Le 8 mars, le groupe sucrier français a annoncé un projet « de réorganisation de son activité industrielle en France ». En tout, 149 emplois sont menacés sur deux sites, et un troisième destiné à la fécule devrait être cédé. Face à cette décision, les élus attendent des explications sur les motivations économiques du groupe.
Malgré une forte hausse du prix du sucre, de l’alcool et de l’éthanol, la direction du groupe sucrier Tereos a annoncé aux représentants du personnel « un projet de réorganisation de son activité industrielle en France », rapporte un communiqué de presse du 8 mars. Selon l’entreprise, il s’agirait de l’arrêt de l’activité sucrière du site d’Escaudœuvres (Nord). Sur les 153 emplois en CDI qu’il compte, 123 devraient ainsi être supprimés. Selon des élus locaux, 300 emplois supplémentaires seraient également en jeu en ajoutant les intérimaires et les saisonniers, rapportent nos confrères de France Bleu.
Dès l’annonce de Tereos, des dizaines de salariés de l’usine d’Escaudœuvres ont bloqué les entrées et sorties du site. « On bloque les sorties du sucre, des 40 000 tonnes qui se trouvent dans le silo et des plants pour la prochaine campagne », a déclaré à l’Adrien Fené, 36 ans, chaudronnier et secrétaire CGT du CSE à l’AFP. Pour ce dernier, l’usine ferme pour « maximiser les profits » de Tereos, car « le site d’Escaudœuvres n’a jamais fait perdre d’argent au groupe ».
Une baisse des volumes de betteraves
Du côté de Tereos, on explique cet arrêt par « une baisse de volumes de betteraves engagés » supérieure à 10 % à Escaudœuvres. « En comparaison à une durée moyenne de 110 jours, cela a pour conséquence de réduire significativement la durée de campagne estimée entre 25 et 45 jours en fonction des rendements pour 2023-2024 », soutient le communiqué. Par ailleurs, Tereos précise avoir « fait face à la forte hausse des coûts de l’énergie » en 2022, « une situation qui devrait se poursuivre durablement ». « Il se produit exactement ce que l’on craignait : les surfaces (de culture de la betterave) ont diminué d’environ 7 % en France et c’est maintenant toute la filière qui est en danger, des producteurs jusqu’aux sucreries », a réagi Franck Sander, président la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), auprès de l’AFP.
À la suite de ces annonces, la stupéfaction règne chez les élus. « On ne pouvait pas s’attendre à la fermeture de cette usine quand le groupe y a investi plus de 60 millions d’euros en cinq ans », a réagi auprès de l’AFP Nicolas Siegler (UPN), président de l’agglomération de Cambrai. « C’est le cœur industriel de ce territoire qui est en train de ralentir », a-t-il déploré. Aux côtés d’élus locaux, le président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand (LR), et des élus locaux ont immédiatement réclamé dans un courrier l’organisation d’une réunion sous l’autorité du préfet « afin d’évoquer les vraies motivations de la fermeture de ce site ».
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Quant au ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, il a fait part de son incompréhension par voie de communiqué le 9 mars. Aux yeux du ministre, la décision de restructuration industrielle à Escaudœuvres « apparaît d’autant plus étonnante » que cette zone de production de betteraves a été « moins touchée que beaucoup d’autres par la jaunisse en 2020 ». Il ajoute que « les motivations économiques de cette décision doivent être éclaircies par Tereos qui doit l’endosser sans tenter d’en faire porter la responsabilité à l’Etat ». Il prévient que « ces décisions ne devront laisser aucun agriculteur et aucun salarié sans solution ».
Des reclassements à plus d’une heure
« Le projet n’aura aucune conséquence pour les coopérateurs rattachés administrativement au site d’Escaudœuvres car, lors de la prochaine campagne, leur production sera transformée sur d’autres sites Tereos situés dans les Hauts-de-France », soutient l’entreprise sucrière à Agra Presse. Concernant les salariés, la direction de Tereos dit vouloir privilégier leur reclassement en proposant « différents postes au sein des autres sites » du groupe dans la région. Un discours qui peine à convaincre les syndicats. « Par le passé, le groupe a effectivement privilégié le reclassement en interne mais le périmètre de reclassement s’élargit », souligne Guillaume Tramcourt, secrétaire fédéral FGTA-FO, à Agra presse. « Or, cela implique plus de route avec des trajets faisant plus d’une heure » pour un travail qui s’effectue « pendant l’hiver, 5 à 6 jours par semaine ».
L’entreprise sucrière envisage également l’arrêt de l’atelier de distillerie de Morains (Marne), qui emploie 26 personnes selon le communiqué. Tereos informe également chercher un acquéreur pour son site d’Haussimont (Marne) et assurera l’activité de son site de transformation de pommes de terre fécule pour la campagne 2023-2024. « C’est un coup dur pour la filière pommes de terre et pour tous les producteurs, mais une décision qui était malheureusement prévisible, a réagi l’Union nationale des producteurs de pommes de terre dans un communiqué du 8 mars. Voilà plus d’un an que l’UNPT alerte sans relâche les pouvoirs publics sur la fragilité du secteur féculier national ».