Le ministre de l'Agriculture a présenté le 16 décembre un plan de développement des protéines végétales en France. Objectif : réduire la facture des importations de soja. Mais il s'agit aussi de renforcer l'autonomie fourragère des élevages sur la base de légumineuses et non de maïs fourrage complémenté de soja. Les réactions sont mitigées.
C'est un marathon. Non pas de 42 km mais de 42 ans. Depuis le grand embargo des États-Unis sur le soja en 1973, la France cherche désespérément à mettre fin à sa dépendance en matière de protéines végétales pour l'alimentation animale. Ministre après ministre, chacun, ou presque y est allé de son plan protéines. Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture a lancé, à son tour, son plan de reconquête pour ce secteur coûteux en devises. Bon an mal an, la France ne couvrirait que 60% de ses besoins en protéines végétales. L'Europe, elle, ne couvre qu'à peine un tiers de ses besoins. Ce qui donne aussi la mesure du marché qui pourrait profiter aux productions françaises si elles se développaient vraiment.
Le plan Le Foll de reconquête protéique a-t-il une plus grande chance de réussite que ses prédécesseurs ? Il a en tout cas quelques atouts supplémentaires. D'une part, il va profiter d'un budget européen conséquent. Le plan est notamment fondé sur l'utilisation d'aides couplées rendues possibles par la nouvelle Politique agricole commune. 49 millions d'euros permettront de donner des primes à l'hectare pour la production de cultures riches en protéines (pois, féveroles, lupin, soja etc.) ; 98 millions d'euros permettront de primer les efforts des éleveurs pour assurer leur autonomie fourragère. Cette aide profitera essentiellement aux éleveurs de ruminants. Elle ira de 100 à 150 euros l'hectare et pourra aussi être versée à des agriculteurs qui produisent des légumineuses fourragères pour un éleveur, dans le cadre d'un contrat. L'idée est d'inciter les éleveurs à produire leur propres plantes fourragères (légumineuses ou associations légumineuses/graminées) pour réduire l'achat d'aliments concentrés mais aussi, selon le ministère, « réduire les surfaces de maïs ensilage ». Stéphane Le Foll encourage aussi les éleveurs à s'associer dans ce but en GIEE (groupement d'intérêt économique et écologique) créés par la loi d'avenir et permettant à plusieurs exploitants de se regrouper sur un projet.
Soutiens couplés
À ces aides couplées s'ajoutent les soutiens prévus par ailleurs par la nouvelle Politique agricole commune : 1. le « paiement vert » qui est attribué pour la diversité des assolements, les prairies permanentes et les surfaces d'intérêt écologique. 2. Les mesures agroenvironnementales climat (MAEC) qui impliquent notamment la présence de légumineuses et des contraintes de diversité dans l'assolement. De plus, pour les éleveurs, une MAEC polyculture élevage est prévue, impliquant une part minimale d'herbe dans la SAU et une part maximale de maïs fourrage ainsi qu'une limitation de l'utilisation d'aliments concentrés. Enfin, le plan de compétitivité et d'adaptation des élevages, prévu par ailleurs, devrait aussi être orienté vers une plus grande autonomie alimentaire de ceux-ci.
Si l'objectif consistant à réduire la facture des importations de soja fait l'objet d'un consensus, ce n'est pas le cas pour les moyens d'y parvenir. En privilégiant les soutiens à l'autonomie des élevages, via notamment des légumineuses fourragères, Stéphane Le Foll renonce à l'encouragement maximal de filières industrielles, fondées sur la production exclusive de plantes riches en protéines. Il mise sur la capacité des élevages à investir dans des pratiques qui seront, de plus, en cohérence avec l'agroécologie. En présentant son plan protéines, Stéphane Le Foll citait à loisir le développement possible, dans l'Ouest du pays, de méteil (mélange de céréales et plantes riches en protéines) qui pourrait entrer dans les rations des animaux d'élevage. Et puis, les légumineuses qu'il cherche à promouvoir ont l'immense intérêt de fixer l'azote de l'air.
Réduire le maïs fourrage
Une telle stratégie n'a pas manqué, cependant, de susciter les critiques de la Fop (Fédération des producteurs d'oléoprotéagineux) dont les adhérents sont, au contraire, partisans d'une autre stratégie, celle d'une filière industrielle fondée essentiellement sur la production et la transformation de plantes riches en protéines. Ils considèrent comme une erreur la répartition des aides couplées (49 M€ - 98M€) entre les filières protéagineuses et les éleveurs. Prudent tout de même, le ministère de l'Agriculture promet qu'il y aura « fongibilité » entre les deux budgets. Si l'un n'est pas complètement consommé, le reliquat pourra service à l'autre filière.
Au sein même des élevages, le ministre de l'Agriculture prend une option qui tranche avec les politiques antérieures. « L'objectif de cette aide est que les éleveurs produisent eux-mêmes des plantes fourragères riches en protéines pour équilibrer les rations alimentaires et réduisent en contrepartie l'achat d'aliments concentrés en protéines (tourteaux) et les surfaces en maïs ensilage ». Le motif : pour des raisons de valeur alimentaire (énergie+protéine), le tourteau de soja a toujours été un important complément alimentaire du maïs. Ce qu'on appelle le « complexe maïs-soja » a été une des raisons du développement des importations de soja. Mais, procédant ainsi, Stéphane Le Foll remet en question des générations d'élevages fondés sur le maïs fourrage et une importante industrie d'alimentation animale, en particulier dans l'ouest de la France.
Les semenciers positifs
Reste, cependant à pouvoir disposer des espèces suffisamment intéressantes. Une aide de 4 millions d'euros est également prévue pour la production de semences de légumineuses fourragères améliorées. 0,5 million d'euros seront également consacrés à la production de semences de graminées. Les semenciers (Gnis), qui ont réagi positivement à ce plan, se sont engagés à développer ces semences sans demander la mise en place de cotisations nouvelles de manière à éviter que les éleveurs paient un surcoût pour ces recherches. Parallèlement, les moyens interprofessionnels devraient être rassemblés avec le regroupement annoncé en CSO (Conseil supérieur d'orientation) le 16 décembre, des interprofessions Onidol (oléagineux) et Unip (protéagineux). Qu'il s'agisse de la recherche ou des actions de développement, formation ou promotion l'idée est de recherche le maximum de coordination. Une réflexion globale aura lieu avec les professionnels au sein des conseils spécialisés de FranceAgriMer. Même si, dans un premier temps, les réactions des professionnels des grandes cultures sont plutôt… critiques.
49 millions d'euros pour les protéines végétales
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Cette aide devrait représenter entre 100 et 200 euros par ha pour les protéagineux et entre 100 et 150 euros pour la luzerne déshydratée. 35 M€ seront affectés en principe aux protéagineux (pois, lupins, féveroles), 6M€ au soja, et 8 M€ pour les légumineuses destinées à la déshydratation.
98 millions d'euros pour l'autonomie fourragère des élevages
Ce budget sera consacré à soutenir la production de légumineuses fourragères dans les élevage d'au moins 5 UGB. L'aide pourra être octroyée à des agriculteurs qui produisent des légumineuses fourragères pour un éleveur, dans le cadre d'un contrat direct entre eux. Cette aide variera entre 100 et 150€ l'ha. Selon un document du ministère de l'Agriculture, « l'objectif de cette aide est que les éleveurs produisent eux-mêmes des plantes fourragères riches en protéines pour équilibrer les rations alimentaires et réduisent en contrepartie l'achat d'aliments concentrés en protéines (tourteaux) et les surfaces en maïs ensilage. »
L'AGPM fustige l'objectif de réduction des surfaces en maïs fourrage
Réagissant à la présentation, le 16 décembre, du Plan protéines végétales pour la France, l'Association des producteurs de maïs (AGPM) dénonce l'incitation à réduire les surfaces en maïs fourrage. « A quel titre la réduction des surfaces de maïs doit-elle être l'objectif d'une agriculture agroécologique ? », interroge un communiqué du 17 décembre. L'AGPM défend l'idée selon laquelle l'autonomie fourragère des exploitations « passe surtout » par le maïs. « Cessons d'opposer les cultures et laissons les éleveurs bovins gérer, en responsabilité, leurs systèmes d'exploitation. Ils connaissent toutes les qualités du maïs et apprécient la sécurité qu'il apporte à la durabilité de leurs élevages. »
La Fop regrette le « manque d'ambition » du Plan protéines végétales
La Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (Fop) réserve un accueil mitigé au Plan protéines végétales, y voyant un « déséquilibre notoire dans la répartition des soutiens entre le secteur animal et végétal ». « Le danger est grand de ne pas encourager les protéagineux dans les zones traditionnelles de grandes cultures », selon un communiqué le 17 décembre. Concernant la mise en valeur des MAEC (mesures agroenvironnementales et climatiques), la Fop « doute à la fois de leur applicabilité réelle (MAEC Grandes cultures) et de leur caractère novateur (MAEC Introduction d'une légumineuse dans les systèmes irrigués) ».
Un plan protéine « sans ambition » pour la Coordination rurale
« Si l'intérêt agronomique de cultiver les protéines en France est incontestable, il apparaît que (…) cet énième plan de relance ne sera pas plus efficace que les précédents », lancent la Coordination rurale et l'organisation des producteurs de grains (OPG) suite à l'annonce du plan protéine par le ministère de l'Agriculture le 16 décembre. Pour les syndicats, c'est une « enveloppe (d'aides couplées) fermée » qui est une fois de plus proposée et ils auraient aimé que l'accent soit mis sur « la voie qualitative » de la culture protéique sans OGM.
Plan protéines : « un soutien bienvenu » à la filière des semences fourragères (Gnis)
Le Gnis (interprofession des semences) salue le plan protéines végétales, dont une aide de 4,5 M d'euros aux productions de semences de légumineuses fourragères et de graminées « permettra de redonner de la compétitivité à ce secteur » et de mettre à disposition, « dans de meilleures conditions », les variétés créées par les sélectionneurs, selon un communiqué le 16 décembre. Dans le cadre de la négociation des accords interprofessionnels sur les semences de ferme, les sélectionneurs de variétés fourragères se sont engagés à prendre en compte cette aide « pour faire en sorte que l'accès au progrès génétique des éleveurs utilisant des semences de ferme ne génère aucun coût », d'après le Gnis.