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Changement climatique Strasbourg prône une politique très ambitieuse, y compris pour l’agriculture

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Alors que Bruxelles prépare d’ores et déjà la prochaine conférence de l’Onu sur le changement climatique, en décembre à Copenhague, le Parlement européen plaide pour une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre encore plus ambitieuse que celle décidée par les Vingt-sept. Selon les députés, des objectifs de réduction de ces émissions devraient être définis spécifiquement pour l’agriculture.

Dans une communication transmise le 28 janvier aux Vingt-sept et au Parlement européen, la Commission de Bruxelles énumère les mesures que devraient, selon elle, prendre les pays industrialisés et en développement au titre d’un nouvel accord qui sera conclu en principe lors de la conférence des Nations unies sur le changement climatique en décembre 2009 à Copenhague.

Les pays développés, y compris les Etats membres de l’UE, devront, estime la Commission, jouer un rôle pilote dans le déploiement de nouvelles technologies et s’engager à respecter des objectifs stricts et contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre (environ 30 % en moyenne d’ici à 2020), en prévoyant une contribution plus importante des pays riches et énergivores et en tenant compte des mesures déjà prises ainsi que des tendances démographiques.

Objectif 30% en 2020 en cas d’accord international

De leur côté, les pays en développement devront, selon Bruxelles, définir des stratégies en vue de freiner l’augmentation de leurs émissions, en faisant en sorte que les pays plus avancés contribuent davantage à la maîtrise des émissions que les pays moins avancés, et prendre des mesures concrètes, avec le soutien financier et technique des pays développés, par l’intermédiaire d’un mécanisme international.

L’UE s’est déjà engagée à réduire ses émissions d’au moins 20% par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2020. Elle est disposée à porter cet objectif à 30% si un accord international équitable et efficace est conclu à Copenhague.

Adoptée en décembre dernier, la législation communautaire élaborée pour parvenir à cette diminution des émissions de gaz à effet de serre prévoit également 20% d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie d’ici 2020 et précise que les biocarburants, mais aussi l’électricité « verte » (voitures électriques et trains) et l’hydrogène, devront représenter au moins 10% de la consommation des transports Voir n° 3181 du 15/12/08 et n° 3182 du 22/12/08.

Objectif 80% en 2050

Le Parlement européen a adopté le 4 février un rapport qui, rassemblant les recommandations finales de la commission temporaire sur le changement climatique qu’il a créée en avril 2007, plaide pour un objectif à moyen terme de réduction de 25 à 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990, tant dans l’UE que dans les autres pays industrialisés. Les députés militent aussi pour un objectif de réduction à long terme d’au minimum 80% d’ici à 2050, toujours par rapport à 1990.

Elaboré par le démocrate-chrétien allemand Karl-Heinz Florenz et adopté en plénière par 570 voix contre 78 et 24 abstentions, ce rapport d’initiative dresse un large éventail des mesures qui, de l’avis des parlementaires, devront être prises dans de nombreux domaines, notamment l’énergie, les biocarburants, l’efficacité énergétique, l’agriculture et l’élevage, les forêts, la protection des sols, la gestion de l’eau, la gestion des déchets et des ressources.

Parmi ces dispositions, les députés demandent à la Commission de Bruxelles d’envisager de définir des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre par le secteur agricole.

Ils estiment aussi que l’UE devrait créer une communauté européenne de l’énergie renouvelable et que devraient être institués un Fonds européen pour le climat ou des fonds nationaux équivalents.

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Les agriculteurs veulent que leur rôle soit reconnu

Le rôle particulier de l’agriculture n’est pas assez mis en évidence par le rapport de la commission temporaire du Parlement européen sur la lutte contre les réchauffement climatique, estiment les organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) dans une lettre adressée aux députés.

Selon elles, le fait que les agriculteurs européens soient « les premiers à ressentir les conséquences du changement climatique » devrait être « reconnu de manière explicite ».

De même, poursuit le Copa-Cogeca, si l’agriculture contribue effectivement aux émissions de gaz à effet de serre, elle peut également « contribuer de manière substantielle » à les réduire grâce à la production de bioénergie.

L’agriculture est, de plus, « en mesure de fournir des possibilités efficaces d’atténuation » de ces émissions, ajoutent les organisations professionnelles : maintien de systèmes basés sur le pâturage permanent, modification du régime alimentaire des animaux, meilleure gestion du fumier, etc.

« Enfin et surtout », insiste le Copa-Cogeca, « l’agriculture et la sylviculture sont les seuls secteurs de production capables de piéger le carbone dans les sols et la biomasse, ce qui représente un potentiel supplémentaire de réduction des émissions de dioxyde de carbone ».

Objectif 60% pour les énergies renouvelables en 2050

Le Parlement européen a aussi voté le 3 février, à une large majorité, un rapport d’initiative de la libérale française Anne Laperrouze sur la stratégie énergétique de l’UE appelant les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept à adopter des objectifs ambitieux pour 2050 en matière de lutte contre le changement climatique.

Les députés suggèrent ainsi de parvenir, à cette échéance, à une réduction d’au moins 80% des émissions de gaz à effet de serre, comme le prévoit le rapport de la commission temporaire, et à une part de 60% d’énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie.

Zones de nature vierge et changement climatique

La protection des zones de nature vierge doit être une priorité de la Commission de Bruxelles dans sa stratégie contre le changement climatique, selon un rapport d’initiative du socialiste hongrois Gyula Hegyi également voté le 3 février par le Parlement européen. Les députés soulignent en outre la nécessité de mener des politiques plus cohérentes entre différents secteurs, comme l’agriculture et l’énergie, dans le but de ne pas compromettre les objectifs de conservation du réseau Natura 2000.

Ils remarquent à ce propos que le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) est insuffisant pour financer la protection de la biodiversité et des zones de nature vierge.