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Stéphane Le Foll multiplie les engagements auprès des éleveurs de  bovins

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Stéphane Le Foll était très attendu à l’assemblée générale de la Fédération nationale bovine, à Bourg-en-Bresse, le 3 février. Il a répondu par des engagements à un président du syndicat, Jean-Pierre Fleury, très revendicatif. Tous, y compris Xavier Beulin, ont abordé la question de l’Europe et évoqué un certain scepticisme.

Futur décret pour permettre aux éleveurs de contester le classement de la carcasse de leurs animaux à l’abattoir et donc du prix, mise en place du nouveau dispositif de cotation par FranceAgrimer pour février, poursuite des négociations avec la Turquie pour reprendre les exportations de broutards, relèvement du seuil ICPE (1) à 800 bovins au lieu de 400 avant enquête publique, basculement du CICE (2) vers des baisses de cotisations sociales pour 2017, etc., Stéphane Le Foll a répondu point par point aux revendications de la Fédération nationale bovine (FNB) par des engagements. Lors de l’assemblée générale du syndicat, le 3 février, il s’est fait huer à plusieurs reprises, acceptant cependant ces « interpellations » comme il les a lui-même qualifiées. « J’en ai l’habitude, mais cela ne m’empêchera pas de continuer ! », s’est-il exclamé. Il a abordé la question de la méthanisation et celle du coût du raccordement aux réseaux EDF dans le cadre de l’exploitation des panneaux photovoltaïque. « Cela nécessitera des arbitrages entre ministères » de l’Agriculture et de l’Écologie, selon lui. Au sujet de la sécheresse, il s’est là encore engagé à ce que les zones non reconnues en calamités agricoles, Auvergne et Limousin notamment, malgré les constats du terrain, le soient au 15 février prochain. Concernant la stratégie vaccinale pour la fièvre catarrhale ovine, « il faudra organiser rapidement le dispatching des vaccins », afin de « garder nos marchés, c’est ça l’enjeu ! », explique-t-il.

Xavier Beulin ignore Stéphane Le Foll

Stéphane Le Foll reste très calme face à un discours de Jean-Pierre Fleury, président de la FNB, très revendicatif : « Vous êtes responsable en tant que ministre de la situation », « Ça urge Monsieur le Ministre », « Votre arrêté relève d’un accouchement par césarienne ! », etc. De son côté, Xavier Beulin, président de la FNSEA ignorera le ministre dans son discours de clôture, le 4 février. Il ne le citera pas une fois et ne fera nullement référence à son travail, préférant parler de ses rendez-vous avec le « chef de l’Etat ». Stéphane Le Foll s’est également vu recevoir un millefeuille de la part des jeunes agriculteurs de l’Ain, qui ont voulu dénoncer « le millefeuille administratif » qui accompagne l’agriculture aujourd’hui, accompagné d’un réveil car « il faudrait peut-être se réveiller au niveau du gouvernement », précise un responsable JA. Dans la salle les commentaires vont bon train : « il faudra se serrer la ceinture encore un an », « il dort toujours Le Foll », « incompétence de l’Europe ». Et c’est effectivement l’Europe qui se profile au travers des débats sur le prix. « Je pense que les fondamentaux de l’Europe sont en train de tomber », entame Jean-Pierre Fleury dans son discours de clôture, le 4 février.

L’Europe remise en cause

Xavier Beulin évoquait une Europe où il est « difficile de faire cohabiter 28 états membres », une Europe avec son « dumping social et fiscal », une Europe où « la PAC ne répond plus ou insuffisamment » aux problématiques agricoles. Il note que l’Allemagne, plutôt libérale, commence aussi à changer de position, face à un Phil Hogan qui a longtemps nié la crise agricole. Entre « ce qui se passe avec la Grande-Bretagne », l’Italie, la Grèce, la Pologne, le terrorisme, « l’Europe est à la croisée de chemins particulièrement dangereux », s’inquiète Stéphane Le Foll. Il devait déposer le 4 février un mémorandum afin que « l’Europe prenne la juste mesure des choses » quant au sujet de l’agriculture. Il y fait également des propositions. « Il est temps sur ce sujet d’avoir des initiatives », observait-il.

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(1) ICPE : Installations classées pour la protection de l’environnement

(2) CICE : Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi

« L’affrontement systématique nous fait perdre du temps », estime Jérôme Bédier (Carrefour)

« L’affrontement systématique nous fait perdre du temps », a estimé Jérôme Bédier, directeur délégué et secrétaire général de Carrefour face aux questions et constats des éleveurs. Il était présent à la table ronde intitulée « le prix producteur au cœur des nouvelles relations commerciales », organisé le 4 février pour le congrès de la Fédération nationale bovine, tout comme Gilles Gauthier président de la Fédération nationale de l’industrie et des commerces en gros des viandes (FNICGV). Selon Jérôme Bédier, « je pense qu’on ne trouvera pas la solution si on ne se comprend pas un peu mieux. C’est pour cela que je suis là ». Face aux interpellations des éleveurs, il constate : « On voit très bien votre impatience. On nous prête beaucoup de pouvoirs. On se bat déjà avec nos salariés dans un contexte assez dur. L’avenir des filières agro-alimentaires, ce n’est pas le prix le plus bas ». Jean-Paul Bigard, directeur général du groupe Bigard, a refusé de participer à la table ronde. Les membres de cette dernière sont tombés d’accord pour se remettre au travail, même hors interprofession.