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Sucre : Bruxelles s’en tient à « l’autorégulation » du marché

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La Commission européenne ne compte pas intervenir sur le marché du sucre, un secteur qui doit apprendre « l’autorégulation ». Elle n’a pas l’intention de déclencher l’aide au stockage privé, comme le réclame notamment l’Italie.

La Commission de Bruxelles ne juge pas approprié de déclencher des mesures urgentes de soutien du secteur du sucre, comme l’a demandé le 15 octobre l’Italie, soutenue par une demi-douzaine d’États membres (Grèce, Espagne, Hongrie, Pologne…), lors du Conseil de l’UE à Luxembourg. « L’activation de l’aide au stockage privé enverrait un mauvais signal et affaiblirait sérieusement l’incitation à l’autorégulation », un an après l’abolition des quotas, a notamment déclaré aux ministres le commissaire européen Phil Hogan.

« Pas de reprise rapide »

Citant les derniers chiffres officiels de la Commission, l’Italie a souligné que le prix moyen du sucre dans l’UE se situe au niveau très bas de 346 €/t, « jamais atteint jusque-là », soit 14 % au-dessous du seuil de prix de référence de 404 €/t et une chute de 30 % sur douze mois.

Durant la première campagne post-quotas, les prix ont baissé très significativement, essentiellement « du fait de l’augmentation de la production dans l’UE et de la chute des cours mondiaux », a constaté Phil Hogan.

La production de sucre de l’UE pour 2018-2019 est prévue à environ 19 millions de tonnes, contre un peu plus de 21 Mt l’année dernière, a noté le commissaire européen. Cette réduction de 9 %, résultant des conditions météorologiques défavorables qui pèsent sur les rendements, devrait « aider à réduire la pression sur le marché », a-t-il ajouté, mais les exportations « deviendront aussi moins attractives » et les stocks resteront élevés. Il est donc « peu probable que le marché de l’UE connaisse une reprise rapide ».

… mais « un signal important et positif » du secteur

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Phil Hogan a également souligné que, « en guise de réaction à la situation actuelle – production accrue et prix plus bas –, les parties prenantes aux Pays-Bas, en France et au Royaume-Uni ont annoncé des réductions de superficie pour la campagne 2019-2020 ». C’est, selon lui, « un signal important et positif montrant que le secteur a commencé à s’adapter aux forces du marché ».

« Quand la Commission réagira-t-elle ? », ont demandé les fabricants de sucre européens (CEFS), commentant les propos du commissaire européen à Luxembourg. Ils affirment que « la crise sur le marché de l’UE est en grande partie la conséquence des subventions et du dumping de pays tiers », allusion à l’Inde, à la Thaïlande et au Pakistan.

Pour sa part, l’organisation agricole italienne Coldiretti a pointé du doigt les « colosses » allemand et français du secteur — Südzucker, Cristal, Union et Tereos — qui « ont la main sur 82,3 % du marché national » du sucre et vont « probablement éliminer la production Made in Italy ».

Développement rural et recherche

Plusieurs mesures au titre de la politique de développement rural pourraient être utilisées pour améliorer la compétitivité des exploitations et développer de nouveaux marchés pour les producteurs de betterave, a par ailleurs affirmé Phil Hogan, dont les services sont « prêts à traiter rapidement » les amendements que les États membres pourraient apporter à leurs programmes nationaux pour accompagner l’évolution du secteur du sucre.

Autre domaine de travail potentiel, selon lui : mettre à profit le potentiel de la Pac en matière de recherche et innovation, « en particulier pour s’adapter aux nouvelles exigences réglementaires, dont l’interdiction de certains produits de protection des récoltes ».