Les différents acteurs de la scène européenne se sont finalement mis d’accord pour octroyer un milliard d’euros aux pays en développement pour faire face à la crise alimentaire. Ces crédits, qui seront prélevés en 2008, 2009 et 2010 sur le budget européen, viendront s’ajouter aux 800 millions d’euros disponibles pour 2008-2009 pour l’aide humanitaire et les crises d’urgence. Ce compromis a été qualifié « d’acceptable » par le Parlement européen qui déplore que les Etats membres donnent des milliards pour sauver les banques mais éprouvent les pires difficultés à réunir de l’argent pour sauver les pays en développement.
Contrairement à ce qui avait été initialement prévu, les fonds ne seront pas prélevés sur les crédits de la Pac mais proviendront d’autres rubriques du budget européen (instrument de flexibilité, réserve d’aide d’urgence et relations extérieures). Ce milliard d’euros sera accordé à un nombre limité de pays en fonction de critères liés à la pauvreté, aux besoins des populations ainsi qu’à l’évolution des prix des denrées. La priorité va être donnée à des mesures destinées à améliorer l’accès aux intrants et services agricoles, y compris les engrais et les semences.
Cette aide d’urgence « devrait s’inscrire dans le cadre d’une stratégie à long terme visant à contribuer à la sécurité alimentaire dans les pays en développement, en fonction de leurs propres besoins et de leurs propres plans », indique le Parlement dans un rapport de Gay Mitchell (PPE-DE, Irlande).
De son côté, la commission de l’agriculture du Parlement estime que les investissements doivent être renforcés dans l’agriculture, en particulier pour garantir la disponibilité de stocks mondiaux suffisants. En l’espace de deux ans, les prix mondiaux des denrées ont augmenté de plus de 80% en moyenne tandis que les stocks de céréales atteignaient le niveau historiquement faible et préoccupant de 40 jours de réserve en 2008, note le rapport d’initiative de Mairead McGuinness (PPE-DE, UK) adopté le 8 décembre à l’unanimité. Pour la commission de l’agriculture, l’UE doit prendre l’initiative de proposer à la fois un système global d’inventaire des stocks alimentaires, la création d’une obligation de garantir la disponibilité de denrées au niveau mondial et l’amélioration des systèmes de stockage des intrants agricoles essentiels (semences, engrais, pesticides, etc.) dans les pays en développement.
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Les députés agricoles soulignent, par ailleurs, la nécessité d’accords internationaux et régionaux pour garantir que les cultures énergétiques ne mettent pas en danger la sécurité alimentaire, et demandent un engagement ferme de l’UE à privilégier les biocarburants de deuxième génération.
40 millions de sous-alimentés supplémentaires dans le monde
Selon la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), 40 millions de personnes supplémentaires ont rejoint cette année les rangs des sous-alimentés de la planète du fait principalement de la hausse des prix des denrées, ce qui porte le nombre d’affamés dans le monde à 963 millions, contre 923 millions en 2007. « Les prix des denrées alimentaires ont chuté depuis le début de l’année, mais cela n’a pas mis fin à la crise alimentaire dans beaucoup de pays pauvres », avertit cette organisation. Les prix des principales céréales ont chuté de plus de moitié par rapport aux sommets atteints début 2008, mais ils restent élevés comparés aux niveaux des années précédentes. Bien qu’il ait fortement baissé au cours des derniers mois, l’indice FAO des prix des denrées alimentaires était, en octobre 2008, toujours plus haut de 28 % par rapport à son niveau d’octobre 2006. L’écart entre pays riches et pays pauvres s’accroît, déplore la FAO qui estime à au moins 10 % la hausse de la production céréalière dans les pays développés et à moins de 1 % dans le tiers monde. « Si le recul des prix et les restrictions sur le crédit associés à la crise économique devaient forcer les paysans à réduire les surfaces plantées, un nouveau cycle dramatique affectant les prix des denrées alimentaires pourrait se déclencher l’an prochain », a averti M. Ghanem M. Hafez Ghanem, sous-directeur général de la FAO, lors de la présentation du rapport annuel de l’Organisation.