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Sucre : la filière s’inquiète du retour des négociations avec l’Inde

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Si la reprise des discussions commerciales UE/Inde ravit le secteur européen des boissons alcoolisées qui y voit un marché d’avenir, la filière sucre alerte, de son côté, face aux conséquences négatives d’un accord de libre-échange avec un mastodonte de l’exportation aux normes qui divergent de celle de l’UE.

Dans un contexte géopolitique complexe, la volonté annoncée de l’UE et de l’Inde de conclure les négociations commerciales en 2025, exprimée lors de la visite du Collège des commissaires à New Delhi les 27 et 28 février, inquiète la filière sucrière du Vieux Continent. Et les discussions techniques, qui ont repris à Bruxelles au cours de la semaine du 10 au 14 mars, ne devraient pas arranger la situation. Dans un communiqué conjoint publié le 6 mars, l’association européenne des industriels du sucre (CEFS) et la confédération internationale des betteraviers (CIBE) expriment leur opposition à « toute concession supplémentaire sur les importations de sucre en provenance d’Inde ». Il faut dire que l’Inde est le deuxième producteur et le troisième exportateur mondial de sucre.

Lire aussi : Sucre : l’Inde fait appel de la décision de l’OMC

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Pour justifier leur position, ces deux organisations mettent en avant une filière sucrière indienne « lourdement subventionnée » dont le régime a été condamné à plusieurs reprises à l’OMC pour distorsion des marchés mondiaux du sucre. Au-delà des problématiques de marché, se pose également la question du manque de transparence dans le processus d’autorisation et d’utilisation des pesticides. Selon la CIBE, « les agriculteurs indiens peuvent utiliser au moins 130 substances actives qui ne sont pas approuvés dans l’UE », et parmi elles, « au moins 40 peuvent être utilisés pour la culture de la canne à sucre ».

Hyperglycémie

« Un accès au marché additionnel pour le sucre indien mettrait de l’huile sur le feu », analyse Marie-Christine Ribera, directrice générale du CEFS, alors que les prix du sucre blanc ont baissé de 35 % en un an dans l’UE. « Notre secteur ne peut pas continuer à être affecté négativement par des concessions commerciales accordées à des partenaires qui, de toute évidence, ne respectent pas les règles de l’OMC et qui ont des normes de productions trop éloignées des nôtres », affirme, quant à elle, Elisabeth Lacoste, directrice générale de la CIBE. Selon les données de l’industrie européenne du sucre, les volumes des contingents tarifaires de sucre à droit nul de l’UE pour la période 2025-2026 dépasseront les 534 760 tonnes. Mais ce volume pourrait croître à plus de 725 000 t grâce à l’augmentation automatique des contingents tarifaires pour certains pays et à l’inclusion du Brésil et du Paraguay. À cela s’ajoutent les concessions de l’OMC (905 000 t) mais aussi celles accordées à l’Ukraine et aux pays de la zone ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique). Au total, la filière estime que ce sont potentiellement plus de 1,7 million de tonnes qui seront disponibles sur le marché de l’UE, représentant plus de 14 % de la consommation de l’UE. Pour les organisations sucrières, « ce cumul n’est plus viable » à moins de réduire la production de l’UE.