L’Unaf renouvelle sa demande d’interdiction du sulfoxaflor, en s’appuyant sur une nouvelle publication. La firme Dow se dit confiante sur le maintien de l’autorisation en France. Quant à l’Anses, son directeur assure qu’il a pris la bonne décision en l’autorisant suite à l’évaluation du produit.
Le sujet revient sur le devant de la scène. À l’occasion de la Cop23, l’Unaf réitère sa revendication concernant l’insecticide sulfoxaflor : considérant qu’il s’agit d’un néonicotinoïde, l’union des apiculteurs demande son interdiction. Elle s’appuie aussi sur un article paru le 7 novembre dans la revue Environmental Science and Pollution Research consacré à une mise à jour de l’évaluation mondiale (WIA) sur les insecticides systémiques. Cet article a été rédigé par huit chercheurs dont Jean-Marc Bonmatin, chercheur au centre de biophysique moléculaire du CNRS d’Orléans, et spécialiste des insecticides. « Huit chercheurs indépendants réaffirment l’appartenance du sulfoxaflor à la famille des néonicotinoïdes. L’Unaf demande son interdiction immédiate », titre le communiqué de presse daté du 16 novembre.
Que disent les chercheurs ? « Le sulfoxaflor est présenté en tant qu’insecticide sulfoximine par le fabricant ». En s’appuyant sur la formule chimique de la molécule, ils assurent que « le sulfoxaflor est caractérisé par des groupes fonctionnels qui sont communs ou se chevauchent partiellement avec d’autres néonicotinoïdes. Le mode d’action est également similaire à celui des autres néonicotinoïdes en agissant comme antagoniste des nAChR » c’est-à-dire les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine.
La firme Dow Agrosciences qui commercialise le produit, reconnaît qu’il s’agit d’un insecticide neurotoxique, mais s’oppose catégoriquement au fait qu’il s’agisse d’un néonicotinoïde. « Le sulfoxaflor appartient au groupe 4C du classement mondial du Circ, alors que les néonicotinoïdes appartiennent au groupe 4A », répète Frédéric Marque, responsable technique insecticides de Dow AgroSciences. « Pour preuve : il n’y a pas de résistance croisée avec les néonicotinoïdes » (1).
Données complémentaires fournies à l’Efsa
Stéphanie Fournol, chef marché insecticides, est revenu sur la demande d’éléments complémentaires formulée par les ministres de l’Agriculture et de la Transition écologique. « Lors de l’homologation de la molécule au niveau européen en 2015, l’Efsa nous avait demandé des informations complémentaires sur le comportement du sulfoxalor pendant la période de floraison, avec un délai de deux ans pour les fournir. Ce que nous avons fait en août 2017, explique-t-elle. Au niveau national, l’Anses a autorisé les produits commerciaux Closer et Transform en septembre 2017. Elle n’avait pas encore reçu les éléments complémentaires venant de l’Efsa, mais ce n’était un problème puisque l’Anses a exclu l’application du produit pendant la période de floraison ainsi que 5 jours avant et après ». Après le démarrage de l’affaire, une procédure de transfert accéléré du dossier a été lancée pour que l’Anses accède aux pièces manquantes. L’agence a trois mois pour confirmer un non à cette autorisation. Chez Dow, on se dit confiant vu la solidité du dossier.
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L’Anses renvoie au gouvernement la responsabilité d’interdire le sulfoxaflor
Auditionné le 16 novembre devant la Mission d’information parlementaire sur l’utilisation des produits phytos, Roger Genet, le directeur général de l’Anses, a justifié l’autorisation donnée par son agence au sulfoxaflor. « Je ne connais pas d’insecticide qui ne tue pas les abeilles. La question c’est : quelles sont les conditions d’emplois qui permettent aujourd’hui éventuellement de rendre le risque non inacceptable ? », a déclaré Roger Genet. Si l’Anses a autorisé le sulfoxaflor en France, « c’est parce que l’évaluation, tant pour la santé humaine que dans les conditions d’emploi pour la santé des abeilles, permettait d’utiliser ce produit comme une alternative chimique insecticide qui présentait plus d’avantages que les produits aujourd’hui utilisés ». De plus, le sulfoxaflor « a fait objet d’une autorisation avec un vote favorable de la France en 2015, précédée d’une consultation publique où toutes les parties prenantes ont pu s’exprimer », a-t-il rappelé. Ainsi, Roget Genet considère que l’Anses a fait son travail et renvoie la responsabilité de son interdiction éventuelle sur le gouvernement.
(1) Voir Agra Presse n°3616 du 30 octobre
« Je ne connais pas d’insecticide qui ne tue pas les abeilles », déclare le d.g. de l’Anses