 2007, de la filière veau). La situation des filières céréales et lait persiste à se dégrader même si pour l’heure leur vulnérabilité est moindre.

Autant le trading de céréales a connu une année exceptionnellement bonne du fait de l’envolée des cours, autant la meunerie a vu ses marges laminées, souligne Serge Paillaugue. La malterie a connu une campagne très favorable, mais dans un contexte de pénurie relative de malt qui a provoqué une certaine fièvre chez les brasseurs, et la biscuiterie a souffert des prix des céréales et du beurre qui ont grevé les comptes d’exploitation.

Dans le lait de consommation, la restructuration a du s’accélérer, après des faillites importantes en 2007 (Toury) et à un rythme inconnu depuis longtemps ; dans le fromage, la contrainte des coûts a obligé aussi à restructurer et la contrainte des prix a plus particulièrement exposé cette filière à la baisse du pouvoir d’achat ; pour le beurre, l’année exceptionnellement bonne en 2007 a été suivie d’un retournement d’autant plus violent en 2008. Au total, même s’il reste en-deçà de la moyenne, le rythme des faillites dans le secteur laitier s’est fortement accéléré en 2007 et la situation actuelle est encore plus préoccupante avec un prix du lait resté élevé et des cours qui, pour le beurre et les poudres, s’effondrent.

Sans surprise, les activités les plus fragiles sont quand même la restauration, les produits de la mer et le commerce de gros alimentaire. Néanmoins, elles stabilisent leur sinistralité.

Des risques liés à la LME

Début 2009, la loi de modernisation de l’économie (LME) entrera complètement en application, avec pour conséquence, en principe, la clarification des relations industriels/distribution. Il s’agit certes d’apporter davantage de concurrence mais aussi de l’encadrer et les industriels demeurent plus que jamais circonspects au sujet de l’application des nouvelles dispositions, en particulier pour son volet délais de paiement qui devra s’appliquer au 1 er janvier prochain.

Au total, l'agroalimentaire résiste pour l'heure à la conjoncture générale parce que c'est une activité moins cyclique que les autres, selon Groupama, et que l'on ne substitue guère d'autres matières premières aux céréales, à la viande ou au lait pour nourrir les hommes et les animaux. De plus, si la demande mondiale a compensé l'atonie du marché intérieur, demain la production peut avoir du mal à suivre. Il faudra, de toute façon, adapter l'offre pour redonner du pouvoir d'achat au consommateur en temps de crise.