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Star du bio, l’œuf atteint ses limites

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Produit phare de la bio dans les supermarchés, les œufs voient leurs ventes reculer sur un an. Au-delà de la crise de pouvoir d’achat, les professionnels pointent notamment le nouveau règlement bio.

« Nous notons un fort ralentissement de la demande en œufs bio, jusqu’à observer une diminution ces dernières semaines », a résumé le président de l’interprofession de l’œuf (CNPO) Yves Marie Beaudet, lors d’une conférence de presse le 5 octobre. Un freinage qui peut surprendre, pour un produit très dynamique depuis plusieurs années (20,8 % des achats d’œufs en 2022), et souvent utilisé comme tête de gondole dans les supermarchés.

« La demande avait explosé, et les projets se sont multipliés », rappelle Jean-Christophe Rodallec, président de la commission œuf du Synalaf. Nombreux furent notamment les éleveurs de poules en cages – dont le marché est en décroissance – à se convertir à la bio. Selon les chiffres de l’Agence bio, le nombre de poules pondeuses en France a presque doublé en cinq ans, en passant de 5 millions à 9,6 millions d’animaux.

Mais à en croire les acteurs du secteur, les premiers signes d’une « bulle » de l’œuf bio se seraient manifestés dès 2019. « En 2020, le Covid a ensuite masqué ce que nous commencions à suspecter : une éventuelle limite de la consommation », analyse Jean-Christophe Rodallec, président de la commission œuf du Synalaf. La crainte est aujourd’hui avérée. Selon Franck Darteil, acheteur chez Carrefour, et représentant de la FCD (distributeurs) au sein de l’interprofession, le panéliste Iri annonçait des ventes d’œufs bio en recul de 6 % sur un an à la fin août.

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Un million de poules déclassées

Résultat de cette conjoncture inédite : près d’un million de poules pondeuses bio ont été déclassées du bio au plein air en 2021, selon le Synalaf (syndicat des labels avicoles). Au total en 2022, les effectifs devraient rester stables, « puisque la plupart des opérateurs semblent avoir arrêté le développement de bâtiments », selon Jean-Christophe Rodallec.

Le principal risque désormais pour la filière serait l’augmentation des coûts de production. « Avec le nouveau règlement bio, le prix a décroché des autres types d’œufs en rayon », analyse Thomas Bartlett, secrétaire général du Snipo. En plus de la hausse des cours de l’aliment, les éleveurs doivent également répercuter les investissements liés à cette révision qui impose notamment un accès à l’air libre pour les jeunes poulettes, ainsi qu’une alimentation entièrement bio, là où le précédent cahier des charges prévoyait seulement 95 %.

Pour certaines marques nationales, illustre Christophe Rodallec, le prix à la pièce est déjà passé de 35 à 50 centimes par œuf, soit une hausse de 40 %. Une explosion du ticket de caisse qui, craint-il, pourrait peser sur la consommation.

« Avec le nouveau règlement bio, le prix a décroché des autres types d’œufs »