Abonné

Boissons Suntory négocie le rachat d’Orangina Schweppes

- - 8 min

A l’image de sa bouteille qu’il faut secouer avant d’en boire le contenu, Orangina ne cesse d’être bousculé ces dernières années. Pernod Ricard, Cadbury, les fonds américains Blackstone et Lion Capital… La liste des propriétaires de la célèbre bouteille pulpeuse est longue et ne semble pas près de s’arrêter : c’est maintenant le géant japonais Suntory qui négocie pour racheter le groupe Orangina Schweppes. Le montant de la transaction devrait atteindre plus de 2,6 milliards de dollars (soit 1,78 milliard d’euros) et Suntory pourrait ainsi efficacement se diversifier, ce qui devient urgent étant donné la chute du marché mondial de la bière où il exerce une bonne part de son activité. Avec Orangina Schweppes, le nippon détiendrait un portefeuille de marques très performantes sur un marché mondial des boissons gazeuses qui continue sa forte croissance : l’an dernier, il a progressé de 11 % à 416 milliards de dollars. En parallèle de ces négociations, Suntory tente de fusionner avec l’autre grand spécialiste nippon de la bière Kirin. Un tel géant détrônerait Coca-Cola, et aurait les capacités nécessaires pour acquérir de grandes entreprises.

Le géant japonais Suntory est actuellement en discussion avec les fonds américains Blackstone et Lion Capital en vue de l’acquisition du groupe Orangina Schweppes. Pour le moment, les négociations n’ont abouti à aucun accord, mais les choses pourraient se débloquer rapidement. Le montant de la transaction devrait a priori atteindre au moins les 2,6 milliards de dollars (1,78 milliard d’euros), soit la somme que les propriétaires actuels avaient versée au britannique Cadbury pour racheter la société en 2006. Selon le Wall Street Journal, le géant japonais pourrait même débourser davantage. Suntory, qui est actif sur l’ensemble du marché des boissons, qu’elles soient alcoolisées ou non, est l’un des groupes agroalimentaires japonais les plus anciens, connu surtout pour ses bières et ses whiskies. Ce groupe au chiffre d’affaires atteignant 11,3 milliards d’euros n’est pas le premier investisseur venant du pays du soleil levant à tenter d’investir le marché français. L’année dernière, le spécialiste des aliments santé Ostsuka s’est en effet associé au Français Pierre Papillaud pour acquérir les parts du négociant de vin Castel dans le groupe Alma (Cristaline, Thonon, Saint-Yorre, Célestins). Grâce à Orangina Schweppes, Suntory pourrait détenir de solides positions en Europe, alors qu’il est pour le moment surtout implanté en Asie. Il serait en possession d’une entreprise en bonne forme : depuis le début de l’année, Orangina Schweppes connaît une croissance de 11,6 %.

Un portefeuille de marques très performantes
La raison principale de ce succès est sans doute l’excellent portefeuille de 23 marques détenues par le groupe. Orangina, Schweppes, Oasis, Trina, Pulco représentent 70 % de son chiffre d’affaires, qui s’est élevé à environ 1 milliard d’euros l’année dernière. En France, il s’est établi à 465,4 millions d’euros, soit une hausse de 12 % par rapport à 2007. Le groupe est numéro trois du marché des boissons non alcoolisées en Europe, emploie 2600 personnes, et réalise 75 % de son chiffre d’affaires en France et dans la péninsule ibérique. Oasis détient 7,6 % du marché français des soft drinks en GMS, Schweppes 5,3 % et Orangina 5,2 %. Aucune de ces marques ne peut toutefois rivaliser avec Coca-Cola (Coca-Cola regular, Coca-Cola Light, Coca-Cola Zero) qui détient 51,8 % du marché des soft-drinks en GMS.

Orangina : une histoire secouée
Pour tenter de résister à Coca-Cola, Orangina peut compter sur sa solide réputation, liée à son mode de consommation particulier (il faut secouer la bouteille avant de boire le soda), à ses campagnes de publicité innovantes (où les acteurs portent des costumes en forme de bouteilles) et surtout à sa longue histoire, qui lui a permis de s’inscrire durablement dans le quotidien de nombreux Français. Orangina est née en Algérie, dans les années 1930, d’après l’invention d’un pharmacien espagnol, le docteur Trigo. En 1962, suite à l’indépendance de l’Algérie, le siège de la Compagnie Française des Produits Orangina (créée en 1947 par Jean-Claude Beton) est transféré à Marseille. Une dizaine d’années plus tard, Orangina est la première entreprise française à lancer son produit en cannette de 33 Cl. C’est dans les années 1980 qu’elle va prendre son réel essor, lorsque l’entreprise est reprise par Pernod Ricard, et peut ainsi distribuer ses boissons mondialement.

500 millions de consommateurs
L’an 2000 voit la naissance du groupe Orangina-Pampryl, suite à la fusion de deux filiales du groupe Pernod Ricard. L’année suivante, Cadbury Schweppes rachète Orangina-Pampryl à Pernod Ricard. Le groupe de spiritueux avait d’abord souhaité vendre Orangina à Coca-Cola, mais l’opération avait été bloquée par le ministère des Finances, car la multinationale américaine aurait alors été en situation de monopole sur le marché des BRSA. En 2003, la société concentre toute la production de boissons européennes en une même division : Cadbury Schweppes European Beverages, qui est revendue en 2006 à Lion Capital (50 %) et au groupe Blackstone (50 %) pour devenir le groupe Orangina. En 2008 enfin, le groupe est rebaptisé Orangina Schweppes. Aujourd’hui 500 millions de consommateurs boivent de l’Orangina dans 60 pays.

Investir des marchés en croissance
Si les négociations aboutissent, Orangina va donc encore changer de propriétaire et Suntory détiendra une entreprise active sur des marchés en croissance : l’année dernière, les ventes de jus de fruits en France ont progressé de 0,5 % en volume, mais celles des boissons aux fruits ont connu une hausse de 4 %. Et le potentiel de croissance est fort : pour le moment les Français font partie des plus petits consommateurs de BRSA avec 60 litres par habitant et par an, contre 94 en Europe et 180 aux Etats-Unis. Orangina Schweppes est largement distancé par Coca-Cola sur le total des soft-drinks mais sur le marché des boissons aux fruits, la situation est tout autre. Pampryl, qui appartient à Orangina Schweppes, détient 5,8 % du marché des jus de fruits ambiants, la marque Orangina 32,8 % du marché des boissons gazeuses aux fruits, Schweppes 21,1 %, tandis que Fanta (groupe Coca-Cola) n’en détient que 16,4 %. L’an dernier, le marché mondial des boissons gazeuses a progressé de 11 % à 416 milliards de dollars. Coca-Cola en est bien sûr le leader incontesté, tandis que Suntory y occupe la sixième place et Orangina la quinzième. La célèbre marque française est donc la cible idéale pour Suntory, qui tente de se diversifier.

De bonnes chances de réussir
En effet, le géant subit la baisse du marché mondial de la bière, qui a chuté de 15 % en quinze ans. Il souhaite donc s’étendre dans le domaine des boissons sans alcool. L’année dernière, il a repris Frucor, la filiale de Danone spécialisée dans les boissons énergétiques et basées en Nouvelle-Zélande et en Australie, pour plus de 600 millions d’euros. Il pourrait donc bien de réussir à acquérir Orangina Schweppes : le portefeuille de participations de Blackstone est estimé en perte de 3,9 milliards de dollars, le fonds a donc besoin de liquidités, même si initialement il pensait, ainsi que Lion Capital, sortir d’Orangina Schweppes lors de sa cotation en Bourse en 2011. Les entreprises japonaises de l’agroalimentaire sont de plus en plus actives en dehors de l’archipel : elles ont consacré 526 milliards de yens (soit environ 3,9 milliards d’euros) à des acquisitions hors Japon depuis le début de l’année, ce qui équivaut au double du montant atteint sur l’ensemble de l’année dernière.

Fusionner avec Kirin
Parallèlement aux négociations avec Orangina Schweppes, Kirin (qui vient de racheter le brasseur australien Lion Nathan pour 2,5 milliards de dollars) et Suntory viennent d’annoncer avoir déposé leur projet de fusion, annoncé en juillet (1), auprès des autorités japonaises de la concurrence. Cette fusion n’est pas acquise : en effet, les deux brasseurs détiendraient ensemble plus de la moitié de leur marché domestique de la bière, et 30 % du marché des boissons non alcoolisées. Les autorités japonaises de la concurrence risquent donc de freiner les ardeurs des deux nippons. Le géant ainsi formé pèserait 41 milliards de dollars de chiffre d’affaires et serait donc en capacité de réaliser d’importantes acquisitions. Il serait de taille équivalente à celle des américains Pepsico et Kraft Foods, et donc supérieure à Coca-Cola.

(1) Cf Agra alimentation n° 2074 du 23 juillet 2009 p 27

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.